« Que sont mes amis devenus… Les Juifs, Charlie, puis tous les nôtres » de Brigitte Stora, est un précieux ouvrage sur l’histoire de l’extrême-gauche française entre autres, sur ses combats mais aussi sur ses pertes structurelles et idéologiques.

On lit à travers les histoires d’Amitiés de l’auteur, nouées puis parfois dénouées au gré des déceptions ou trahisons, la Grande Histoire. Le livre est exempt de compromission et de cette lancinante et odieuse musique du déni ou du refoulement. On ne pourra y lire les usuels « je n’ai pas vu », « je n’ai pas compris », « je ne pensais pas », « je ne savais pas ». Brigitte Stora porte un regard lucide et sans faille sur l’histoire de l’extrême-gauche française, mais pas seulement, car sa vision est clairement internationale et universelle. Le livre est précis, sourcé, et rigoureux.

Elle y évoque tous les antisémitismes, du plus pernicieux, vicieux, au plus ouvert et proclamé. Celui qui n’a l’air de rien, jeté au détour d’une phrase, qui s’immisce dans les discussions de manière tellement courante et banalisée qu’il n’alarme plus, jusqu’à faire de la personne qui est ainsi attaquée dans son être, essentialisée, une victime « coupable », coupable parce que juive, mais aussi coupable d’avoir entendu, et coupable d’avoir compris ! Brigitte Stora évoque aussi l’antisémitisme « légal », plus sophistiqué : la merveilleuse trouvaille pour esprit lâche et pervers qu’est l’antisionisme.

Dans son ouvrage, l’auteur rappelle tous les escrocs de la pensée et de la véracité, ces dangereux imposteurs auxquels les médias donnent ou ont donné une parole, tendent un micro, sans pour autant dire qui ils sont vraiment. Alain Badiou, Edwy Plenel, Tariq Ramadan, Shlomo Sand, Stéphane Hessel (faussaire en tout genre), Michel Warschawski et tant d’autres, qui ont véritablement pollué la scène médiatique, politique mais aussi populaire française.

A l’heure où la société est en soif « d’icônes », où Eric Zemmour est invité à la synagogue de La Victoire, où les médias portent aux nues des constructions médiatico-populistes purement artificielles afin de répondre à ce « besoin » d’icônes, il est d’autant plus essentiel de démasquer les imposteurs et les pensées perverties, d’entendre et écouter avec attention et lucidité les discours, les analyser, les décortiquer, les scruter.

Brigitte Stora rappelle à chaque instant l’impérieuse nécessité de garder son esprit critique, afin de rester alerte en toute circonstance et prendre les mesures adéquates si le climat ne convient plus, s’il obscurcit. Cette introspection politique donne une nouvelle lumière à la situation politique actuelle, mais aussi au rôle des médias face à ses dérives.

L’auteur évoque avec tendresse nos charlots, et avec colère leurs détracteurs, avant les exécutions ciblées qui ont décimé la rédaction, mais aussi après, par les charognards. Rappelons aujourd’hui que Charlie a reçu de nouvelles menaces, que le soutien au journal est toujours d’actualité et qu’il ne faut pas qu’il s’essouffle. Dessinons tous ou publions tous des Mahomet sur les réseaux sociaux.

Dans « Que sont mes amis devenus… Les Juifs, Charlie, puis tous les nôtres », Brigitte Stora rappelle avec précision le sens de l’universalité et le sens de la fraternité. L’extrême-gauche pour laquelle l’auteur avait milité, portait bien un idéal, mais il a été trahi.

« Que sont mes amis devenus… Les Juifs, Charlie, puis tous les nôtres », éditions « Le bord de l’eau », Collection Judaïsme dirigée par Antoine Spire, 2016, 257 p.