Malaise, c’était bien la chose que beaucoup ont ressenti à la découverte des propos tenus par Roger Cukierman au micro d’Europe 1.

Le président du CRIF (Conseil représentatif des instituions juives de France), invité pour discuter du trentième dîner annuel, s’était livré avant-hier, à des déclarations plus que gênantes, oscillant entre dédiabolisation de Marine Le Pen, jugée « personnellement irréprochable », et lecture ethnisée des violences antisémites.

Ces dernières seraient, à en croire le dirigeant de l’instance communautaire, le fait exclusif de « jeunes musulmans ».

En somme, tout le contraire de ce qui est normalement attendu de la bouche d’un dirigeant d’une organisation censée être le porte-voix d’une « communauté » en proie à des inter-communautaires, prospérant sur fond de repli communautaire, de conspirationnisme et de concurrence mémorielle/victimaire. À savoir un langage apaisé et responsable.

Entre concert d’indignations et instrumentalisation

Si ce rendez-vous mondain auquel tout le gratin politique se presse une fois par an, attire des réactions compréhensibles, comme ceux qui, agacées par toutes formes de communautarismes, préférait voir le président de la République esquisser son plan de lutte contre le fléau de cette décennie, qu’est le retour en flamme de l’antisémitisme, dans un cadre plus neutre, plus fraternel et plus universel. En lieu et place d’un événement à visée purement communautaire.

Cet événement annuel a également recueilli des réactions beaucoup moins agréables à entendre, se situant en plein sillage de cette concurrence victimaire exacerbée, presque toujours axée sur la minimisation, voire même la justification de l’antisémitisme en France.

Dans lesquels des chasseurs pitoyables du « deux poids-deux mesures », via le truchement de Twitter ou de la blogosphère, se font connaître au travers de,leur diatribes enflammées.

Respirant l’hypocrisie quand ceux-ci ne versent pas directement dans le conspirationnisme anti-juif croyant entrevoir dans ces galas organisés par l’instance associative en question, la preuve concrète de l’existence d’un « deuxième gouvernement », dans lequel un « lobby juif » sur-puissant serait à l’œuvre…

Faut t’il souhaiter l’éviction de Roger Cukierman ?

Cette question peut paraître assez provocatrice à première vue mais elle mérite amplement d’être mise sur la table.

L’émoi puis les vives désapprobations suscités parmi ses convives de lundi et ses nombreux coreligionnaires ont ébranlé dans l’opinion publique, la réputation d’une institution symbolique dont on reprochait déjà, son manque de représentativité à l’égard de l’ensemble des français de confession juive et son aveuglement vis-à-vis de la politique intérieure et extérieure de l’Etat d’israël.

Ajoutons à cela, le souvenir d’un Cukierman commentant à sa manière, la qualification pour le second tour de Jean-Marie Le Pen et la question de sa démission devient de plus et plus salutaire.

Sans tomber dans une auto-culpabilisation destructrice qui les feraient tomber inconsciemment au même niveau que ceux qui entrevoient la marque du « lobby juif » partout, les personnes engagées dans la « communauté » et se sentant peu représentées par le CRIF, quand bien même ce dernier n’à et n’aura jamais pour vocation d’être une représentation parfaite de la totalité des français juifs, doivent s’atteler à la tâche.

Et particulièrement ceux qui se désolent de voir une part conséquente de leur « frères », délaisser, le plus souvent par défaitisme, l’idéal d’une société fraternelle et plurielle au profit d’une autre, plus conforme à celle que vise la frange droitière de la communauté, je pense notamment à Gilles-William Goldnael, à Schmuel Trigano, Jonathan Simon-Sellem ou encore au site Europe-Israël.

Regardons les choses en face ! Nous savons très bien que cette réconciliation de façade à l’Elysée entre Dalil Boubakeur, lui-même ne faisant pas l’unanimité au sein de sa « communauté » respective, et Roger Cukierman n’engage que ceux qui y croient.