Les grands quotidiens nationaux forgent les opinions aussi durablement que les programmes scolaires. Le Monde en France et Le Soir en Belgique perpétuent un travail de sape qui continue d’orienter les opinions publiques européennes dans le même sens : Israël, ce sont les méchants. C’est de cette mission que journalistes et éditorialistes se sentent investis, en répandant leur mauvaise foi en toute bonne foi, si j’ose dire. Il ne faut pas longtemps à un lecteur lambda pour adopter leurs opinions.

« On peut avoir ses propres opinions mais pas avoir ses propres faits », disait Alain Finkielkraut, qui est lui-même devenu une cible automatique.

Florilège des articles de ce 14 juillet dans Le Monde et le Soir :

Le Monde :

« A Paris, des débordements autour de certaines synagogues ont été condamnés par le premier ministre, Manuel Valls. Cela alors que les bombardements israéliens sur le territoire palestinien se poursuivaient ».

Donc, pendant ce temps, ce ne sont que des bombardements israéliens qui se poursuivaient ? Aucun tir de roquette ?

Le tout sous une photo dans laquelle de jeunes femmes tiennent une large banderole titrée : « Soutien total à la résistance palestinienne ».

Indépendamment de la méfiance qu’il vaut mieux réserver à tous les « soutiens totaux », quels qu’ils soient – pour le totalitarisme qu’ils sous-tendent – on s’étonnera que, nulle part dans cet article, il n’est relevé que cette manifestation n’était pas une opération de soutien à la Palestine, qui en a en effet bien besoin, mais bien une manifestation de soutien au Hamas, jusque dans la reproduction de roquettes.

Quant aux heurts, aux coktails molotov et au début de prise d’otage à la synagogue de la bien nommée rue de la roquette, ils sont englobés sous l’appellation « début d’échauffourées ». Presque du poil à gratter…

 

Le Soir de Bruxelles, quant à lui, présente un éditorial sous la plume décidément très guidée de Baudouin Loos, qui franchit un pas de plus dans la diabolisation d’Israël, sans aucune retenue. L’auteur n’en est pas à son coup d’essai et le quotidien bruxellois, qui reste une référence pour de nombreux belges, enfonce un clou qui a déjà profondément atteint les esprits.

« Les dirigeants israéliens, mus par un besoin irrépressible de faire échouer l’expérience du nouveau gouvernement palestinien d’unité nationale qui inclut le Hamas, n’ont eu de cesse de faire la chasse aux islamistes du mouvement palestinien après le meurtre des trois jeunes Israéliens lâchement abattus le 12 juin dernier. Sans même qu’il fût établi que le Hamas était bien responsable de cet attentat ».

On reste sans voix devant ce reproche qui est fait au gouvernement d’avoir en effet usé de tout son poids pour faire capoter un projet qui, du côté palestinien, n’a pas non plus que des supporters. Mais relisons cette phrase en y inscrivant cette fois les sous-entendus : « Les dirigeants israéliens n’ont eu de cesse de faire la chasse aux islamistes du gentil projet communautaire palestinien après le meurtre des trois jeunes Israéliens, au lieu de les laisser tranquilles après qu’ils aient distribué des bonbons à leur population pour fêter cette victoire. Et ce n’est pas parce que le Hamas avait appelé à l’enlèvement d’Israéliens que c’est de leur faute ».

Notre géostratège local de continuer :

« Le Hamas, pour autant qu’il reste un repoussoir à brandir aux Israéliens et au monde, sert les intérêts de ce gouvernement israélien composé surtout de nationalistes extrémistes qui n’ont pas l’intention de faire la paix avec le peuple palestinien mais bien celle de persévérer dans l’œuvre de colonisation des territoires occupés. »

L’affaire est donc pliée. Extrémiste : à partir de quand l’est-on ? Mettre sur le même pied des politiques, même contre lesquelles on s’érige, et des actes terroristes, et ainsi qualifier d’extrémistes les uns (surtout sans en accuser les autres), est, au mieux, un élément de désinformation, mais nous savons bien que ce n’est même plus de cela qu’il s’agit. Que fait la police ?

Quant à cette accusation franche et directe : « Ce gouvernement qui n’a pas l’intention de faire la paix avec le peuple palestinien… », sur quoi repose-t-elle au juste, et quelle est l’intention de ce gouvernement « extrémiste », sinon d’aboutir à quelque chose de finalement assez similaire à ce qui fut organisé après la Seconde Guerre mondiale pour le Japon et l’Allemagne – à savoir une forme d’État palestinien mais avec de solides gardes fous. L’ennui, c’est que personne n’a l’air de vouloir se garder des fous, et en tout cas pas les éditorialistes européens qui, eux, vivent dans la quiétude de leurs pays de cocagne.