« Quand tu seras grand, nous voudrions que tu fasses tout ce que nous ne pouvions pas faire quand nous avions ton âge »

Cette phrase prononcée par mes parents est évidement l’une des phrases les moins originales que les enfants peuvent entendre partout dans le monde. Je l’ai entendue plusieurs fois dans ma vie et mes parents l’ont entendue de leurs parents. J’imagine que mes grands-parents avaient le même discours.

Chaque génération gagne l’avantage d’être prise en charge par la motivation naturelle de leurs parents, espérant que leur enfant fera mieux qu’eux et qu’il/elle réalisera ses rêves.

L’avenir de ma grand-mère aux yeux de sa mère était lié à un meilleur mariage et une vie tranquille. Pour mes parents, mes grands-parents voulaient qu’ils obtiennent un meilleur emploi et un meilleur appartement. Pour moi, mes parents rêvaient que je sois la première de la famille qui ira à l’université. J’ai suivi leur rêve pédagogique mais j’ai choisi de ne pas suivre leur parcours professionnel/personnel. Peut-être que ces rêves étaient déjà réalisés pour eux.

Beaucoup de ma génération ont plusieurs titres académiques, leur projet familial a été réalisé à un âge plus avancé. Est-ce seulement à cause des clichés modernes de notre époque ? Ou parce que le rêve fondamental parental était surtout de voir leurs enfants comme de grands business hommes et femmes, ingénieurs, professeurs, médecins et avocats?

Ces hypothèses font partie d’une perception plus large concernant le code personnel de chaque homme et femme, leurs expériences personnelles, leurs motivations, leurs positions dans la vie, leur chance aussi. Il est non seulement la faute de nos parents mais aussi leur responsabilité

« בַּיָּמִים הָהֵם לֹא יֹאמְרוּ עוֹד אָבוֹת אָכְלוּ בּסֶר וְשִׁנֵּי בָּנִים תִּקְהֶינָה. כִּי אִם אִישׁ בַּעֲווֹנוֹ יָמוּת, כָּל הָאָדָם הָאוֹכֵל הַבּסֶר תִּקְהֶינָה שִׁנָּיו. » 8 En ces jours, on ne dira plus: « Les pères ont mangé du verjus et les dents des enfants en sont agacées. Mais chacun périra pour ses fautes: tout homme qui mangera du verjus en aura, lui, les dents agacées. 30  » Jérémie 31 28 29

Mais la phrase « Quand tu seras grand, nous voulons que tu sois ….. » sonne comme un écho dans ma tête et dans mon cœur chaque fois que je vois mes parents, et maintenant de plus en plus quand je les vois avec leurs petits-enfants.

Les enfants des survivants de l’Holocauste en Israël « la deuxième génération « partagent de plus en plus leurs histoires personnelles après beaucoup d’années du silence. Comme leurs parents/grands-parents vieillissent et dans de nombreux cas ont déjà disparus, ils peuvent devenir plus ouverts en parlant de leur enfance.

Certains avaient un parent qui n’a pas arrêté de parler de l’horreur, un autre qui ne disait rien de son passé et quelques-uns qui ont grandi dans une atmosphère différente de celle de leurs amis d’école qui étaient la deuxième génération d’Israéliens natifs. Ces enfants sans enfance normale d’une maison qui avait toujours une valise à côté de la porte, un père qui crie chaque nuit, une mère avec beaucoup d’anxiété. Peut-être aussi ils étaient le seul enfant d’une famille sous le stress et les secrets. De toute évidence, il y a beaucoup d’histoires, un peu plus positives que d’autres, certaines difficiles, certaines pas encore partagées.

Au cours des 20 dernières années, nous rencontrons de plus en plus d’artistes qui partagent leur vie personnelle à travers leur art. Un livre, une chanson ou un film. Parmi eux, Shlomo Artzi (Chom Yuli-Augst) David Grossman (Momik, La grammaire interieure) Gila Almagor (Hakaits Shel Avia) Michel Kichka (deuxième génération), Yehouda Poliker (Afar VeAvak). Les textes et les témoignages que nous regardons ou lisons, nous aident à comprendre le plus grand défi de cette génération quand on parle de l’avenir avec leurs parents. « Quand vous grandissez, soyez tout ou rien. Mais ne demandez pas trop de questions, juste grandissez ».

Le passage du passé à l’avenir dans une famille qui a traversé la Shoah était plein de souvenirs horrifiants qui ont bloqués les couloirs du temps présent. Nous rencontrons l’enfant qui a besoin parfois de trouver la logique ou sa force intérieure qui permet de grandir.

Le livre la grammaire intérieure de David Grossman, et beaucoup d’autres de ses livres présentent exactement ce défi. Son héros dans le livre n’a jamais grandi physiquement et spirituellement. Il a choisi de rester dans son monde imaginaire où l’amitié des enfants reste la même, naïve et magique comme dans un jeu.

En éducation, il y a une règle de base qui dit que pour trouver le chemin pour l’avenir il faut qu’on « marche » le passage vers le passé. Moi, je suis toujours très en faveur de ce mouvement dialectique, d’avant et en arrière. Les gestes ronds complètent ma façon de penser et me font sentir bien. L’avenir et le passé avec de brèves interruptions de la sagesse dans le temps présent.

Cette chanson de Yehouda Poliker – Keshetigdal – quand tu grandiras de son album exceptionnel Afar VeAvak – la cendre et la poussière (en traitant de son enfance compliquée de deuxième génération de parents qui ont survécu à la Shoah) me rend triste autant qu’il me fait penser à notre présent. Une chanson qui est toujours à l’esprit de cette période entre hier et demain, entre l’Holocauste et la reconstruction d’une identité juive en Israël.

Que sommes-nous supposés dire aux enfants de faire quand ils grandiront ? Ou comment grandir ? Comment faire des enfants ? Comment rendre notre monde un meilleur endroit ? Ces questions exigent notre attention, à l’écoute de leur voix intérieure.