La décision de l’UE de « marquer » les produits fabriqués dans les territoires disputés de Cisjordanie satisfera probablement ceux qui, en Europe, sont persuadés qu’Israël est un État qui « occupe » et « colonise » des terres « volées » au « Peuple palestinien ».

Si l’on s’en tient à cette seule lecture, le marquage, voire le boycott, se justifieraient. Cependant, cette décision va dans le sens d’une histoire écrite par des propagandistes. Le « marquage » des produits fabriqués au-delà de la ligne verte a en effet une portée largement plus néfaste que son intention naïve, et ce pour trois raisons :

1/ L’amalgame

La chansonnette « pas d’amalgame », devenue réflexe dès qu’il s’agit de démontrer une différence entre terrorisme islamique et islam, ne s’entend plus guère alors que l’amalgame Juif/Israélien est pourtant déjà bien ancré en Europe. Comment peut-on sérieusement espérer des consommateurs européens qu’ils différencient des produits « Made in Israël » et « Made in West Bank », alors même que la capitale de l’Islande appelle au boycott de tous les produits fabriqués en Israël ?

2/ L’encouragement à ne pas négocier

La création d’un État palestinien devrait faire l’objet d’une négociation entre les parties. La création de cet État est-elle voulue par les dirigeants palestiniens ? N’est-il pas plus avantageux pour eux de continuer à bénéficier d’une manne financière 25 fois plus importante par individu que toute l’aide économique apportée à l’Europe pour sa reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, et dont il est démontré qu’elle a entretenu la corruption ? L’objectif palestinien semble bien être la reconnaissance d’un « État occupé », qui lui permettrait de continuer à bénéficier et de cette aide, et de la sympathie mondiale.

Désigner, par le marquage des produits fabriqués en Cisjordanie, un « occupant », est d’autant plus injuste que le statut de ces territoires fait l’objet d’une dispute qui ne peut trouver son issue que par la négociation. Or, cette négociation qui ne s’entame pas, achoppe bien plus sur la reconnaissance, par les Palestiniens, du droit d’Israël à exister en tant qu’État, que sur une frontière.

3/ La validation d’une Palestine Judenfrei

Quelles sont les entreprises visées par ce « marquage » et quel serait leur avenir dans l’hypothèse d’une résolution du conflit ?

Personne ne conteste que certaines implantations juives au-delà de la ligne verte ne sont pas viables et sont de pures provocations. Pour autant, l’idée d’une évacuation totale et complète de tous les juifs qui se sont installés sur ces terres est une utopie.

Quant aux entreprises, souvent des joint-ventures israélo-palestiniennes, quel sera leur avenir si, demain, l’endroit où elles se trouvent devait passer sous autorité palestinienne ?

Le marquage de produits fabriqués au-delà de la ligne verte tend à valider l’idée d’un futur État palestinien Judenfrei. C’est sur ce terrain que l’Europe s’engage. On en vient à espérer que Guy Bedos vous traite de conne, Madame Mogherini.