Je crois que Dieu a créé l’homme à Son image et à Sa ressemblance.

Je crois que tout homme porte en lui cette image et cette ressemblance, même si les autres ne la lui reconnaissent pas, même s’il n’en est pas conscient.

Je crois que tout homme doit être respecté pour cette part de divinité en lui.

Je crois que tout homme qui croit cela ne peut agir qu’avec droiture.

Je crois que tout homme qui agit avec droiture doit être respecté.

Je crois que la violence est l’arme de ceux qu’inquiète la confrontation des idées, ceux qui n’ont pas assez confiance dans leurs idées, parce qu’elles sont mauvaises.

Je crois que tous les hommes qui cherchent Dieu et appliquent Ses lois morales méritent le respect, quelles que soient leur religion ou leurs options au sein de cette religion.

Je crois que le fanatisme et l’intolérance proviennent des hommes qui croient pouvoir s’approprier et monopoliser la parole de Dieu.

Je crois que les fanatiques ne méritent pas le nom d’enfants de Dieu, même s’ils disent œuvrer pour Lui. Ils sont les enfants de la rigidité, de l’exaltation et de l’aveuglement.

Je crois que toutes les religions ont leurs fanatiques qui dénaturent leur message et, parfois, les amènent à faire du mal aux hommes.

Je crois que parce que les religions puisent leurs racines dans les temps anciens, elles doivent régulièrement s’interroger sur l’évolution du monde et éviter de s’installer dans des positions dogmatiques ou sectaires.

Je crois que tout homme doit se montrer digne de cet héritage divin en lui.

Je crois que Dieu parle aux hommes de tous les temps pour peu que ceux-ci soient prêts à L’écouter.

Je crois que cette parole fertilise et féconde les cœurs et les âmes. Ceux qui se dressent contre elle pour l’empêcher de parvenir au monde sont les ennemis du genre humain.

Je crois que ceux qui ont recours à la force ou à l’intimidation pour empêcher les hommes d’écouter et de répandre la parole de Dieu, n’empêcheront rien. Ils ne feront qu’attiser la foi et le désir d’encore plus écouter et de mieux enseigner.

Je crois que les fanatismes trouvent leur terreau dans l’ignorance, la peur, la xénophobie.

Je crois que le contraire de l’amour n’étant pas la haine, mais l’indifférence, il faut fraterniser d’urgence avec ceux qui ne savent pas que la fraternité peut s’étendre au-delà du clan.

Je crois que ceux qui reconnaissent que « Dieu est grand » devraient savoir que cette affirmation n’est pas un cri de guerre mais une croyance que partagent Juifs, Chrétiens et Musulmans. Et qu’elle se décline en hébreu et en latin tout autant qu’en arabe.

Je crois que les responsables de toutes les religions devraient s’abstenir de politiser leur discours afin de ne pas induire leurs fidèles à des luttes fratricides.

Je crois que le modèle de l’Andalousie du Moyen-Âge, où les théologiens des trois religions abrahamiques dialoguaient sans haine, devrait être rappelé à la mémoire défaillante de certains contemporains.

Je crois que, par-delà toutes les constructions théologiques, dogmatiques et idéologiques, les hommes sont enfants d’un même Dieu, du Juge et Créateur de l’univers.

Je crois que les religions ne sont que l’apparence du vrai culte : celui du cœur.

Je crois que les hommes qui brandissent leurs particularismes religieux comme une bannière triomphante n’ont rien compris à la volonté de Dieu d’être servi dans la simplicité et l’unité du genre humain.

Je crois que ceux qui s’en prennent aux religieux ou qui attentent aux lieux de culte commettent un péché très grave, et pire encore, détournent le dessein du Très-Haut.

Je crois que le monde tout entier est une prière.
Je crois que le travail de l’homme, et l’amour de l’homme, et l’amitié, et la fraternité sont prière.

Je crois que la joie et les pleurs, le sourire d’un enfant et les larmes du malheureux sont prière.

Je crois que la marche difficile du handicapé et les tâtonnements de l’aveugle sont prière.

Je crois que le silence dans lequel est enfermé le sourd est prière.

Et je crois que Dieu, qui contemple ce monde qui se débat dans ses contradictions, qui s’efforce sur le chemin de la vérité, qui s’affronte, se confronte, se cherche, se repousse, s’exaspère, s’espère, se renie, se retrouve,

Je crois que Dieu est prière. Prière éperdue pour Ses créatures, prière d’amour, de compassion.

Je crois que l’homme est tout-entier fraternité et espoir.

Prière écrite sous le coup d’un événement dramatique et que j’ai lue pour la première fois le 8 janvier 2003 en la synagogue du MJLF. Face à une actualité tragique et difficile à commenter, j’ai préféré ce mode d’expression à ma traditionnelle chronique.