Malgré ses déclarations incendiaires et ses menaces, la Corée du Nord a eu une approche constructive avec Israël, quelques années auparavant.

Elle était loin alors de menacer Israël de l’effacer de la surface de la Terre : « Israël doit freiner sa mauvaise habitude d’attaquer les autres quand il est mis au coin et doit répondre aux demandes internationales de parvenir à la paix et la dénucléarisation du Moyen-Orient ».

L’Histoire nous démontre qu’Israël a raté l’occasion de nouer en 1993 des relations diplomatiques avec la Corée du Nord, sur injonction des Américains qui n’avaient pas eu le nez assez fin.

La tournure des événements aurait certainement modifié le cours actuel. La Corée du Nord avait de gros besoins financiers pour sauver son économie et nourrir son peuple.

Israël pouvait alors envoyer ses experts agricoles pour dynamiser ses cultures et ses experts médicaux pour assurer la santé de la population. La Corée dépendait alors de la Chine qui n’avait pas encore pris son tournant économique.

Des responsables israéliens avaient déclaré le 14 août 1993 que les Etats-Unis s’opposaient à un plan israélien visant à investir financièrement en Corée du Nord.

Israël voyait ainsi un moyen d’empêcher, en contrepartie, les Nord-Coréens de fournir des missiles modernisés de longue portée à l’Iran.

Selon Eitan Bentsur, directeur général adjoint du ministère israélien des Affaires étrangères : « La position américaine est certainement une des insatisfactions et des réserves concernant les contacts avec la Corée du Nord. Mais cela s’ajoute à la reconnaissance que l’offre de missiles Rodong en Iran présente un danger très grave ».

Eitan Bentsur avait supervisé à l’époque les négociations qui se déroulaient depuis octobre 1993. Il avait rencontré des responsables nord-coréens à Pyongyang et à Pékin pour les convaincre de ne pas vendre de nouveaux missiles Rodong-1, également connus sous le nom de missiles Scud-D, à l’Iran.

Ce serait un euphémisme de dire que les États-Unis voyaient d’un mauvais œil et ils l’ont fait savoir. La décision de poursuivre les négociations appartenait au Premier ministre Yitzhak Rabin et au ministre des Affaires étrangères Shimon Peres.

Bentsur était en contact étroit avec l’ambassadeur des États-Unis en Israël, William Brown. Brent Byers, attaché à l’ambassade des États-Unis à Tel Aviv, avait laissé filer quelques indiscrétions tout en donnant l’impression de refuser de commenter l’affaire.

Bentsur avait prévenu qu’en cas de refus d’Israël, les Coréens prendraient la décision d’expédier dès octobre des missiles, d’une portée d’environ 1.130 kms.

La Corée du Nord fournissait des missiles Scud non seulement à l’Iran, mais aussi à l’Irak et à la Syrie. D’ailleurs, pendant la guerre du Golfe Persique, des missiles Scud étaient tombés sur la région de Tel-Aviv. Compte tenu de ce risque, pour Bentsur : « L’objectif numéro un d’Israël était d’éviter la livraison de missiles en Iran ».

Les États-Unis avaient confirmé sournoisement que la décision finale était entre les mains du gouvernement israélien mais ils avaient attiré l’attention sur les conditions incertaines des investissements dans le pays.

La presse israélienne avait publié des détails concernant l’accord d’investissement israélien pour la vente à Israël, en espèces, d’une mine d’or nord-coréenne devant être reconstruite suite à sa destruction pendant la guerre de Corée.

Il s’agissait d’un investissement de 1 milliard de dollars qu’Israël comptait faire souscrire à des Juifs à travers le monde. Le ministère des Affaires étrangères avait suggéré que cette reconstruction soit confiée à la société Merhav, détenue par l’homme d’affaires Yossi Maiman, avec la participation du milliardaire Shaoul Eisenberg, expert en affaires en Extrême-Orient.

En retour, les Coréens avaient accepté de reconnaître immédiatement Israël et d’entretenir des relations normales et étroites.

La radio israélienne avait cependant signalé que les membres du Conseil israélien de sécurité nationale avaient informé le vice-ministre des Affaires étrangères Yossi Beilin, que les États-Unis s’opposaient aux contacts entre Israël et la Corée du Nord tant que la Corée refusait d’autoriser l’inspection étrangère de ses sites nucléaires.

La Corée du Nord, qui tenait absolument à une collaboration avec Israël, pouvant s’étendre à d’autres domaines d’expertise, avait accepté de permettre aux Nations Unies de reprendre les inspections.

Elle avait même adouci sa position après des mois de négociations tendues, suite à sa décision de se retirer du traité pour stopper la propagation des armes nucléaires.

Mais malgré l’acceptation de Pyongyang de suspendre son retrait du traité, le secrétaire d’État Warren Christopher avait refusé de donner à Shimon Peres le feu vert pour les plans d’investissement israéliens.

Immédiatement après, une réunion entre responsables nord-coréens et israéliens à Pékin avait causé un malaise à la fois à Washington et à Téhéran.

Cependant, l’affaire n’a pas pu être conclue car l’agence de surveillance nucléaire des Nations Unies avait accusé la Corée du Nord de continuer à restreindre l’accès à deux sites nucléaires et avait déclaré qu’un accord sur les inspections complètes semblait bloqué.

Des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique étaient revenus d’une visite d’une semaine en Corée du Nord et avaient déclaré qu’ils n’avaient été autorisés qu’à effectuer que des travaux de maintenance sur les équipements de surveillance des usines.

En fait, les installations étaient soupçonnées d’être utilisées dans le cadre d’un programme de production d’armes nucléaires. Bentsur avait été chargé de dire aux Coréens que les pourparlers avaient été gelés.

Mais Israël gardait cependant ses contacts puisqu’il continuait à exporter de l’or vers la Corée malgré l’interdiction imposée par l’ONU en 2006. La résolution 1718 du Conseil de sécurité de l’ONU avait été adoptée en réponse au programme de la Corée du Nord visant à développer des armes nucléaires. Celle-ci interdit les exportations de produits de luxe vers cette nation asiatique secrète dirigée par Kim Jong-Un.

David Houri, directeur du service des exportations au sein de l’administration fiscale israélienne, avait évalué le transfert d’or vers la dictature asiatique comme équivalant à une somme de 400.000 dollars sur les dernières années.

Le travailliste Eitan Cabel avait reconnu que « les citoyens nord-coréens ne voient sans doute pas la couleur de cet or, eux qui ne mangent pas à leur faim ». Il avait mis cet échange sur le compte d’une légèreté du ministère de l’Économie, qui aurait négligé pendant des années d’avertir le Parlement de la disposition nouvelle de l’ONU.

À partir de 2011, Israël envoyait, en plus de l’or, des livres et des implants dentaires vers la Corée du Nord ainsi que des produits médicaux et de la nourriture.

Depuis 2014, cet horizon s’était encore restreint aux seuls médicaments et nourriture, mais il n’était plus question d’or. David Houri avait, de sa propre initiative, empêché plusieurs départs d’or vers le pays de Kim Jong-Un parce que ces exportations représentaient selon lui « une honte » pour l’État hébreu.

Depuis, tout produit destiné à quitter le sol israélien vers la Corée du Nord est soumis à une autorisation du ministère de l’Économie qui doit délivrer un permis.

Il n’est pas certain que la Corée du Nord ait eu l’intention de signer un accord, ni aucune garantie qu’elle l’aurait respecté. Eitan Bentsur, âgé aujourd’hui de 79 ans, considère son échec avec philosophie : « Le problème, c’est qu’il a été dit qu’il n’y avait pas de partenaire au sujet de cette initiative.

Mais nous avions déjà dit qu’il n’y avait pas de partenaire à propos de Sadate, et nous avons été frappés par la guerre de Yom Kippour. Il y avait une certaine opportunité en Corée alors qu’un tyran mourrait et qu’un autre tyran se préparait à s’installer, et nous l’avons manqué. Et maintenant, la Corée du Nord menace la paix mondiale ».

Il est évident qu’on ne peut pas refaire l’Histoire mais peut-être que les événements auraient été différents aujourd’hui, si Israël n’avait pas été soumis au diktat des Américains qui avaient imposé de rompre tout contact avec la Corée du Nord.

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