Bibi est-il un grand stratège

Jusqu’à présent Bibi disposait d’une grande marge de manœuvre et avait su en jouer en se présentant comme celui (et le seul) qui mettait la sécurité du pays en priorité absolue. Les Israéliens qui dans leur majorité partageaient cette orientation lui ont fait confiance et les va-t-en guerre, nombreux, l’ont encouragé dans cette voie.

Les démocrates américains très attachés comme la majorité des pays, à une solution à deux États pour la résolution du conflit avec les palestiniens n’étaient d’accord sur rien avec le gouvernement israélien, ni sur l’Iran, ni sur les frontières, ni sur Jérusalem…

En effet si les démocrates y compris le Président le détestaient, il le leur rendait bien, et le soutien financier et militaire à Israël n’en souffrait pas vraiment.

Il pouvait ainsi critiquer abondamment et sans risque majeur le manque de volonté des États unis à parvenir à éradiquer le terrorisme.

Paradoxalement l’élection de Trump qui est en apparence son meilleur soutien, partage grand nombre de ses analyses et apprécie son américanisme, le dessert dans l’immédiat.

En prenant la décision de transférer l’ambassade à Jérusalem et en réalisant la mesure en quelques semaines, D. Trump clôt durablement le débat sur la capitale de l’Etat d’Israël et le statut de Jérusalem mais il force aussi Bibi à lui renvoyer l’ascenseur.

Trump, comme tous les présidents américains avant lui, rêve de réaliser ce que ces prédécesseurs n’ont pas réussi à faire : fermer le dossier Israélo-palestinien par un accord (plus que par la paix pour ce qui le concerne).

Certes cet accord (s’il se fait) sera plus le fait des pays arabes que des palestiniens, de la volonté régionale de stopper l’ascension des Iraniens et de la maladresse des Palestiniens qui ont lassé les gouvernements (et aussi les opinions publiques) arabes.

Des puissances régionales se sont affirmées (ou sont en train de le faire), des problèmes internes au Monde arabo-musulman (comme le conflit sunnite-chiite) ont supplanté le dossier palestinien, qui n’est plus la clef de la Paix dans cette partie du Monde.

Pour le duo Bibi-Trump, exit l’Etat Palestinien et bonjour un État Palestinien de Gaza et un État Palestinien de Jordanie. Vous en avez deux pour le prix d’un.

Des lors pour aider à la réalisation du plan Trump, il faut que Bibi arrive à neutraliser le Hamas et cela pour deux raisons :

  • Eviter d’avoir à gérer deux front simultanés, l’un au nord avec le Hezbollah et l’autre au sud avec le Hamas ;
  • Séparer durablement le Hamas et l’Autorité Palestinienne.

La contre-partie est que provisoirement Bibi ne jouit plus de même marge de manœuvre.

Ceci ne devrait pas en théorie le desservir, car même si Libermann va chercher à le supplanter dans la «Défense de la Sécurité d’Israël à tout prix», il ne sera pas crédible et sur ce terrain il n’a pas de réel concurrent. Sauf…

Que se passera t-il si l’ancien chef d’état major Benny Gantz se présente au centre droit et à la tête d’une coalition réunissant Koulanou, Yesh Atid, Foyer Sioniste et d’autres encore… ?
Certes l’ami Trump n’hésitera pas à donner un (grand) coup de main à son cher Bibi. Mais cela ne sera t-il pas le coup de pied de l’âne ?

Bibi devra cette fois-ci démontrer tout son talent politique et qu’il est vraiment plus Israélien qu’Américain.

Plusieurs paramètres vont être déterminants:

    • Que se passera t-il au nord avec l’Iran et le Hezbollah ?
    • Que se passera t-il en Arabie Saoudite pour MBS ?
    • Jusqu’où ira le Hamas dans le respect de la trêve ?
    • Quel sera le calendrier de ces élections ?

Bibi n’est déjà plus le Maître des horloges.

Le corps électoral israélien est complexe et très éclaté. Il aime les décisions tranchées et peu les compromis. Bibi avait su en jouer (comme Sharon en son temps). Mais Sharon était avant tout Israélien et pragmatique. Quid de Bibi ?

Lors de l’Élection de 2015, j’avais conclu dans un papier que Bibi avait gagné à la Pyrrhus et abattu sa dernière carte en jouant de la Sécurité d’Israël, j’en reste convaincu.

En attendant, Shavoua Tov (bonne semaine).