Le Front National (FN) vient de nous offrir un psychodrame comme seul le théâtre nous en réserve habituellement. De fait, dans le duel père-fille auquel se livrent les Le Pen, on croirait assister à une représentation de Jules César, où ce dernier lance à l’adresse de Brutus « Tu quoque mi fili (Toi aussi mon fils) » ! Aussi, l’on peut s’interroger à juste titre sur la nature réelle de ce qui vient de se passer, une révolution de palais ou un coup médiatique après une campagne électorale où le succès attendu n’a pas été au rendez-vous ?

Provocation ou orchestration ?

Acte I : Jean-Marie Le Pen (JMLP), le père fondateur du FN, a encore récidivé dans la provocation et la surenchère. Que ce soit sur BFM TV et RMC où il réaffirme que les chambres à gaz sont « un point de détail de la seconde guerre mondiale » ou dans Rivarol en faisant l’apologie du régime de Vichy et par une critique abjecte à l’encontre du Chef du gouvernement en questionnant ses origines : « Quel est l’attachement réel de Valls à la France ? Cet immigré a-t-il changé du tout au tout ? » Immédiatement les médias se sont emparés de l’affaire et lui ont donné tout l’écho nécessaire.

Acte II : face à ces propos, le gratin du FN, Florian Philippot, Louis Alliot et Marine Le Pen (MLP) en tête, se sont drapés dans les habits de la vertu offensée en affirmant que la rupture était consommée. Comme pour bien marquer sa différence d’avec son père, MLP a « décidé l’ouverture d’une commission disciplinaire », et martelé qu’elle s’opposait à la candidature de JMLP en région PACA pour les élections régionales.

Acte III : Devant le risque de voir sombrer le navire « bleu marine » suite au Tsunami médiatique provoqué par ses propos, le « vieux Capitaine aurait renoncé à être tête de liste pour les Régionales et s’est prononcé en faveur de sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen. « Je pense que ce serait une tête de liste très performante. Certainement, la meilleure, je ne vais pas dire après moi, mais quand même » a-t-il affirmé.

Grace à ce coup d’éclat, et à l’apparente mise à l’index de JMLP, on en viendrait presque à oublier que contrairement aux cimes espérées lors des élections départementales, c’est plutôt « la montagne qui a accouché d’une souris ». Faisant d’une pierre deux coup, le FN se « rachète à bon compte une virginité » et place une MLP conquérante, tel « Saint Georges terrassant le dragon », à la proue du navire en défenseuse du politiquement correct.

La révolution, n’est-ce pas le retour au point de départ?

Mais au-delà de ce tapage médiatique et des affirmations martelées devant les micros et les caméras, la page est-elle vraiment tournée pour autant ? A bien lire ses déclarations, JMLP nous donne en partie la réponse quand il explique qu« au Front national, il y a de tout vous savez. C’est un grand rassemblement de patriotes : fervents gaullistes, il y a aussi de fervents pétainistes, d’anciens communistes, d’anciens partisans de l’Algérie française, beaucoup de gens comme ça, c’est vrai». Il faut bien reconnaître que seule la personnalité complexe de son chef historique a su maintenir jusqu’à présent la cohésion de ce noyau dur très hétérogène de l’électorat traditionnel du FN sur lequel est venu se greffer un vote protestataire.

MLP, une enfant du sérail, sait très bien tout cela et ce qu’elle perdrait si son père devait définitivement rester à quai, d’autant plus que c’est lui qui tient les cordons de la bourse. En renonçant à ses vieux démons, et donc à sa nature profonde quel serait l’attrait du FN que plus rien ne différencierait des autres formations politiques aux yeux de ses électeurs traditionnels ? Cela laisserait le champ libre à un autre mouvement d’extrême droite qui occuperait alors la place laissée vacante.

Aussi, il est très peu probable que ce parti change fondamentalement d’identité. Et dans cette perspective, tout ce à quoi nous venons d’assister pourrait très bien n’être que conjoncturel. Auquel cas, nous assisterons prochainement à un retour progressif aux sources auxquelles s’est abreuvé le FN jusqu’à présent.

Faire de la politique autrement

A entendre les commentaires le soir des résultats des élections départementales, il semble que la classe politique n’ait pas mesuré à sa juste valeur le message envoyé par les français. La droite sûr d’elle fêtait sa victoire oubliant qu’il y a peu c’étaient la gauche qui tenait les mêmes propos et d’affirmer qu’ils étaient détenteurs des solutions qu’ils n’avaient su trouver ou mettre en œuvre avant d’entrer dans l’opposition. De leur côté les forces de gauche se sont montrées désunies mettant en avant ce qui divise plutôt que ce qui rassemble et le résultat a été éloquent.

En permettant au FN d’atteindre un tel score au premier tour, les électeurs ont fait savoir leur mécontentement, mais ont donné un bel exemple de démocratie au second tour en n’offrant aucun département au parti d’extrême droite. Mais combien de temps encore avant que ce vote protestataire ne se transforme en vote idéologique si nous continuons dans cette voie ?

Les français veulent que les élus fassent de la politique autrement. Ils désirent un renouvellement du discours plus en phase avec leurs problèmes quotidiens et qu’on leur démontre qu’ils sont pris en considération. Pour cela, il faut sortir des divisions idéologiques et des affrontements stériles droite – gauche dont les partis sont ainsi renvoyés dos à dos, et permettent au mouvement de JMLP et MLP de prospérer.

Si nous voulons donner de l’espoir et prouver aux françaises et aux français que la classe politique les a entendu quel meilleur gage qu’en les faisant participer activement à cette action de réforme, en s’ouvrant réellement à la société civile.

Publié dans le Huffington Post