En principe, la notion même de prière ou d’oraison tant dans le judaïsme que dans le christianisme qui en est issu, est synonyme de paix, d’apaisement et de réconciliation.

Le fidèle qui vient d’accomplir ses devoirs religieux quotidiens sort de son lieu de culte en paix avec lui-même et avec son environnement. Il vient de communier, en quelque sorte, avec son créateur qu’il conçoit comme un Dieu d’amour, de bonté et de miséricorde et dont il espère une grande bienveillance.

Le contenu même de l’oraison souligne cette dépendance du croyant qui s’engage ainsi à respecter la vie, à ne pas commettre d’actes répréhensibles et à voir en son prochain un congénère doté des mêmes droits et jouissant de la même dignité : une créature à l’image de Dieu, cette métaphore n’étant qu’une façon de souligner le rôle central de l’être humain dans l’économie de la création.

Aussi bien les religions monothéistes en Occident que les spiritualités de l’extrême Orient partagent ce même postulat : la prière ne peut pas se concilier avec la violence ni avec les appels au meurtre.

Aucune religion digne de ce nom ne saurait sacraliser la violence, ce sont des notions antinomiques, même si, hélas, l’histoire de l’humanité fourmille d’exemples où le sabre et le goupillon ont avancé main dans la main.

L’exemple de Jérusalem, ville trois fois sainte et dont chacune des trois religions monothéistes se dispute la possession, montre combien l’exploitation politique et l’instrumentalisation éhontée du culte nous font perdre de vue l’essentiel : unifier l’humanité, croyante ou incroyante, autour de quelques valeurs humanistes des religions.

Les troubles actuels ont au moins un avantage, celui de nous rendre attentifs à un problème d’une gravité extrême : l’intolérance et l’exclusivisme religieux. C’est un fait historique incontestable : le Temple de Jérusalem, le premier comme le second se sont tenus à l’endroit même où se dresse depuis un certain temps une mosquée, érigée en troisième sanctuaire le plus important de l’islam.

Depuis la guerre des Six Jours, c’est Israël qui a étendu sa souveraineté sur l’ensemble de cité du roi David, posant ainsi un problème délicat aux musulmans sur place, voire dans le monde : comment faire pour que cette mosquée ne soit pas menacée ? Comment faire pour que les musulmans se sentent chez eux dans cette mosquée alors que tout près flotte le drapeau frappé de l’étoile de David ?

Pour parler clairement, les musulmans prêtent au gouvernement israélien des arrière-pensées visant à s’approprier, d’une manière ou d’une autre, ce lieu de culte.

Les différents gouvernements israéliens ont toujours garanti la liberté de culte mais chaque fois que des fouilles archéologiques étaient entreprises les musulmans, qu’ils soient israéliens ou palestiniens, ont crié au scandale et se sont opposés aux forces de l‘ordre dans des confrontations parfois sanglantes.

Mais ce qui s’est passé le 14 juillet était inédit : deux policiers israéliens en faction devant le mont du temple, aussi appelé esplanade des mosquées, ont été assassinés par balles par trois Arabes israéliens qui avaient introduit des armes dans ce lieu sacré. Est ce qu’Israël devait faire comme si de rien n’était ou devait-il prendre des mesures ?

Tout bien considéré, c’est aux autorisés qu’incombe le devoir de maintenir l’ordre et de veiller à la sécurité des personnes et des biens.

On ne va pas revenir sur ce qui n’est que trop connu, d’autant que ces fameux portiques, destinés à interdire l’introduction de métaux (armes blanches, armes à feu, etc), ont été démontés durant la nuit et remplacés par d’autres engins plus sophistiqués mais moins voyants. Il faut saluer cette mesure qui va dans le sens de l’apaisement.

Mais quand on y réfléchit sereinement, on se demande comment une telle situation a pu dégénérer si vite à ce point. Pourtant, notre culture occidentale comporte depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, une belle leçon de tolérance.

Il s’agit de la pièce ce théâtre Nathan le sage de Gottlob Ephraïm Lessing où l’image du héros s’inspire largement de la figure morale de Moses Mendelssohn (1729-1786).

Le passage le plus emblématique de cette pièce au riche contenu éthique s’appelle la parabole des trois anneaux. Un homme d’une grande sagesse, sentant sa fin prochaine, réunit ses trois fils pour leur dicter ses dernières volontés. Un peu comme je patriarche Jacob le fit au chapitre 49 du livre de la Genèse.

Il dispose d’un anneau précieux qu’il voudrait léguer à ses descendants qui sont au nombre de trois. Or, il ne dispose que d’un seul anneau… Il finit par trouver une solution qu’il estime satisfaisante afin que nul ne soit lésé.

Il fait appel à un grand orfèvre et le prie de reproduire l’anneau si fidèlement que lui-même, une fois en possession des trois bagues, ne peut plus distinguer l’original des deux copies…

La morale de l’histoire est à la fois claire et compliquée car chacun des trois fils va se comporter comme s’il était détenteur de la bague qui a servi de modèle aux deux autres.

Pourtant, la morale de l’histoire est lumineuse : chacun doit s’efforcer de se montrer digne d’une telle possession, sans jamais céder au rejet de son frère. C’est donc couper l’herbe sous les pieds de tout exclusivisme religieux. Et c’est loin d’être gagné.

Il est une autre perle qui se trouve dans Nathan le sage dont l’auteur met dans la bouche de Dieu la parole suivante : je n’ai jamais voulu que tous les arbres de la forêt aient tous la même écorce…

L’allégorie est transparente : c’est la surface visible qui change mais non point l’essence même de l’être qui est partout la même.

Voici un message éthique qui délimite bien le territoire de la religion tout en soulignant l’universalité de la loi éthique, laquelle s’applique à tout un chacun alors que les rites et les cérémonies se cantonnent à certaines cultures et certaines civilisations.
Ce message finira bien par être entendu, un jour…