En souvenir de ma mère (Zal) qui chantait souvent ce poème

Avec l’aide de Dieu, je commence à raconter ce qui est arrivé à notre patriarche Joseph avec ses frères qui étaient au nombre de dix. Il avait l’habitude de rester à la maison avec son père et de passer ses jours et ses nuits exclusivement à lire. Mais un jour, il dit à son père : j’ai vécu un événement extraordinaire, j’ai vu onze étoiles, le soleil et la lune ; tous se prosternaient devant moi, Oh toi qui auras longue vie.

Il lui dit : Oh mon fils, cesse donc de tenir ce discours. Mais lorsque ses frères apprirent la nouvelle, chacun en fut chagriné et ils se dirent les uns aux autres : il veut régner, en voici la preuve. Plus aucun ne consentit à le regarder, ils se dirent : mais jusqu’où compte-t-il aller avec une telle insolence ?

Joseph a achevé son discours, il s’était si naïvement livré sans se méfier, il était le fils unique de sa mère, aucun autre enfant n’était aussi chéri que lui.

Oh seigneur, aucun autre enfant !

Ses frères en prirent bonne note, ils vaquèrent à leurs occupations, chacun faisait paître son troupeau au désert, même les déserts les plus reculés,

Oh seigneur, dans les déserts les plus reculés.

Ruben était soucieux, il réfléchissait intensément à la chose, qu’il prenait très à cœur, et ne désespérait pas de s’en expliquer avec ses frères,

Oh seigneur, de s’en expliquer avec ses frères.
La chose parvint aux oreilles de Jacob qui n’y décela aucun mal, il n’imaginait pas que les frères seraient capables d’une telle ignominie. Il lui dit ; Oh Joseph, va aux nouvelles, tes frères passent la nuit à la belle étoile, il répondit : bien que cela soit au-dessus de mes forces, je n’irai jamais, pas même par le regard, à l’encontre de la volonté de mon père, quoiqu’il m’en coûte. Joseph se mit en route dans le désert et se rendit qu’il s’était perdu. Il fit une rencontre et on lui dit : mais que cherches-tu Oh Joseph ? Tes frères étaient bien ici, je vais t’en fournir la preuve.

Place ton espoir en Dieu, accepte son verdict jusqu’au bout, soumets toi à ce que notre Seigneur t’impose, notre Dieu est miséricordieux,

Oh seigneur, notre Dieu est miséricordieux.

Celui qui demeure dans les hauteurs est parfait, il envoie une plaie mais il guérit aussi avec des médicaments. Va ! Sers ton Dieu, ne l’oublie pas, accorde lui encore plus de louanges.

Oh seigneur, accorde lui encore plus de louanges.

Ton père Jacob, qui est assis auprès de lui ? Tes frères sont passés par ici, ils se dirigent vers Dothan.

Oh seigneur, ils se dirigent vers Dothan.

Lorsque Joseph se mit en route, la nouvelle de son arrivée l’avait précédé. Chaque frère arriva en courant. Il se mit à les supplier, les aînés comme les plus jeunes. Rien n’y fit, ni les suppliques ni les signes de soumission. Il leur dit : Oh mes frères, mais qu’ai-je fait de mal ? Même les païens ne commettraient pas un tel méfait. Ils prélevèrent le meilleur bouc de leur troupeau de chèvres qu’il égorgèrent, y (dans son sang) plongèrent la tunique (de Joseph) qui devint toute rouge.

L’ayant dépouillé de son habit, chacun lui donna un coup (…) il dit : ce scandale était écrit. Je dois le subir de la part de mes propres frères.

Oh seigneur, de la part de mes propres frères.

Naftali se leva précipitamment, il dit : il est temps de l’emmener chez notre père à présent. Nous l’avons trouvée, jetée dans une forêt. Contente toi seulement de l’identifier.

Oh Seigneur, contente toi de l’identifier.

Quand il s’en saisit une profonde tristesse l’envahit. Il dit : c’est bien là la tunique de mon fils. Dès cet instant précis, je sombre dans le deuil.

Oh seigneur, je sombre dans le deuil.

Joseph était d’une grande beauté, mais le jour où ils le jetèrent dans un puits sans eau mais infesté de serpents et de vipères son visage en fut décomposé et devint très pâle. Dieu suscita la venue d’une caravane d’Arabes en route vers l’Egypte et qui venait d’un très lointain désert. Ils se dirent : vendons-le à ces gens, ainsi il disparaîtra, nous ne le verrons plus jamais et nous n’aurons pas d’explications à fournir.

Lorsque ces Arabes le firent remonter, ils lui dirent viens donc, petit, accepte le destin que Dieu t’a fixé , contente toi de nous suivre,

Oh seigneur, contente toi de nous suivre.

J’étais caché dans un puits, j’étais menacé par tous ces reptiles, même si Juda m’aimait bien, ils m’ont vendu à un certain prix.

Oh seigneur, ils m’ont vendu à un certain prix.

Il dit : je suis prêt à endurer mon destin intégralement, mais où est donc mon père pour qu’il contemple mon tourment ? Quand ils me firent remonter, ils ont souillé mon vêtement, ils m’on laissé tout nu,

Oh seigneur, ils m’ont laissé tout nu.

Lorsque les Arabes s’en saisirent, ils lui mirent sur un âne, ils passèrent devant la tombe de sa mère, une pierre se détacha et chuta ; alors Joseph se mit à pousser de grands cris. Elle lui dit : mon fils, supporte ce malheur. Ils revinrent sur leurs pas et la supplièrent d’obtenir la rémission (de leurs péchés). Nous savions que tes péchés seraient pardonnés et lorsqu’ils s’acquittèrent du prix, ils le conduisirent en Egypte

Potiphar faisait partie des autorités, il l’acheta et lui dit : je voudrais que tu travailles chez moi, dans ma maison, mais tu travailleras sans recevoir de salaire.

Dès qu’il eut franchi la porte de la maison, ils virent que Joseph était d’une beauté resplendissante. Et la nouvelle se répandit,

Oh seigneur, et la nouvelle se répandit.

Le regard de Zoulekha s’attarda sur lui, elle se dit : mais comment vais-je le séduire celui-là ? Je vais prier Dieu afin qu’il accepte, car ce jeune homme est l’incarnation même de la beauté.

Oh seigneur, l’incarnation même de la beauté.

Tout ce qu’il voudra, je le lui donnerai, je le comblerai d’or et d’argent, je me suis jurée de ne pas de ne pas succomber devant mes ennemis.

Potiphar, je vais l’égarer, il ne pourra ni me voir ni le voir.

Seigneur ! Que dois-je faire pour guérir de tous mes tourments ?

Oh seigneur, pour guérir de tous mes tourments.

Il (Joseph) lui dit : même si vous me donniez cent quintaux, ce serait une faute commise à l’encontre de mon père et de mon ancêtre, je n’irai pas à l’encontre de Dieu tout-puissant, et comment m’y résoudrais-je ? Je fais partie des enfants d’Israël, de cette lignée d’hommes libres. Alors, levez-vous et partez, et cessez de me tenir de tels discours.

Zouleikha se mura dans le silence et cessa de parler. Son visage était décomposé et devint tout pâle. Ses voisines lui demandèrent d’où venait toute cette peine. Elle leur dit, je suis en train de courir à ma perte. Joseph me fend le cœur comme s’il me donnait des coups d’épée.. Et que celles qui me disputent viennent donc se rendre compte par elle-même de mon calvaire. Elle les fit asseoir et leur distribua des concombres et un couteau. Chacune tenait entre ses mains un citron. Elle cria : Joseph, viens, montre toi ! Dieu est mon garant, je promets de ne plus t’importuner.. Lorsque Joseph fit son entrée, la pièce s’illumina soudain, comme si le soleil et la lune éclairaient conjointement.

Lorsqu’elles levèrent les yeux sur Joseph, elles eurent l’impression de chavirer et elles se coupèrent les doigts tant elles ne parvenaient pas à le quitter des yeux.

Oh seigneur, tant elles ne parvenaient pas à le quitter des yeux.

Joseph ne pouvait pas les voir, il sortit de la maison et les laissa sur place ; il pria : O Dieu frappe les de cécité.

Elles dirent à Zouleikha : lève toi et viens dissiper ce tourment. Elle leur répondit qu’elle ne pouvait même pas marcher. Lorsque Joseph rentra, elle se répandit en de nouvelles complaintes. Il lui répondit : même si on me déchirait en mille morceaux, (je ne transgresserai pas). Elle se saisit alors de lui mais il continua de se débattre. Il quitta la maison et la laissa seule avec elle-même. Sur ces entrefaites, arriva Potiphar qui s’enquit des raisons du malaise de sa femme. Elle répondit que l’esclave juif lui avait gravement manqué de respect…

Regarde, son habit est encore entre mes mains. ; pour me libérer, j’i dû pousser de hauts cris J’étais ici toute seule, sans voisins,

Oh seigneur, j’étais toute seule, sans voisins.

Il lui demanda : mais que s’est-il passé, Oh mon esclave ? Tu vas m’accompagner chez le Qadi et m’expliquer pourquoi as-tu voulu me tromper dans la paternité de mes enfants ? Et reconnais ce que tu as fait… Maître, je ne tiens cela ni de mon père ni de mon ancêtre. Je prends Dieu à témoin. Je n’ai commis aucune traitrise à son endroit. Je n’ai jamais levé les yeux sur elle
Oh seigneur, je n’ai jamais levé les yeux sur elle.

Lorsqu’ils arrivèrent chez le sage (hakham) ils exhibèrent l’habit et dirent qu’il n y avait plus aucun doute. Il appela son ami et ils la battirent comme on bat des parjures. Il lui dit que le témoignage de la femme ne pouvait pas porter contre lui : je n’ai pas commis ce péché. Dieu est mon témoin, il voit et il sait, lui. Elle me promettait mon pesant d’or et Dieu sait qu’elle s’y est prise près d’une centaine de fois.

Quoiqu’il en soit, je me soumets à la volonté de Dieu . Je serai détenu, si telle est son décret, aujourd’hui comme demain jusqu’à ce que le miséricordieux consente à revoir mon cas.

Oh seigneur, jusqu’à ce que le miséricordieux consente à revoir mon cas.

Joseph est resté en prison dix ans, prolongés par deux années supplémentaires, chacun le renvoyait de l’un à l’autre, nul ne l’avait plus revu,

Oh seigneur, nul ne l’avait plus revu.

Mais un jour, deux personnes au service des autorités firent chacun un rêve, et au réveil, ils en étaient encore tout troublés. Il leur dit : venez me raconter, O vous les oppresseurs ! Vous verrez, votre ciel va s’éclaircir.

Le panetier prit la parole et il lui dit : toi, ton visage est décomposé et tu es très pâle… L’échanson se leva et se mit lui aussi à parler.. Voilà ce que j’ai vu dans mon rêve : je pressais une grappe de raisin dans la coupe. Prestement, Joseph lui interpréta le rêve : dans trois jours tu seras libéré et tu sera joyeux.

Oh seigneur, tu seras joyeux.

Le panetier se leva et prit la parole. Joseph lui dit que son visage était pâle et qu’il ne resterait pas en vie.
Oh seigneur, qu’il ne resterait plus en vie.

La nouvelle parvint aux oreilles du pharaon, O les oppresseurs, le jour où il fit un rêve et se réveilla de sa torpeur. Il ne trouva personne pour l’interpréter parmi les gens d’Egypte. C’est alors que l’échanson prit la parole. Il lui dit : « Mon seigneur, je me souviens que lorsque j’étais en détention, abandonné, il y avait un esclave juif qui interprétait (les rêves). Et les choses se sont passées comme il l’avait prévu. »

Il leur dit : ramenez-le-moi, c’est à lui que je raconterai ce que j’ai, il existe un maître de l’univers, et il est au-dessus de toi.

Il lui dit : j’ai vu en rêve sept épis totalement vides, et sept autres où il avait une ( ?) ; il lui dit, j’ai rêvé de sept grosses vaches et de sept autres malingres. Joseph lui répondit : sept années d’abondance et sept années de vie chère et d’absence d’activités commerciales. Sème à tout va et commence à stocker (du grain) et trouve quelqu’un qui puisse te prodiguer ses conseils.

Pharaon dit : celui là a tout compris, il convient qu’il soit à la tête du pays, comme le recommande le Miséricordieux

Oh seigneur, comme le recommande le Miséricordieux.

Il leur dit : conduisez-le ici chez moi afin qu’il puisse s’entretenir avec nous, Dieu viendra à notre secours, il parle soixante-dix langues.

Oh seigneur, il parle soixante-dix langues.
Un ange de Dieu vint lui dire, débarrasse toi de cette peine, que Dieu ait pitié de nous, viens et devins le roi.

Oh seigneur, viens et deviens le roi.

On le fit défiler dans les grandes avenues et les femmes juives se mirent à apporter, qui des rubis, qui des émeraudes, qui de l’or et qui de l’argent. Cette histoire eut lieu jusqu’au moment où remontèrent du pays d’Egypte tous les membres de la tribu de notre patriarche Jacob, l’élu (de Dieu),

Oh Seigneur, rassemble nous dans notre patrie, reconstruis vite notre sanctuaire, que nous retrouvions notre indépendance, nous-mêmes et tous nos frères (de la maison) d’Israël.

(En vente chez Joseph LUGASSI 139 rue des synagogues Casablanca)