Plus d’une semaine a passé depuis l’attaque terroriste à Copenhague qui a tué Dan Uzan, un Juif danois. Il gardait la synagogue de la ville lors d’une célébration de Bat Mitzva quand un terroriste l’a abattu, dans un acte aveugle et gratuit, pour aucune autre raison qu’il était juif.

Une semaine plus tard et à travers la mer, à Oslo, le Shabbat sera marqué d’une manière plutôt inhabituelle. Un groupe de musulmans norvégiens a décidé d’organiser une « chaîne de la paix » humaine autour de la synagogue en acte de solidarité. Elle a eu lieu samedi à la fin du Shabbat.

Sur leur page Facebook, les organisateurs écrivent : « L’islam signifie la protection de nos frères et sœurs, indépendamment de leur appartenance religieuse. L’islam signifie nous élever au-dessus de toute haine et de ne jamais s’abaisser au niveau des haineux. L’islam signifie se protéger les uns les autres. »

Les organisateurs sont composés de huit musulmans norvégiens ; tous d’origine pakistanaise, sauf un converti local norvégien. L’un d’eux, 17 ans, Hajrah Arshad, a déclaré à un journal norvégien que les représentants des communautés juives et musulmanes ont salué le geste.

Abo Barirah, un imam d’origine norvégienne élevé en Angleterre, a écrit :

« Laissez-nous montrer ce qu’est le vrai islam, et non l’islam représenté par l’Etat islamique/Al-Qaïda ou la façon dont SIAN [Stop Islamisation Of Norway] et Pegida perçoivent l’islam et les musulmans. Un espoir pour le respect mutuel de tous les peuples. »

De même, Anne Sender, ancienne responsable de la synagogue d’Oslo, a écrit :

« C’est un fort acte symbolique qui peut influer sur le futur dialogue. Vous, les jeunes, dites non à la violence, à la haine et aux complots entourant les Juifs. Vous essayez de briser les préjugés. Nous sommes deux minorités dans ce pays, nous avons la responsabilité de bâtir une belle communauté, et, ensemble, nous sommes beaucoup plus forts. »

La première allusion aux Juifs en Norvège remonte aux années suivant l’Inquisition, quand un groupe de Juifs séfarades a été autorisé à entrer en Norvège. Lorsque la constitution norvégienne a été formulée en 1814, une interdiction générale a été imposée à l’entrée des Juifs, qui a duré jusqu’en 1851.

La plus sombre période de la communauté juive fut durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque la Norvège était occupée par l’Allemagne nazie. D’une communauté d’environ 2 000 Juifs avant la guerre, elle était réduite à un quart de sa taille en 1945. Actuellement, environ 1 000 Juifs vivent en Norvège, représentés par deux synagogues, une dans la capitale d’Oslo et l’autre dans la ville de Trondheim.

Les musulmans d’autre part comptent une population de plus de 100 000 âmes et sont arrivés pour la plupart en tant qu’immigrants à la recherche d’emploi et que réfugiés dans les années 1970 et au-delà.

Alors que la première génération d’immigrés musulmans a généralement occupé des emplois dans des usines et industries de services, la deuxième génération vise un enseignement supérieur et s’installe dans divers secteurs.

Néanmoins, nous sommes deux minorités et, dans une certaine mesure, nous affrontons un bon nombre de défis similaires dans la pratique de notre religion. Nos deux minorités sont des partisans vocaux de l’abattage halal/casher et de l’autorisation de la circoncision.

Alors que la communauté juive est malheureusement aux prises avec l’antisémitisme, la communauté musulmane témoigne d’une importante augmentation de l’islamophobie.

Grâce à nos religions, nous partageons aussi une histoire et un patrimoine communs. La religion juive est originaire d’un pays admiré également par les musulmans.

Tout comme les Juifs prient en direction de Jérusalem, chaque musulman rêve de prier à Al-Aqsa.

Alors admettons-le. Le destin nous a liés ensemble.

Nous devons apprendre à vivre ensemble dans la paix et l’harmonie, tout en reconnaissant la religion et l’histoire de l’autre et chérissant tout ce que nous avons en commun. Il n’y a pas d’autre option.

C’est pourquoi moi-même et nombre de mes collègues musulmans étions là samedi pour protéger nos frères et sœurs juifs.