Le 8 décembre 2017, il y a juste 3 ans, la Knesset a été dissoute et des élections législatives furent décidées.
Je me suis alors juré à moi-même que j’attendrais trois ans au moins pour raconter ce qui s’est vraiment passé. Il est donc temps.

Six jours avant la dissolution de la Knesset le Premier ministre Netanyahou m’a révoqué de mon poste de ministre des Finances. Je dois avouer que je fus sous le choc. Pourtant, trois mois plus tôt au cours d’une réunion je bouclais avec le Premier ministre et son directeur de cabinet le projet de loi du budget 2015.

Je présentais au Premier ministre les données prouvant qu’après deux ans d’efforts intensifs, l’économie israélienne sortait de la crise et prenait la voie royale. Certains ont prétendu par la suite que j’avais joué un rôle dans la démission du gouvernement. C’est totalement ridicule.

Quelques semaines après la réunion avec Netanyahou j’ai soumis à l’approbation du gouvernement le budget 2015 qui incluait une rallonge de plusieurs milliards pour l’Éducation, la Santé, les Affaires sociales et pour la construction accélérée de garderies. Les recettes fiscales se sont améliorées de manière significative.

Nous avons fait en sorte que les entreprises d’État qui étaient déficitaires fassent des bénéfices. Je pouvais enfin me consacrer aux projets pour lesquels je m’étais lancé en politique, c’est-à-dire venir en aide aux classes moyennes, aux jeunes et aux populations vivant dans la précarité.

Même le climat et l’ambiance dans mon entourage commençaient à s’améliorer. J’avais toutes les raisons du monde à la poursuite de ce gouvernement jusqu’à son terme.

Cela ne s’est pas passé ainsi. Ce n’est que deux ans plus tard que Netanyahou a expliqué qu’il avait décidé de nouvelles élections à cause de la loi « Israel Hayom ». Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer.

Il s’avère que j’ai été révoqué à cause d’une loi pour laquelle je n’ai pas voté, qui n’a été adoptée qu’en lecture préliminaire et n’a jamais franchi le stade du passage en commission. Ce caprice de Netanyahou a coûté deux milliards de shekels à l’économie israélienne et a stoppé net toute une série de réformes et dont chaque citoyen de notre pays aurait bénéficié.

Et comme pour ajouter l’insulte à l’injure, Netanyahou a envoyé ses proches sur tous les forums pour me qualifier de « ministre des Finances raté ». J’avoue avoir été choqué par l’impudence de ces attaques. Car Netanyahou sait mieux que quiconque qui a vraiment échoué.

Netanyahou a été un excellent ministre des Finances en 2003, mais cela lui a coûté cher politiquement, car il a été obligé de prendre des mesures impopulaires pour sauver l’économie.

Ses électeurs étaient furieux contre lui (tout comme le furent mes électeurs dix ans plus tard à mon encontre) et cela a presque ruiné sa carrière politique. Il jura que cela ne lui arriverait plus. Lorsqu’il dirigea l’économie israélienne entre 2009 et 2013, il donna toujours la priorité aux considérations politiques plutôt qu’économiques.

Il acheta ses partenaires politiques au sein de la coalition à coup de nombreux milliards dont il ne disposait tout simplement pas. En économie, ce sont les chiffres qui parlent.

Lorsque « Monsieur Economie », comme il aime à s’autoproclamer, m’a transmis les cordons de la bourse, les chiffres étaient tristement éloquents. Il s’avère que Netanyahou avait creusé de ses propres mains un « trou budgétaire » à hauteur de 39 milliards de shekels allant grandissant chaque jour davantage.

Outre ce « trou budgétaire » que nous devions combler, nous avons reçu un « cadeau supplémentaire » à mon arrivée au ministère des Finances : un déficit budgétaire de 4,2 % croissant chaque mois, un chômage grimpant jusqu’à 6,2 %, des sociétés d’État mal gérées perdant chaque année plus de 600 millions de shekels et un ministère des Finances affaibli souffrant de crises internes acerbes.

Le directeur du Budget refusait de parler à son adjoint, le directeur des Impôts prenait son poste sur ordonnance du tribunal et de nombreux postes étaient occupés par « parrainage politique » plutôt que par qualification professionnelle.

Pour comprendre ce que nous avons fait pour corriger cette situation, il faut encore laisser parler les chiffres : un an et huit mois plus tard, lorsque j’ai quitté le gouvernement, il n’y avait même plus une seule agora de « trou budgétaire ». Les dépenses ont été réduites.

Le déficit est passé à 2,6 %, soit un des plus bas de l’histoire du pays. Le chômage a baissé à 5,7 % (et a continué de baisser après notre départ).

Nous avons modifié fondamentalement la gestion des sociétés d’État, supprimant les nominations politiques, les faisant passer d’un déficit annuel fixe de 600 millions de shekels à un bénéfice fixe de 2 milliards de shekels. Tous les postes de hauts fonctionnaires au sein du ministère des Finances ont été pourvus sur des critères professionnels et pour la première fois les femmes étaient en majorité à la direction des Finances.

La réforme de l’administration des Impôts accomplie par le ministre adjoint des Finances, le député Micki Levy, a eu pour effet une augmentation significative des recettes fiscales et a rempli les caisses de l’État de plusieurs milliards de shekels. Comme l’a dit avec honnêteté mon successeur Moshe Kahlon : « Je fais les réformes avec l’argent que m’a laissé Yair ».

En outre, nous avons fait adopter le « programme national d’aide aux survivants de la Shoah » dont je suis particulièrement fier. Pour la première fois depuis l’Indépendance les survivants de la Shoah ont pu aller à leur caisse de maladie et recevoir gratuitement leurs médicaments. Des milliers de shekels ont été versés chaque mois sur leur compte en banque et nous avons ainsi réussi à prendre soin d’eux avec efficacité et promptitude.

Le Trésor a émis de fortes objections au programme en raison de son coût élevé, mais j’ai refusé de les écouter. « Je ne suis pas prêt à attendre que les survivants de la Shoah disparaissent pour commencer à m’occuper d’eux », ai-je dit aux fonctionnaires du Trésor et le programme a été mis en œuvre.

Ce que nous n’avons pas réussi à accomplir, c’est d’obliger les gens à en parler. Au lieu de cela tout le monde était occupé par la saga sans fin de la « TVA à taux 0 ».

Avant tout, là aussi, quels sont les faits : la TVA à taux 0 n’a jamais fait partie de notre politique de logement. Cette dernière reposait sur quatre principes :
un plan de logement de 150.000 unités à louer à un prix sous contrôle gouvernemental par l’intermédiaire d’une société de type « HLM » que nous avions créée.

Création d’un cabinet restreint du Logement dans lequel siègeraient pour la première fois les représentants des ministères des Finances, des Transports, de l’Intérieur et de l’Environnement, de l’administration domaniale (Minhal Mekarkeï Israel) et tous les responsables impliqués dans la construction de logements.

Création d’une commission pour la planification de grands programmes immobiliers
Accords de principe pour la mise en place de partenariats avec les municipalités pour la construction de nouveaux quartiers
La réalisation de ces principes a parfaitement fonctionné et c’est durant mon dernier trimestre aux Finances que, pour la première fois depuis 2007, les prix de l’immobilier ont légèrement baissé. Si nous étions restés en poste, ils auraient poursuivi leur baisse.

Conscients que tous ces programmes prendraient du temps, pour la simple raison que cela prend du temps de construire de nouveaux immeubles, nous avons recherché un moyen simple et rapide pour accorder aux jeunes couples de fortes remises leur permettant d’accéder à la primo-propriété.

La solution existait et n’était pas compliquée : renoncer à la TVA. Je suis d’avis qu’il est préférable en règle générale de ne pas jouer avec la TVA. Tout son avantage réside dans le fait qu’il s’agit d’une taxe uniforme et simple, mais le logement n’est pas un produit de consommation comme un autre. On ne peut pas le comparer à un produit laitier ou à un médicament.

L’État n’est pas propriétaire de 93 % des vaches ou de 93 % des brevets de médicaments. Par contre il est le propriétaire direct de 93 % du foncier en Israël. En d’autres termes, pendant des années l’Etat a vendu aux jeunes couples un bien qu’il possédait (le foncier) à un prix exorbitant et scandaleux et, de surcroît a perçu une taxe élevée.

J’ai alors décidé que pour une durée de quelques années, au moins durant la réalisation du grand plan logement, d’exempter ces jeunes couples du paiement de la TVA. Selon les évaluations du contrôleur indépendant du ministère, un jeune couple accédant à la primo-propriété aurait bénéficié d’une remise moyenne de 240.000 shekels.

Deux grands groupes se sont élevés contre cette initiative : les économistes et les politiciens des autres partis. Les économistes étaient farouchement opposés à ce qu’on touche à la TVA. Les politiciens, de droite comme de gauche, y étaient hostiles, car ils craignaient que les jeunes couples ayant bénéficié d’une remise de 240.000 shekels affirment : « Lapid m’a aidé ». Ils ont donc torpillé le projet et les jeunes couples n’ont pas profité de cette exemption.

Parallèlement l’économie s’est stabilisée. Nous avons fait adopter la loi « devoirs égaux » qui a amené des dizaines de milliers de haredim sur le marché du travail. Leurs enfants ont commencé à étudier les mathématiques et l’anglais afin de pouvoir gagner leur vie à l’âge adulte.

Deux commissions gouvernementales importantes ont déposé leurs conclusions à partir desquelles nous avons préparé le budget :
la commission Alalouf de lutte contre la pauvreté a proposé un plan national pour sortir du seuil de pauvreté des dizaines de milliers de gens, personnes âgées et mères célibataires pour la plupart.

La commission Guerman pour la réforme du système de santé qui est tout simplement agonisant. Il manque des médecins, des infirmières, des lits, des hôpitaux. L’Etat doit revoir totalement et administrer différemment le budget et s’occuper particulièrement du personnel hospitalier.

Tout cela en est resté au stade de projet. Tout cela est faisable et il faut le faire. Mais au lieu de cela le gouvernement actuel est retourné à ses démons des années 2009-2013.

Au lieu d’investir dans nos enfants, au lieu de renforcer les classes moyennes, ce gouvernement a annulé tout ce que nous avions accompli. Il injecte des milliards pour des accords de coalition au lieu de les mettre au profit de la santé, du social et de l’éducation. Il distribue des milliards supplémentaires pour que les politiciens daignent voter le budget.

Posez-vous une question très simple : ce gouvernement n’en finit pas d’être fier (à juste titre) de la croissance annuelle de 3 % en Israël. Est-ce que durant les trois dernières années votre salaire a augmenté de 3 % annuellement ?

Si la réponse est négative, il est temps de reposer la question du début de ma carrière politique : « où est l’argent ? » À la différence de cette époque, je connais aujourd’hui la réponse : les politiciens l’ont accaparé pour se les redistribuer et c’est ce que nous sommes déterminés à changer.

Je ne vous demande pas, bien entendu, d’accepter sans la moindre critique mon passage au ministère des Finances, mais seulement de regarder avec honnêteté les chiffres.

L’économie israélienne était en voie d’effondrement lorsque nous sommes arrivés aux affaires. Bien qu’on ait tenté dès le premier jour de nous mettre des bâtons dans les roues, nous avons pris nos responsabilités et inversé la tendance. Avons-nous commis des erreurs ? Bien sûr. Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne commettent pas d’erreurs. Nous avons cependant prouvé que l’on peut nous faire confiance.

L’intérêt public est toujours notre considération première, nous ne devons rien à personne, sauf aux citoyens de ce pays, c’est ce à quoi nous travaillons.