« Everything has an appointed season, and there is a time for every matter under the heaven ». לַכֹּל זְמָן וְעֵת לְכָל חֵפֶץ תַּחַת הַשָּׁמָיִם:
« A time to weep and a time to laugh; a time of wailing and a time of dancing ». עֵת לִבְכּוֹת וְעֵת לִשְׂחוֹק עֵת סְפוֹד וְעֵת רְקוֹד:וְעַד סוֹף:

Dernière des « trois semaines ». On s’enfonce vers Tisha B’av.
Je me réfrène des plaisirs ; je ne fais pas les soldes, je ne porte pas mes nouvelles boucles d’oreilles, je n’écoute pas de musique, je ne mange pas de viande, je ne vais pas m’acheter une glace. Je me réfrène.

Je commence même à me négliger : je ne ferai pas de machine cette semaine. Je porterai des vêtements pas lavés, quitte à les poser sur le sol, les traîner un instant dans la poussière, avant de les porter.. Pendant quelques jours, comme de quelqu’un en deuil, le soin de soi est mis de côté pour un moment.

Pourquoi ?

Pourtant, je vais bien aujourd’hui dans ma vie. Très bien, même. Pourquoi, alors, me soumettre à tout cela ?
Parce que justement, « je » ne suis pas seule. Je fais partie d’un tout bien plus grand que moi. En ce qui me concerne, il s’appelle le peuple juif. Et ce « tout » ne réunit pas seulement l’espace.

Il ne lie pas seulement un « nous » à travers les frontières du corps et des cultures. Il lie aussi le temps : il m’inscrit dans le passé et le futur, en traversant mon propre présent. Et le « je », ce petit « moi » de quelques décennies de vie, se met au diapason de la respiration de ce grand tout.

A tisha B’Av, dans une semaine, le peuple juif revivra la catharsis de la destruction et de la douleur. C’est bien plus qu’un temple détruit que nous pleurons. Ce sont tous les malheurs des heures noires d’ histoire collective, de l’expulsion d’Espagne au Vel d’Hiv, de la fin du ghetto de Varsovie aux meurtres de shabbat dernier.

Ce moment de deuil collectif, il devient le nôtre. La catharsis de la douleur, quelle qu’elle soit. Le judaïsme a cette sagesse de créer un équilibre dans l’année : un point noir au milieu du soleil de l’été, en miroir à Hanukah, notre point de lumière au plus sombre de l’hiver. Tisha B’Av, et Hanukah sont en ce sens l’incarnation dans le temps, dans les jours, de l’image du Yin et du Yang : les opposés entrelacés, l’un comportant toujours dans son coeur une goutte de l’autre.

Ce moment, c’est celui où on se concentre sur le noir. Un moment pour chacun pour rouvrir nos plaies. Celles de notre histoire collective ; celles des individus ; celles des familles endeuillées récemment, la semaine dernière, le mois dernier, l’année dernière… Les nôtres aussi.. mais vivre cela ensemble.

Ouvrir cette fenêtre dans le noir pour faire nos deuils ensemble, et puis la refermer, pour être à nouveau vivants, bien vivants, dans nos vies. Comme le dit Kohelet, il y a un temps pour tout.

« Un temps pour pleurer, et un temps pour rire. Un temps pour s’endeuiller, et un temps pour danser. » C’est précieux de comprendre qu’il y a un temps pour tout. Et de vivre chacun de ces temps pleinement.

Ensemble.