Dans les pays où les offres d’emploi sont insuffisantes pour la population actuelle et encore moins pour celles de l’avenir, la jeunesse devient plus réceptrice au discours religieux qui est l’ultime refuge de dignité et parfois même au radicalisme. La perception générale dans les pays arabes est que la corruption est endémique et seuls ceux qui sont connectés au pouvoir omnipuissant ont de meilleures chances de s’épanouir sur le plan économique.

Perspectives limitées

C’est pour lutter contre cette dure réalité que les révoltes du printemps arabe ont éclaté en Tunisie, en Égypte, en Libye et au Yémen et suscité certains remous ailleurs. Les islamistes ont tenté de récupérer la révolte.

Un modus vivendi démocratique semble avoir été trouvé en Tunisie. La répression gouvernementale est devenue encore plus forte en Égypte après l’éviction du régime des Frères musulmans. La Libye, le Yémen et la Syrie sont plongés dans la guerre civile. Sur le plan économique, la baisse du tourisme en raison de l’instabilité a affecté les revenus, le Maroc et les principautés du Golfe exceptés. La baisse des prix de pétrole signifie aussi une certaine diminution des offres d’emploi – et des largesses – de l’Arabie et des principautés du Golfe.

L’avenir de l’Égypte est critique pour l’ensemble du monde arabe : c’est le pays le plus peuplé et si la perception pessimiste en regard de l’avenir persiste, les répercussions pourraient avoir un effet d’entraînement sur toute la région. Le déficit annuel varie entre 12 et 17 % du PNB et la livre égyptienne se transige aux deux tiers de sa valeur officielle.

Le gouvernement craint les émeutes s’il décide de diminuer les subsides aux denrées alimentaires ou encore l’ampleur de la bureaucratie. Le taux de chômage est de l’ordre de 12% et affecte surtout la jeunesse : 33 % des jeunes âgés entre 15 et 24 ans sont sans emploi et cette proportion atteint 68 % chez les femmes. Quant à l’Arabie, c’est le second pays en importance. Malgré ses moyens financiers, l’Arabie arrive à créer seulement 49 000 emplois annuels alors que 226 000 emplois sont requis.

Quel avenir ?

Bien que le taux de natalité ait considérablement baissé, l’explosion démographique dans les pays arabes est néanmoins réelle : il y aura 110 millions d’âmes de plus en 2025, dont 58 millions de jeunes. Dans les pays arabes, le taux de chômage oscille entre 12 et 30 % et les détenteurs de diplômes trouvent très peu d’emplois adéquats.

Le taux de chômage chez les jeunes est de l’ordre de 30 % en Tunisie, en Arabie, en Jordanie et en Irak, 20 % en Algérie, au Liban et au Maroc. Le taux de chômage est bien plus important chez les femmes dont les droits et libertés sont parfois restreints. Selon le sondage du Pew Research Center, 35 % des populations du Moyen-Orient pensent que leurs enfants connaîtront un meilleur niveau économique, comparé à 51 % en Afrique et 58 % en Asie.

Devant des horizons bouchés, la jeunesse arabe lutte contre la pauvreté et se replie sur l’émigration, la religion et parfois même sur le djihad.

Selon l’Arab Survey Youth, 13 % des jeunes seraient prêts à appuyer l’État islamique s’il était moins violent ; ce pourcentage passe à 19 % dans les pays du Golfe qui sont généralement plus conservateurs.

Contrairement aux pratiques du passé, les gouvernements ne peuvent plus monopoliser l’information et masquer les réalités en raison de l’ubiquité des médias sociaux : la jeunesse a également accès aux harangues des prêcheurs islamistes qu’à leur remise en question.

Timidement, la soumission aveugle à la religion fait place à la pensée critique.

L’esprit critique va de pair avec la liberté. La liberté permet de remettre en question les causes profondes des carences politiques et socio-économiques. La démocratie, la transparence et l’alternance gouvernementale peuvent contribuer à la santé sociale et économique.

Or, la crainte de l’emprise de l’islamisme radical a repoussé l’échéance d’une démocratie renouvelée. Seul un leadership éclairé peut y mettre le cap.