Régulièrement, des mouvements radicaux ou extrémistes émergent sur la scène politique française. Il est rare qu’ils réussissent à constituer une alternance au pouvoir.

À la fin du XIXe siècle, la France a connu l’Alliance française qui s’est voulu être une alternative nationaliste, catholique, monarchique et contre-révolutionnaire ; le boulangisme aux accents revanchards contre l’Allemagne a ébranlé le système parlementaire de la Troisième République ; au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le poujadisme qui visé à protéger au nom du bon sens les commerçants et les artisans contre la compétition des grandes surfaces, l’impôt et les intellectuels ; l’Algérie française a regroupé plusieurs courants essentiellement pieds-noirs voulant maintenir un lien organique avec la France et l’Organisation de l’Armée Secrète qui s’est opposée à la politique gaullienne envers l’Algérie est devenue hors la loi après le putsch des généraux en janvier 1961 ; les manifestations étudiantes accompagnées de grèves générales de mai 1968 ont paralysé la France ; il y a eu les révoltes violentes telle celle d’Action directe qui a voulu se constituer en organisation de guérilla urbaine au nom de la défense prolétarienne et la lutte anti-impérialiste. Il y a eu également les insurrections populaires violentes : les révolutions françaises de 1789, 1830 et 1848 ainsi que l’insurrection de la Commune de Paris en 1870.

Nous assistons aujourd’hui à une secousse de la vie politique en France et à la recherche de solutions hors des partis républicains et socialistes qui ont dirigé le pays depuis 1958. La candidate du Front national a recueilli 33,9% des voix comparativement aux 17,7% que recueillit son père en 2002.

Ce mouvement est perçu par de nombreux électeurs comme étant nationaliste – avec un certain degré de xénophobie. Il déclare son aversion envers les élites intellectuelles et technocratiques qui dirigent la France. Son programme vise à détacher la France de l’Union européenne.

C’est dans ce contexte, mais aussi dans celui de la présence d’une minorité musulmane importante, mais non intégrée, que s’exprime son désir de conserver le caractère de la France historique. Le slogan souvent scandé du Front national « On est chez nous » résume tout.

Macron a gagné la présidence, mais doit présenter une liste de candidats aux élections législatives alors qu’il n’a pas de parti solidement établi et qu’une bonne partie du vote en sa faveur est due à la crainte de voir le Front national au pouvoir. Il lui faudra du génie quasi napoléonien pour former une coalition qui lui permettra de réaliser une politique cohérente.

Sa victoire aux élections présidentielles fait éviter à l’Europe de graves crises : celles d’un Frexit, d’une désorganisation dans l’accueil des réfugiés et des immigrants et d’un équilibre géopolitique ébranlé qui aurait perturbé les alliés de l’OTAN. Mais cela ne risque d’être que partie remise s’il ne parvient pas à effectuer des réformes profondes qui assureront une reprise saine de l’économie.

Les défis sont majeurs et seront encore bien plus difficiles à atteindre en raison de l’activisme de l’extrême gauche ravivé par les résultats électoraux de son porte-parole Mélenchon, des forces syndicales agissantes pouvant recourir en tout temps à l’arme de grève et des manifestations particulièrement violentes de la part d’extrémistes anarcho-marxistes ou même des banlieues à problèmes déjà violentes (en moyenne, le nombre de voitures incendiéeschaque année et de 40 000)..

Les partis traditionnels de l’Europe sont également secoués par certaines tendances radicales : la gauche dure et eurosceptique de Syriza est au pouvoir en Grèce depuis 2015 ; la gauche écologiste espagnole de Podemos a brigué 21% des votes aux élections de 2016 ; le candidat du parti de la liberté d’Autriche, parti nationaliste longtemps minoritaire, a été défait de justesse aux dernières élections de 2016 avec 46% des voix ; le parti de la liberté (extrême droite) de Geert Wilders en Hollande a obtenu 13,1% des voix ; le mouvement 5 étoiles en Italie (mouvement écologiste en faveur d’une démocratie représentative) a obtenu 25% des voix aux élections italiennes de 2013; l’eurosceptique Andrzej Duda a remporté les élections présidentielles en Pologne en 2015; la Grande-Bretagne a voté la sortie de l’Union européenne, le Brexit en 2016.

Seule l’Allemagne qui a été le principal bénéficiaire économique de la chute du rideau de Fer n’est pratiquement pas secouée par de telles tendances centrifuges : l’extrême droite a obtenu moins de 5% des voix aux élections fédérales de 2013. Plus que jamais, l’Allemagne devient le pôle central de l’Union européenne.

Libéré des sentiers battus et des connivences du passé, le nouveau président français pourrait, s’il réussit à redresser l’économie et à répondre aux attentes d’un grand nombre d’électeurs, donner un nouveau départ à la France et faire rayonner une politique plus logique et plus rationnelle à l’échelle mondiale.