Ce matin, dans un discours précédant l’ouverture du Congrès sioniste mondial, le premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré que « Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs, mais les expulser ». Il a poursuivi son propos en expliquant que le mufti de Jérusalem, Hajj-Amin al-Husseini, avait suggéré au chef nazi de les exterminer.

Cette déclaration de Netanyahu a eu un retentissement mondial, dépassant largement les frontières d’Israël. Elle a causé la stupeur car elle accuse, ni plus ni moins, l’une des figures controversées du nationalisme palestinien en gestation dans les années 30 et 40, d’être à l’origine de l’extermination de plus de 6 millions de Juifs européens.

Arrêtons nous quelques instants sur ces propos, sur leur véracité historique tout d’abord puis sur ce qu’ils nous apprennent sur Netanyahu, plus précisément sur sa gestion de la crise actuelle et sur sa stratégie politique.

La dimension historique tout d’abord. Une rencontre a bien eu lieu entre Adolf Hitler et Hajj Amin el-Husseini le 28 novembre 1941 à Berlin. L’antisémitisme du mufti est bien connu, en particulier son rôle controversé dans le massacre de Hébron en 1929. Il est aussi à l’origine de la division Waffen SS Handzar, composée exclusivement de musulmans de Bosnie.

Pour autant rien ne permet de confirmer la teneur des propos prêtés à El-Husseini. Cette thèse a été développée par un courant révisionniste, extrêmement minoritaire dans la communauté des historiens de la Shoah.

Dire que Hitler a décidé d’exterminer les Juifs à l’issu de la rencontre avec El-Husseini c’est laisser de coté le projet antisémite déjà clairement énoncé dans Mein Kampf. C’est oublier sa mise en oeuvre progressive dans l’Allemagne des années 30. Enfin c’est tirer un trait sur le génocide par balles, débuté dès l’invasion de la Pologne à l’automne 1939 et qui a pris de l’ampleur avec la conquête de la Russie occidentale à l’automne 1941.

Vous l’aurez compris, je ne souscris absolument pas à cette thèse. Elle minimise totalement l’antisémitisme violent de Hitler qui atteint son paroxysme avec l’extermination systématique des Juifs dès l’été 1941. Netanyahu se comporte ici en révisionniste historique et le fait pour des raisons politiques claires.

Netanyahu se comporte ici en révisionniste historique et le fait pour des raisons politiques claires.

Ses propos sont énoncés dans un contexte politique difficile pour le premier Ministre. Depuis plus d’un mois, les attentats se sont multipliés sur le territoire israélien. La recrudescence des attaques terroristes n’a pas été suivi d’une politique efficace pour y mettre un terme. La côte de popularité du Premier ministre est en chute: 63 % des personnes ayant répondu à un sondage publié samedi dernier étaient soit « insatisfaits » (35 %) soit « très insatisfaits » (38 %) avec la gestion de Netanyahu au cours de ces derniers jours de terreur.

Entendue dans ce contexte, la déclaration du Premier ministre israélien prend un tout autre sens et informe clairement sur la perception qu’il a de la question palestinienne. A travers ses propos, Netanyahu cherche, par l’intermédiaire du mufti de Jérusalem, à créer un lien entre nationalisme palestinien et nazisme. On l’a évoqué plus haut, il n’est pas question de minimiser l’antisémitisme et l’antisionisme virulent de El-Husseini.

Cependant, de là à faire du mouvement national palestinien un frère du nazisme, il y a un pas à franchir, qui n’a rien d’évident. La portée des mots de Netanyahu en dit long sur sa stratégie à venir. Car si le mufti de Jérusalem est l’un des pères du nationalisme palestinien et si ce dernier a proposé à Hitler l’extermination des Juifs d’Europe, alors il n y a rien à attendre, rien à négocier avec « ses fils », et notamment avec Mahmoud Abbas.

Dans son esprit les « fils » de El-Husseini ont développé un projet d’extermination. Or, on ne négocie pas avec des individus supposés porter un tel projet. En fait, Netanyahu nous livre ici plusieurs informations: pas de négociation politique, une gestion tactique de la crise actuelle qui laisse transparaître un manque de vision stratégique.

En fait, Netanyahu nous livre ici plusieurs informations: pas de négociation politique, une gestion tactique de la crise actuelle qui laisse transparaître un manque de vision stratégique.

Souscrire à l’instrumentalisation de la Shoah à des fins politiques serait une faute morale grave. Ce n’est pas un « événement-monstre » avec lequel on joue pour asseoir sa politique. Ce n’est pas acceptable.

En réalité, cette déclaration du Premier ministre israélien illustre le véritable mal qui touche la région depuis plusieurs années, à savoir l’absence d’horizon politique. Véritable dénominateur commun des sociétés israélienne et palestinienne, il explique en grande partie la montée des périls.