Primaires à gauche

Yaïr Golan, chef du parti Les Démocrates, prenant la parole lors d'un rassemblement électoral, sur la Place Rabin, à Tel Aviv, le 25 juillet 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Yaïr Golan, chef du parti Les Démocrates, prenant la parole lors d'un rassemblement électoral, sur la Place Rabin, à Tel Aviv, le 25 juillet 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Des élections primaires ont été organisées par Les Démocrates (Ha Democratim, formation issue de la fusion du Parti travailliste et de Meretz) afin de sélectionner les candidats aux élections du 27 octobre.

Bonne pioche que ce mode de désignation. 86 % des 112 000 Israéliens qui s’étaient inscrits pour participer à cette consultation ont voté le 20 juillet dernier. Ils ont placé en tête les trois députés sortants membres du Parti qui n’avaient pas ménagé leur peine à la Knesset (la quatrième, Merav Michaeli ne se représentait pas).

Naama Lazimi est arrivée à la deuxième place – la première étant statutairement réservée au président du parti. Cette jeune femme née il y a 40 ans à Migdal ha Emek (nord du pays), est la fille d’un élu travailliste. D’origine marocaine, très attentive à l’évolution sociale des « Orientaux » (les séfarades), elle s’est fait remarquer à la Knesset par sa défense intransigeante des droits sociaux. Sa participation active aux manifestations de rue lui vaut une haine tenace de la part de l’extrême droite.

Gilad Kariv a été placé en troisième position. Cet avocat de 52 ans, rabbin libéral (il a dirigé le mouvement du judaïsme réformé en Israël), a été président de la commission des Lois de la Knesset pendant la législature précédente. Il y développa sa vision d’un Israël, État juif et démocratique. Nul doute que Naama Lazimi et Gilad Kariv, qui sont également officiers de réserve de Tsahal, feront parler d’eux dans les années qui viennent.

Les électeurs des primaires ont promu des nouveaux venus ayant mené dans les médias et dans la rue le combat contre la réforme judiciaire et pour la conscription des ultra-orthodoxes comme Omri Ronen (en 7ème place) ou Moshé Radman (en 9ème place). Le mouvement de protestation qui fait descendre les Israéliens dans la rue depuis le début de l’année 2023 a ainsi trouvé une traduction politique.

Á noter également la désignation en dixième position d’une Arabe israélienne, Somaya Bashir. Cette éducatrice de profession milite pour l’égalité des droits et la coexistence entre Arabes et Juifs. Pour Les Démocrates, c’est donc sous les meilleurs auspices que devrait se présenter le scrutin du 27 octobre.

Le conditionnel s’impose, car les candidats se verront rappeler pendant toute la campagne les prises de position controversées du président du parti, Yaïr Golan. Notamment sa fameuse interview du 20 mai 2025. Á propos des combats à Gaza, il déclarait : « Un pays sain ne fait pas la guerre à des civils, n’a pas pour hobby de tuer des bébés, et ne se fixe pas pour objectif d’expulser des populations… ». Le rappel d’un mot malheureux (« hobby ») qui fera oublier que le général Yaïr Golan est aussi un héros du 7-Octobre et que figurent sur sa liste de vrais patriotes.

Une bonne pioche, mais cette fois pour le Likoud.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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