Hier, avec mon caddie dans la banlieue de Paris, le 92, je me suis surprise à poser mes boîtes de charcuterie cachère, à l’envers. Je me suis arrêtée, consternée par moi-même et l’éclatante évidence de ma France.

Prudente au supermarché… J’ai partagé ce pénible moment sur mon mur Facebook. Et l’un après l’autre, les témoignages se sont égrenés avec tous un relent d’histoire qui bégaie…

Maryse me confie que lors de ses livraisons à domicile, elle évite d’acheter des articles cachers. Joël lui, indique que sa fille a décidé de retirer la maguen David de son cou… Paulette en passant à la caisse se demande à chaque fois, quelle tête fera la caissière devant ses achats cachers.

Une autre mère m’indique qu’elle tremble pour sa fille qui refuse de retirer son étoile de David et qu’elle est régulièrement insultée. Un autre contact m’écrit qu’elle porte en solidarité avec le peuple juif une maguen David, bien qu’elle ne soit pas juive. Que ses proches ont peur pour elle et qu’elle s’interroge. Continuera-t-elle à la porter encore longtemps ?

Pour Michael L, « les grandes enseignes genre Auchan et Carrefour ne livrent plus en casher, même pas en Drive. Trop de soucis, de produits endommagés durant la livraison… ».

Ce témoignage également. Agressée il y a 4 mois. Première recommandation de la police : « Madame changez de sachet, ne sortez plus avec celui-ci (une enseigne cachère). ».

Un effet de loupe ?

En Grande-Bretagne le Community Security Trust (CST) a comptabilisé 767 actes antisémites à travers le pays entre janvier et juin 2017. Une hausse de 30% par rapport à la même période l’année dernière ! En Allemagne, le nombre d’actes à caractère antisémite commis à Berlin a augmenté de 19%, depuis le début de l’année en cours, rapporte jeudi Deutsche Welle. Au moins 80 crimes haineux visant des Juifs ont été recensés à Berlin durant les deux premiers trimestres de 2018. Pour l’ensemble du pays ce chiffre s’élève à 401.

Est-ce un effet de loupe parce que nous sommes davantage informés ? Possible mais ce qui est certain et que j’expérimente comme mes contacts virtuels et connaissances réelles, c’est qu’afficher son judaïsme est devenu dangereux… voir mortel dans certains quartiers, en France.

Mon fils, né d’un père breton baptisé et d’une mère juive

En ce moment, c’est Hanouka. C’est mon fils de 11 ans et sa sœur de 5 ans qui allument les bougies. Mon fils, né d’un père breton baptisé et d’une mère juive. Oui je sais, ce n’est pas forcément un cadeau sympa.

Quand son grand père – mon père – a été trouvé mort dans le jardin de la maison de retraite Rothschild, il m’a fallu affronter les rites, nos rites. Je n’y connaissais rien. Alors aidée du Keren Hayessod et de l’ex-femme de mon père, j’ai organisé et affronté.

Mon judaïsme je l’ai rencontré tard. Dans un bus au Maroc à l’âge de 11 ans. Depuis, il colle à ma peau. D’abord grâce aux nombreux crachats que ma grand-mère et moi recevions. Grâce aux insultes très créatives aussi. Puis ce fut en France plus subtilement durant mes études.

Nous, les couples « mixtes »

11 ans et mon fils allume de son propre chef les bougies de Hanouka. Ce n’était pas gagné ! Son père, fiable et solide figure, déteste la politique de Bibi. Par extension, Israël je présume. Nos rares disputes portent toujours sur ce sujet. Et l’unique menace reçue de mon mari en 15 ans a également porté sur Israël. Elle ressemblait à : « Si tu incites Ethan à intégrer Tsahal un jour, tu me trouveras sur ton chemin.» Soit. J’assumerai ça aussi le moment venu.

J’avoue sans honte aucune que j’ai volontairement inoculé le virus du sionisme à mon fils. Mais que partager de plus important que ses valeurs et ses combats ? Nous, les couples « mixtes ». Doit-on laisser notre filiation juive se dissoudre sous prétexte d’un époux non-juif ? J’ai fait le choix que non… L’assimilation ne passera pas par moi.

Pour cela aucun autre choix que d’être un modèle sinon, où irait-il s’inspirer… Qui imiter ?

L’inévitable conflit de loyauté

J’ai recruté un Rav pour lui apprendre l’hébreu, j’ai multiplié les voyages en Israël. Je l’ai inscrit à un mouvement de jeunesse juive. Et je partage mes idées politiques avec lui, notamment sur le rôle du Hamas et de l’antisémitisme en France.

Mon fils a compris que recommencer à cacher qui nous sommes me rend furieuse et que j’aspire à vivre en Israël, ce pays de dingues, néanmoins si solidaires. Mon fils se définit comme un Juif breton.

Je reste lucide sur l’inévitable conflit de loyauté qu’il risque d’éprouver un jour entre son père et sa mère. Mais je tiens la barre. Ma barre. Que chacun fasse son job de parent. Moi, le sionisme, lui, les galettes bretonnes.

Plus sérieusement, j’espère qu’il sera fier de ce dont son père et moi-même sommes faits. Et cela, même si nous divergeons fort sur Israël et la pratique de la religion. Opposer nos 2 mondes, ce serait dire à mon fils que je renie une moitié de lui-même. Or, j’espère qu’il sera riche de nous 2 et non divisé.

Ethan n’a pas un père juif, mais il a un papa droit comme la justice, fiable comme un roc de granit breton et incroyablement tenace et résistant. Ce sont de belles valeurs à transmettre à un enfant.

Un père non juif certes, mais un père exemplaire à beaucoup d’égard. 11 années à lui construire de solides murs porteurs qui, même réduits en ruine par la vie, resteront en granit. Fiable, solide, lui permettant de reconstruire son propre édifice.

Quand je regarde ce petit homme allumer les bougies de Hanouka.

Alors quand je regarde ce petit homme allumer les bougies de Hanouka, j’ai le cœur emplit de chaleur mais aussi d’inquiétudes. Ce qui est son héritage maternel fait aussi de lui une cible, bien que plus de 70 années nous séparent des nazis.

Ce qui est constitutif de qui il est, représente aussi un danger pour lui. Dans cette France gangrenée et violentée par les transgressions islamistes de nos lois républicaines. Lâcheté politique, évitement, non-assistance, déni et peut être même collaboration nous entourent. Réduisant comme peau de chagrin notre liberté de culte et d’être.

Et nous juifs de France sommes seuls, peu nombreux et si lamentablement représentés.