Des paroles et des actes, Le Supplément: quand la télé invite les ennemis de la République

La société du spectacle si bien analysée par Guy Debord est une ogresse qui se nourrit infiniment d’elle-même. Depuis quelques années, elle développe avidement ce qu’elle nomme «clash».

Cela consiste à célébrer ce que la démocratie enfante de pire: la négation absolue de la pensée et du débat. Constatant que les plus grosses audiences des réseaux vidéo tels que Youtube se partagent le marché juteux des arènes infamantes et des conseils cosmétiques pour adulescentes écervelés, les chaînes de télévision classiques ont emboîté le pas, s’autocaricaturant jusqu’à l’absurde dans l’infotainment.

Quant au métier de journaliste, il cède trop souvent la place au brouhaha sans analyse et sans esprit, boursouflé d’un égo qui le rend détestable aux yeux des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, et qui explique le peu de considération dont jouit actuellement notre profession. Cette semaine a ainsi vu un Académicien se faire insulter par une militante politique et notre ministre de l’Éducation nationale se taire devant un islamiste. L’heure n’est plus à la simple critique des médias.

Les Français ont le droit de savoir qui parle

Alors que la France ensanglantée est toujours sous la menace d’attentats islamistes, alors que des concitoyens juifs ont été attaqués et blessés cette année à l’arme blanche, une péronnelle haineuse prétendant souffrir d’«islamophobie» ordonne que de tout ceci, il ne soit pas question. Il ne faudrait pas désespérer les Indigènes. Car elle est, je pense, destinée à servir le breuvage empoisonné que sa comparse Houria Bouteldja a auparavant déversé, pendant de trop longues années, sur des plateaux tout aussi complaisants.

Aussi narquoise que virulente, la prétendue «prof d’anglais musulmane anodine de Noisy», jouissant d’une posture victimaire que nos caméras et micros caressent trop souvent, en bons ordonnateurs d’une moraline paternaliste que l’on pourrait qualifier de coloniale, pour le coup, a récité son bréviaire de la haine de la France et ordonné à Alain Finkielkraut de se taire «pour le bien» de notre pays que tout en elle exècre.

Cette jeune femme se prétendant laïque ne l’est pas, dans la mesure où, étant proche du Parti des Indigènes avec qui elle a défilé dans les rues de Paris il y a quelques semaines, elle vomit la France et la République, et par conséquent tout ce que ces bonnes mères offrent à leurs enfants, d’où qu’ils viennent: l’éducation, les soins, la possibilité de développer son esprit critique, celle de célébrer par la connaissance la culture des ancêtres et celle de s’émanciper en libre conscience.

Son discours belliqueux est mis en mots et en actes via un pseudo antisionisme, en fait une obsession des Juifs, un antisémitisme qui ne trompe personne. Leurs «bêtes» noires sont ces intellectuels juifs parmi les intellectuels français connus du grand public. Or, que l’on soit d’accord ou pas avec Alain Finkielkraut, la tradition française oblige et la décence contraint. Je m’étonne que cette «enseignante» à l’orthographe défaillante n’ait pas été remise à sa place illico par David Pujadas.

Car en sus de porter tort à l’invité, l’insultante personne a déshonoré nombre de nos compatriotes d’origine levantine, maghrébine, etc., et nombre de musulmans plus attachés à leur tradition familiale et spirituelle qu’aux colifichets des intégristes.

Elle a donné d’eux une image pathétique et détestable. Le dessinateur Johann Sfar l’a parfaitement exprimé: «C’est vraiment la double peine pour les citoyens français venus d’une famille du Maghreb, ou de culture musulmane. Non seulement la télé ne les laisse pas assez souvent s’exprimer, mais en plus, quand on nous vend des «jeunes gens représentatifs et issus de la société civile» il s’agit à tous les coups de copains de Tariq Ramadan ou des Indigènes de la République. Les émissions qui choisissent de tels intervenants torpillent le débat et montrent des joutes caricaturales. (…) Je ne voudrais pas être dans la tête des directeurs d’antenne car ils portent une lourde responsabilité sur le climat dégueulasse de notre pays. Il faut s’attacher à faire baisser les préjugés, à créer de la fraternité. Les français originaires du Maghreb n’ont jamais demandé à être représentés par les copines de Tariq Ramadan ou des Indigènes de la République! C’est irresponsable. Et ça attise la haine de tous les côtés.»

Le «musulman normal» et les représentants de la République

Le spectacle vire aussi au cauchemar. C’est dans «Le Supplément» de Canal + que l’inconcevable se produisait: Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, était conviée avec des représentants de l’association dite humanitaire BarakaCity. Perquisitionnée plusieurs fois, l’association revendique sa présence dans une vingtaine de pays et affirme avoir recueilli 16 millions d’euros de dons en trois ans d’existence. Un peu comme avec le CCIF, nul ne connaît le montant réel des dons ni l’identité des «mécènes». BarakaCity était venue médiatiser le cas de Moussa, militant actuellement emprisonné pour d’obscures raisons au Bangladesh.

Idriss Sihamedi, le président de BarakaCity, se présente lui aussi comme «un musulman normal». Il semble que «musulman normal» soit une consigne récemment délivrée à tous les épigones de l’islam politique.

Grand seigneur, il consent à être éventuellement qualifié de simple «orthodoxe». Un argument auquel le journaliste Claude Askolovitch a été sensible en écrivant son livre, lui qui invite aussi régulièrement sur iTélé des figures connues de l’islam politique (le CCIF et ses réseaux).

J’épargnerai à nos lecteurs l’intégralité de la prestation de Idriss Sihamedi. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il ne condamne pas clairement les abominations de l’État islamique et que pour lui, il est «normal» de ne pas serrer la main des femmes et d’occulter celles qui travaillent avec lui.

Face à lui, l’ex-ministre du Droit des femmes n’a pas su rappeler qu’en République française, l’égalité des sexes n’est pas une option, ni que, «musulman» ou pas, tout Français a pour ennemi les ennemis déclarés de la France haïssant en elle ces valeurs en principes défendues par nos hommes et femmes politiques.

Dominant face à une ministre embarrassée et interdite, Idriss Sihamedi n’hésitera pas, quelques heures plus tard, à se livrer à une tentative d’intimidation sur Francis Chouat, maire d’Évry et président de la communauté d’anglo Évry-Centre Essonne, lui lançant sur Twitter: «Souhaitez-vous vraiment être en confrontation avec nous? Nous avons des éléments/arguments compromettants.»

À quelle provocation l’élu s’était-il donc livré, lui valant cet arrogant courroux? Un post sur Facebook, où il dénonce «la supercherie doublement dangereuse qui est en train de se médiatiser autour de BarakaCity». «Je ne suis pas en tête-à-tête ni dans un match à distance avec lui», m’a indiqué Francis Chouat, «Je sais l’urgente nécessité de faire vivre les principes de la République, qui sont des valeurs, et la clarté autour de ces valeurs».

Il serait temps que nos confrères en prennent la mesure.

Cet article a été publié dans le FigaroVox.