Beersheva est une ville de plus de 205 000 habitants, en pleine expansion au sud d’Israël.

« La capitale du Néguev » comme on l’appelle, est un modèle en Israël de coexistence entre Juifs et Arabes. Il n’y a qu’à se balader au coeur de l’Université Ben Gourion pour le comprendre. De nombreuses initiatives d’entraide, de paix, d’échange sont lancées au sein de l’université entre les étudiants d’origine juive et ceux d’origine bédouine.

Il n’y a qu’à déambuler dans le Shouk pour le vivre, le ressentir. Beersheva est une ville qui demeure relativement calme… à moins qu’une pluie de roquettes venant de la bande de Gaza ne tombe sur elle. Beersheva est une ville où les gens vivent les uns à côté des autres sans tension.

Jusqu’à maintenant, nous nous sentions en sécurité dans les rues de la cité aride ; malgré la peur, la vie continuait car la ville n’avait pas encore été touchée par une de ces attaques.

Depuis que les violences ont commencé en Israël, j’avais peur, de toute évidence. Pourtant, d’une certaine façon je me sentais protégée car je pensais que cette haine n’atteindrait pas nos quartiers, notre ville, notre désert. Je pensais que la coexistence et la paix ici avaient fait leurs preuves. Je redoutais plus que tout qu’un tel événement arrive, car je savais que celui-ci pourrait ruiner le vivre-ensemble qui anime Beersheva.

Puis ce soir-là, j’ai vu les voitures de police à ma fenêtre défiler, j’ai entendu le bruit des sirènes assourdissantes du Magen David Adom résonner, j’ai compris. La barbarie a donc atteint Beersheva.

Ce 18 octobre 2015 vers 20 heures, la gare routière centrale de Beersheva a été prise d’assaut par un terroriste armé. Au total, un jeune soldat israélien est mort, onze autres personnes sont blessées dont certaines dans de graves conditions.

De cette histoire, une autre tragédie apparaît : un demandeur d’asile érythréen a été victime d’une « erreur d’identification » et s’est fait tirer dessus par les forces de sécurité. En effet, celles-ci l’ont pris pour un complice du terroriste. Le pauvre homme a succombé à ses blessures lundi matin à l’hopital Soroka.

Aujourd’hui, on peut le dire, le fragile équilibre beershevai a été bouleversé, mais ce qui compte, c’est de savoir ce qu’il en sera demain. Laisserons-nous la peur de l’autre, la haine et la peine nous submerger ? Ou les leçons tirées du vivre-ensemble, de la tolérance et du respect dans cette ville prendront le pas sur la violence ?

Les prochains jours, semaines, mois, répondront à cette question. En attendant, la vie doit continuer.