Les Francophones d’Israël ont beau avoir plusieurs années d’installation en Israël, ils s’accrochent à la culture française qui leur colle à la peau. Ils continuent à lire du Victor Hugo et à écouter du Jacques Brel.

C’est vrai qu’il est difficile de renoncer à cette spécificité française qui fait qu’on les accuse d’avoir les pieds en Israël et la tête en France. Il n’est pas question de chauvinisme ni de déviation intellectuelle mais d’une culture ancrée dans les gènes. Le droit chemin israélien passe par le maintien des acquis culturels et non pas par le renoncement à ses racines.

Cet amour de la chose française est tel que les Francophones sont avides de tout ce qui parle ou chante français. Dès qu’une troupe, même d’amateurs, se produit sur une scène israélienne, alors on refuse du monde et les marches sont interdites pour des raisons de sécurité. Entendre français, voir jouer en français devient une drogue dès que l’on vit loin de la France. Mais les spectacles sont rares. L’Institut français, dont c’est normalement le rôle, et ses dirigeants ne semblent pas vouloir viser le public franco-israélien puisque peu de spectacles et de pièces de théâtre sont déplacés de France.

Malgré l’immense réseau culturel de la France, les restrictions budgétaires donnent l’impression d’un sentiment d’abandon de la politique culturelle à l’étranger. Rien n’est fait pour subventionner de jeunes troupes pour qu’elles se produisent en Israël alors que l’on sait que la culture peut créer un pont entre ceux qui constituent la différence. Par abandon de la politique culturelle, nous assistons impassibles à l’impérialisme culturel du nouveau monde, l’américanisation à outrance. L’influence française se réduit parce qu’elle n’essaime plus, par souci financier et non pas par désintérêt.

Alors de temps en temps, avec quelques faibles moyens, des spectacles français sont organisés localement par des mécènes ou des missionnaires de la culture. Ils font salle comble parce qu’il s’agit souvent de véritables artistes, souvent professionnels, des amoureux de la langue française. On doit ainsi, avec le soutien du Collège Académique de Netanya, dont le Campus francophone est présidé par Claude Grundman-Brightman, le festival du théâtre français organisé par Steve Suissa du 23 octobre au 1er novembre 2018. Lors de la session de 2017, les pièces étaient jouées à guichet fermé.

Pourtant Jean-David Levitte, ancien directeur général des relations culturelles, scientifiques et techniques, avait dressé un bilan sévère de l’action culturelle extérieure : «L’image de la France à travers le monde, il faut en être conscient, tend à vieillir : tout se passe comme si, vues de New-York ou de Tokyo, la peinture française s’était arrêtée aux Impressionnistes, la musique à Debussy et Ravel, la littérature et la philosophie à Camus ou Sartre, la science à Pasteur».

Alors dans notre intérêt culturel, il faut encourager les initiatives, certains disent inconscientes, des courageux missionnaires de la culture française qui prennent des risques financiers pour faire venir en Israël des troupes professionnelles, tel Marc Chaouat, un nouvel immigrant qui a le théâtre dans la peau et qu’il veut diffuser. Il se démène face au désintérêt des corps constitués. Alors il faut l’aider, l’encourager, le remercier pour qu’il puisse apporter d’autres pièces en Israël.

Le 14 octobre 2018, à 20h30, il a organisé au théâtre Inbal à Névé Tsedek, une soirée d’humour garanti, un bijou comique salué déjà par 1.500 spectateurs lors de l’avant première aux Folies Bergères. Il s’agit du BON PLAN,  une comédie délirante à ne manquer sous aucun prétexte. Il met en scène Philippe dans une mauvaise passe,  au chômage, criblé de dettes et son propriétaire menace de le jeter à la rue. La pièce sera ensuite jouée à Jérusalem le 15 octobre et à Ashdod le 16.

Le prix des places est raisonnable, 120 shekels, pour une soirée de détente et surtout pour aider l’initiative d’un «fou» du théâtre français qui s’engage à renouveler l’expérience si on lui fait confiance et qui veut rester en Israël.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.