On savait que le paysage électoral s’éclaircirait après le dépôt officiel des listes, le 21 février dernier. La constitution du bloc du centre avec la fusion des listes de Benny Gantz et de Yaïr Lapid pour former le parti Bleu et Blanc (Kahol ve Lavan) a permis à ce qui est devenue la principale formation d’opposition de passer devant le Likoud dans les sondages, relançant la possibilité d’un changement de majorité le 9 avril prochain.

En fait, le rapport de force n’est guère bouleversé. Le bloc droite-extrême droite-partis ultra-orthodoxes continue à dominer dans la plupart des sondages avec deux ou trois sièges d’avance. Mais il reste une inconnue de taille qui devrait être levée cette semaine : celle de la mise en examen ou non de Binyamin Netanyahou dans une ou plusieurs affaires. Le jeu des alliances n’a pas revêtu un aspect seulement tactique. Il a provoqué un débat de fond. Le Premier ministre a encouragé le camp national-religieux à élargir sa liste aux Kahanistes.

Cette intervention a provoqué une polémique intérieure et une crise extérieure avec le judaïsme américain. Les adversaires de Binyamin Netanyahou l’accusent de favoriser l’entrée à la Knesset d’éléments d’extrême droite racistes et partisans d’une purification ethnique dans le ‘Grand Israël’.

A cela, il répond que, pour former un gouvernement, ses opposants auront besoin du soutien des partis arabes présentés comme autant d’ennemis de l’Etat juif. La polémique, n’en doutons pas, ne s’arrêtera pas. On peut souhaiter que le débat électoral ne se limite pas à cela.

La présentation du programme du parti Bleu et Blanc devrait alimenter le débat sur les grandes questions qui intéressent les israéliens : l’avenir du système de santé, l’éducation, la vie chère… Autant de sujets qui avaient été négligés lors des consultations précédentes au profit de celui de la sécurité imposé par Binyamin Netanyahou en tête de l’agenda.

Mais celui qui se présentait comme « Monsieur Sécurité » étant aujourd’hui confronté à une liste où figurent trois anciens chefs d’Etat-major, ce sujet ne devrait plus être au centre du débat. Les questions économiques et sociales et celles tenant à l’éthique du pouvoir, à la défense des institutions, devraient retrouver des lettres de noblesse.

Rien que de très normal dans une campagne électorale. Il manquera toutefois au débat politique une dimension essentielle : celle de l’avenir des relations avec les Palestiniens. En effet, le plan Trump, « l’affaire du siècle », devant être présenté après les élections, on devra se contenter d’ici là de positions de principe sur des supputations.

Ce qui arrange bien les dirigeants de la liste Bleu et blanc : ils éviteront ainsi de prendre des risques en se prononçant pour ou contre un Etat palestinien. En d’autres termes, sur cette question qui n’est pas mineure, le débat sera soigneusement évité.