Au fil des ans, le Jour de l’Holocauste a perdu beaucoup de son importance. La majorité des survivants de l’Holocauste sont morts, et beaucoup de juifs sentent que mentionner les atrocités perpétrées par des pays censés être civilisés, compromet « la normalisation » des relations entre les juifs et les nations.

Le désir de « passer à autre chose », en ce qui concerne l’Holocauste, est devenu si tangible que le 25 janvier dernier, Journée internationale commémorative de l’Holocauste,  la BBC a posé sur sa page Twitter « Les Grandes Questions »: est-il temps d’enterrer l’Holocauste?

Tout au long de l’histoire, les juifs ont été persécutés, dispersés, et presque  anéantis plus de fois que l’on ne peut compter. Nous ne devons pas oublier cela, et certainement pas l’Holocauste, mais pourtant il semble que le souvenir des persécutions et des exécutions n’empêchera pas de futures atrocités.

Trois questions  viennent alors à l’esprit: 1) Pourquoi simplement se rappeler n’empêchera pas de futures persécutions ? 2) Qu’est-ce qui évitera la prochaine catastrophe ? 3) Si tant de nations ont essayé d’anéantir les juifs pendant tant de siècles, comment se fait-il que les juifs existent encore ?

Je vais commencer par la troisième question. Durant des siècles, les érudits, les artistes, le clergé, et les politiciens ont réfléchi à la question de la permanence des juifs. Le philosophe Blaise Pascal a écrit que : « En dépit des efforts déployés par de nombreux rois puissants qui ont cent fois  essayé de détruire (les juifs) … ces derniers ont quand même été préservés ».

Le célèbre romancier Léon Tolstoï a contemplé poétiquement la persévérance des juifs : « De quelle sorte de créature unique s’agit-il,  que les gouverneurs de toutes les nations du monde ont déshonorée et écrasée et exilée et détruite, persécutée, brûlée et noyée, et qui, malgré leur colère et leur fureur, continue à vivre et à s’épanouir ? ». Sur la même note, l’historien Cecil Roth a écrit : « A chaque fois, dans son histoire, (le juif) a été sauvé du désastre d’une manière qui ne peut être que « providentielle » ».

Mark Twain, lui-même, a exprimé son admiration envers la survie des juifs : « Les Egyptiens, les Babyloniens et les Perses se sont élevés, et ont couvert la planète de splendeur, et puis ils se sont effacés dans un rêve et ont disparu ; le Grecs et les Romains ont suivis, … et ne sont plus. …Le juif les a tous vus, les a tous battus, et se retrouve aujourd’hui comme il s’est toujours trouvé…. Tout est mortel, sauf le juif ; toutes les autres puissances passent, mais il demeure. Quel est le secret de son immortalité ? ».

Et pourtant pourquoi survivre en présence de persécutions et de tourments incessants ? Si nous examinons l’histoire des juifs, les épisodes paisibles ne semblent être que  des interludes entre les épreuves. La réponse aux questions concernant la survie des juifs est la même que la réponse à la première question que j’ai posée, « Pourquoi simplement se rappeler n’empêchera pas de futures persécutions ? ».

Les persécutions contre les juifs ne sont pas dues au hasard. Les juifs ne sont pas des boucs émissaires, comme certains le pensent. Ils sont la cible concrète de ceux qui les haïssent et qui les blâment pour leurs difficultés. Les juifs sont tenus responsables de tous les problèmes dans le monde, même dans les pays où il n’y a pratiquement pas de population juive (par exemple en Corée du Sud).

Bien que des antisémites puissent se lier d’amitié avec des juifs  sur un plan personnel, lorsque les juifs sont considérés en tant que groupe ethnique ou religieux, la plupart du monde les repousse et les blâme pour à peu près tout ce qui va mal dans le monde.

Si nous gardons à l’esprit que la majorité des gens en occident sont fort conscients des atrocités commises envers les juifs au milieu des années 1940, et si nous considérons la montée actuelle de l’antisémitisme mondial, il est évident qu’une simple commémoration  de l’Holocauste n’étouffera pas la résurgence des mêmes émotions qui ont déclenché ces horreurs.

Pour éradiquer, ou du moins atténuer l’antisémitisme, un autre élément est nécessaire, un élément qui répondrait directement aux accusations des antisémites contre les juifs. Lorsque nous fournirons cet élément, je crois que nous saurons aussi comment éviter la prochaine catastrophe.

Il y a toujours un prétexte à la persécution des juifs. En général, c’est à cause d’un méfait inexcusable que les juifs perpètrent probablement contre la société. Les accusations varient selon les époques et les  circonstances, mais le modus operandi du blâme, et puis de l’expulsion ou de la destruction des juifs, reste inchangé. Il semble y avoir une faute fondamentale pour laquelle les juifs sont blâmés, mais que personne ne peut exprimer exactement.

Cette faute sous-jacente est reliée au but du peuple juif, le but même que les juifs tentent difficilement de renier. L’écrivain et homme d’état allemand renommé, Johann Goethe, a écrit que : « Chaque juif, aussi  insignifiant soit-il, poursuit un but décisif et immédiat ». De même, l’historien T.R. Glover a écrit : « L’histoire de nul peuple ancien ne pourrait être aussi précieuse, si nous étions seulement capables de la restituer et de la comprendre. … La grande question n’est pas « Que s’est-il passé ? », mais « Pourquoi cela s’est-il passé ? ». « Pourquoi le judaïsme existe-t-il ? »».

La seule réponse à toutes les questions posées jusqu’ici est qu’il y a, en effet, un but et une raison à l’existence des juifs et du judaïsme. Le peuple juif a été fondé en une nation lorsqu’ils ont réussi à surmonter une montagne de haine, connue sous le nom de Mont Sinaï (du mot hébreu Sin’ah (haine)). Ils y ont réussi en s’unissant « comme un seul homme dans un seul cœur ».

Parallèlement à cette unité, il y a eu l’engagement qu’ils seraient « une lumière pour les nations », à savoir qu’ils partageraient avec le reste du monde leur capacité de s’unir. Mais au lieu de partager l’unité avec les nations, c’est l’inverse qui s’est produit et les juifs sont tombés dans l’égocentrisme et l’égoïsme, connu dans les écritures hébraïques comme « haine sans fondement » (haine sans aucune raison).

Bien qu’ils aient perdu leur capacité de maîtriser leur ego, ils ont gardé, profondément ancrée en eux, la faculté de se connecter, et à présent, elle leur sert dans leurs relations mondaines.

Par conséquent, ils excellent dans le commerce, la politique, et même dans les sciences (vu qu’il s’agit là aussi de comprendre des systèmes et des connections), bien au-delà de leur pourcentage dans la population totale. Néanmoins, ce faisant, ils suscitent contre eux l’hostilité des nations, car celles-ci sentent que les juifs possèdent quelque chose qui les fait réussir, mais qu’ils ne partagent pas, profitant ainsi d’un avantage injuste. Là se trouve la racine de l’antisémitisme.

L’ancien président de l’université Brandeis, le Prof. Jehuda Reinharz, a écrit dans son livre Living With Antisemitism: Modern Jewish Responses: « L’exemple le plus frappant de l’échec de la réaction politique juive à l’antisémitisme est l’impuissance à surmonter la fragmentation des juifs ».

Dans une déclaration encore plus alarmante du même livre, Prof. Reinharz écrit : « Même dans les années 1930, lorsque l’antisémitisme augmenta rapidement (en Allemagne), l’unité juive était un slogan politique plutôt qu’une réalité ».

Il n’y a qu’une solution à ce problème : les juifs doivent réapprendre à utiliser leur capacité de s’unir, non pas dans un but mondain, mais afin de  réaliser la profonde cohésion qui en a fait une nation au pied du Mont Sinaï. Ils doivent apprendre une fois de plus comment être comme un seul homme dans un seul cœur, et donner un exemple de solidarité au reste du monde.

La qualité d’union existe déjà dans chaque juif, mais elle est soit latente, soit profondément enfouie sous les couches d’égocentrisme qui se sont accumulées durant des siècles. Mais puisqu’elle est là, elle peut être réveillée. Cela ne dépend que du désir des juifs de l’éveiller.

Une fois que les juifs s’uniront, ils en donneront l’exemple au monde, qui sera content de les suivre, transformant ainsi les relations égocentriques qui prévalent à travers l’humanité en une préoccupation mutuelle. Cela répondra finalement à la question « Pourquoi y a-t-il encore des juifs ? ». Ils sont là parce qu’ils détiennent la graine de l’unité, sans laquelle la société humaine ne s’épanouira pas.

Ils sont persécutés car ils n’alimentent pas cette graine, ils ne la font pas germer. Lorsqu’ils commenceront à le faire, tout le monde saura pourquoi il y a des juifs, et les Holocaustes disparaîtront.