Examen de la controverse sur le discours anti-juif.

L’antisémitisme a été au centre d’un dilemme sémantique récent, avec des perspectives opposées en Europe et aux États-Unis, en termes de ce qui est considéré comme antisémite et comme critique légitime d’Israël. Cela détourne notre attention de la réalité : pourquoi le phénomène de l’antisémitisme fait-il l’objet d’une attention mondiale spectaculaire, comparable à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, selon des études récentes ?

Qui es-tu, peuple d’Israël ?

À maintes reprises, les Juifs ont été persécutés et terrorisés. Étant moi-même juif, je réfléchis souvent au but de cette agonie implacable. Certains croient que les atrocités de la Seconde Guerre mondiale sont inimaginables aujourd’hui. Et pourtant, nous voyons à quel point l’état d’esprit qui a précédé l’Holocauste réapparaît facilement et abruptement, et les cris « Hitler avait raison » sont trop souvent et trop ouvertement poussés.

Mais il y a de l’espoir. Nous pouvons inverser cette tendance, et tout ce qu’il faut, c’est que nous prenions conscience de la situation dans son ensemble.

Où nous sommes et d’où nous venons ?

L’humanité est à un croisement. La mondialisation nous a rendus interdépendants, et les gens deviennent de plus en plus haineux et aliénés. Cette situation insoutenable et hautement inflammable exige de prendre une décision quant à l’orientation future de l’humanité. Pourtant, pour comprendre comment nous, le peuple juif, sommes impliqués dans ce scénario, nous devons retourner là où tout a commencé.

Le peuple d’Israël est apparu il y a environ 4 000 ans dans l’ancienne Babylone. Babylone était une civilisation prospère dont le peuple se sentait connecté et uni. Selon les paroles de la Torah, « Toute la terre était d’une seule langue et d’une seule parole » (Genèse, 11:1).

Mais au fur et à mesure que leurs liens se renforçaient, leur ego se renforçait aussi. Ils ont commencé à s’exploiter, et finalement à haïr les autres. Ainsi, alors que les Babyloniens se sentaient connectés, leur ego grandissant les rendait de plus en plus aliénés. Pris entre l’enclume et le marteau, les habitants de Babylone commencèrent à chercher une solution à leur sort.

Deux solutions à la crise

La recherche d’une solution a conduit à deux points de vue contradictoires. Le premier, suggéré par Nimrod, roi de Babylone, était naturel et instinctif : la dispersion. Le roi a fait valoir que lorsque les gens sont loin, ils ne se disputent pas.

La seconde solution a été proposée par Abraham. Il soutenait que selon la loi de la Nature, la société humaine est destinée à s’unir, et s’efforçait donc d’unir les Babyloniens malgré et au-delà de leur ego croissant.

Succinctement, la méthode d’Abraham était un moyen de relier les gens au-dessus de leur ego. Lorsqu’il commença à exposer sa méthode auprès des gens de son pays, « des milliers et des dizaines de milliers se rassemblèrent autour de lui, et (…) il planta ce principe dans leur cœur », écrit Maïmonide (Michneh Torah, première partie). Le reste de la population a choisi la voie de Nimrod : la dispersion. Ces personnes dispersées sont progressivement devenues ce que nous appelons aujourd’hui la « société humaine ».

Ce n’est qu’aujourd’hui, quelque 4 000 ans plus tard, que nous pouvons commencer à évaluer quelle voie était la bonne.

La base du peuple d’Israël

Nimrod força Abraham et ses disciples à quitter Babylone, et ils s’installèrent dans ce qui plus tard devint connu comme « la terre d’Israël ». Ils ont travaillé sur l’unité et la cohésion en accord avec le principe « Aimez votre prochain comme vous-même », connectés au-dessus de leur ego, et ont ainsi découvert « la force de l’unité », le pouvoir caché de la Nature.

Chaque substance est composée de deux forces opposées, la connexion et la séparation, qui s’équilibrent. Mais la société humaine évolue en n’utilisant que la force négative – l’ego. Selon le plan de la Nature, nous sommes tenus d’équilibrer consciemment la force négative avec l’unité positive. Abraham a découvert la sagesse qui permet l’équilibre, et aujourd’hui nous appelons sa sagesse « la sagesse de la Kabbale ».

Israël signifie droit au Créateur

Les disciples d’Abraham s’appelaient eux-mêmes Ysrael (Israël) d’après leur désir d’aller à Yachar El (droit à Dieu, le Créateur). En s’unissant-ils ont découvert la force supérieure.

En plus de sa découverte, Israël a également appris que dans le processus de développement humain, le reste des Babyloniens, qui a suivi les conseils de Nimrod, devait aussi réaliser l’unité. Cette contradiction entre le peuple d’Israël, qui s’est formé par l’unité, et le reste de l’humanité, qui s’est formé à la suite de la séparation, se fait encore sentir aujourd’hui.

L’exil

Les disciples d’Abraham, le peuple d’Israël, ont connu de nombreuses luttes internes. Mais pendant 2 000 ans, leur unité a prévalu et a été l’élément clé qui les a maintenus ensemble. En effet, leurs conflits ne visaient qu’à intensifier l’amour entre eux.

Cependant, il y a environ 2 000 ans, leur ego avait atteint une telle intensité qu’ils ne pouvaient plus maintenir leur unité. Une haine et un égoïsme infondés ont éclaté parmi eux et leur ont infligé l’exil.

Retour au présent

Aujourd’hui, l’humanité est dans un état similaire à celui des Babyloniens de l’Antiquité : interdépendance et aliénation. Parce que nous sommes complètement interdépendants dans notre village global, la solution de séparation de Nimrod n’est plus pratique. Maintenant, nous devons utiliser la méthode d’Abraham. C’est pourquoi le peuple juif, qui a précédemment mis en œuvre la méthode d’Abraham et s’est connecté, doit raviver son unité et enseigner la méthode de connexion à l’humanité entière. Et si nous ne le faisons pas de notre propre gré, les nations du monde nous y obligeront par la force.

Les racines de l’antisémitisme

Après des milliers d’années d’efforts pour construire une société humaine prospère selon la méthode de Nimrod, les nations du monde commencent à comprendre que la solution à leurs problèmes n’est ni technologique, ni économique, ni militaire. Inconsciemment, elles sentent que la solution réside dans l’unité, que la méthode de connexion existe dans le peuple d’Israël, et donc reconnaissent qu’elles sont dépendantes des Juifs. Cela les pousse à blâmer les Juifs pour tous les problèmes du monde, croyant que les Juifs possèdent la clé du bonheur du monde.

Mais le peuple d’Israël ignore qu’il détient la clé du bonheur du monde et que la source même de l’antisémitisme est que les Juifs portent en eux la méthode de connexion, la clé du bonheur, la sagesse de la Kabbale, mais ne la révèlent pas à tous.

Diffusion obligatoire de la sagesse

Alors que le monde gémit sous la pression de deux forces contradictoires – la force globale de connexion et le pouvoir séparateur de l’ego – nous tombons dans l’état qui existait dans la Babylone antique avant son effondrement. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous éloigner les uns des autres pour calmer notre ego. Notre seule option est de travailler pour notre connexion, pour notre unité. Nous devons ajouter à notre monde la force positive qui équilibre le pouvoir négatif de notre ego.

Le peuple d’Israël, descendants des anciens Babyloniens qui ont suivi Abraham, doit appliquer la sagesse de la connexion, à savoir la sagesse de la Kabbale. Ils sont appelés à servir d’exemple à l’humanité tout entière, et à devenir ainsi une « lumière des nations ».

Les lois de la Nature dictent que nous atteindrons tous un état d’unité. Mais il y a deux façons d’y arriver : 1) un chemin de guerres mondiales, de désastres, de fléaux et de catastrophes naturelles, ou 2) un chemin d’équilibre progressif de l’ego, le chemin qu’Abraham a tracé chez ses disciples. C’est cette dernière que nous suggérons.

L’unité est la solution

Il est écrit dans Le Livre de Zohar, « Tout repose sur l’amour » (Portion, VaEtchanan). « Aimer son prochain comme soi-même » est le grand précepte de la Torah ; c’est aussi l’essence du changement que la sagesse de la Kabbale offre à l’humanité. Le peuple juif a l’obligation de s’unir pour partager la méthode d’Abraham avec toute l’humanité.

Selon le Rav Yéhouda Ashlag, auteur du Commentaire du Soulam (Échelle) sur Le Livre de Zohar, « Il incombe à la nation israélienne de se préparer et de préparer tous les peuples du monde (…) pour se développer jusqu’à ce qu’ils assument ce travail sublime de l’amour des autres, qui est l’échelle vers le but de la Création. Si nous l’accomplissons, nous trouverons des solutions à tous les problèmes du monde, y compris la disparition de l’antisémitisme ».