Dans un précédent article, j’ai passé en revue les arguments du Dr Gerald Schroeder selon lequel non seulement il n’y a pas de contradiction entre la Torah et la Science, ils diraient en fait la même chose.

Une autre approche sur le sujet est apportée par le Dr Amir Aczel dans son livre sorti cette année Why Science Does Not Disprove God.

Amir Aczel est israélo-américain comme Gerald Schroeder si ce n’est qu’il a acquis ses nationalités dans le sens inverse: il est né en Israel et en parti vivre aux Etats-Unis dans les années 1970.

Il y est devenu relativement célèbre pour ses ouvrages de vulgarisation scientifique et il est régulièrement invité dans les médias pour débattre notamment sur la question de l’existence de Dieu où il s’oppose à des militants athéistes acharnés comme le biologiste Richard Dawkins.

Ce livre a donc été écrit avant tout pour réfuter les thèses athéo-scientistes de ce qu’il appelle les « Nouveaux athéistes » dont Dawkins est un des chefs de file.

Contrairement à ce que ces derniers affirment, la science n’est pas arrivée au point où elle peut prouver que « l’hypothèse Dieu » est inutile. En fait elle ne pourra jamais le faire.

A la différence de Gerald Schroeder, Amir Aczel ne cherche pas à défendre le Dieu de la Torah ou de la Bible chrétienne ni aucune idée de Dieu personnel. Certes il développe un petit chapitre pour répondre à l’affirmation selon laquelle l’archéologie contredirait entièrement la Bible, ce qui n’est absolument pas vrai.

Mais ce n’est pas le coeur de son livre. Néanmoins, il utilise souvent les mêmes arguments que Schroeder comme nous le verrons ensuite, mais de manière moins affirmative et plus prudente.

En 2013, le célèbre astrophysicien Stephen Hawking a déclaré que le Big Bang n’avait pas eu besoin de Dieu pour arriver. Il voulait dire que la physique avait développé aujourd’hui des théories pour expliquer le Big Bang qui ne nécessitaient pas l’existence de Dieu.

Le Big Bang était simplement une conséquence des lois de la physique. La question qui ne semble pas être venue à l’esprit de Stephen Hawking est: et les lois de la physique, qui les a créées ?

Le Dieu dont parlent les scientifiques n’est pas le Dieu que vénèrent des centaines de millions de gens à travers le monde. Le Dieu de la science est une sorte de causalité ultime, indescriptible et indéfinissable, qui se trouve au-delà de ce que la science peut comprendre et expliquer. Il découle du Dieu des philosophes, lui-même issu du Dieu du monothéisme grec.

Dans le Kuzari de Yehuda Halevy, rédigé vers 1140, le roi des Khazars, perturbé par un songe, fait défiler des représentants de toutes les grandes religions et un philosophe afin qu’ils le convainquent de la vérité de leur foi.

Le philosophe, représentant une sorte de synthèse de différents courants médiévaux et grecs, s’appuie sur la beauté merveilleuse de la création, l’existence même de lois de la nature, le fonctionnement de l’univers pour démontrer que ce dernier ne peut être que le résultat d’une création par un Dieu suprême et parfait.

Mais ce dernier, étant parfait, ne peut donc jamais changer, donc jamais intervenir et agir dans l’univers, il n’est qu’un Dieu horloger et détaché de sa création.

Presque 900 ans plus tard, les arguments d’Aczel sonnent étrangement semblables. Les progrès de la science ont permis de découvrir que la création était encore plus merveilleuse qu’on ne le pensait.

L’univers n’existe que grâce à une série de coïncidences ahurissantes, de constantes extrêmement précises dont la moindre variation infime aurait anéanti les chances même de l’existence de cet univers.

La charge des protons et des électrons, le fait que l’univers a sa création aurait du créer autant de matière que d’anti-matière, ce qui l’aurait immédiatement annulé, mais il a créé, sans qu’on sache comment, plus de matière, etc…

De même, l’existence de la vie n’est possible que par des conditions très particulières et statistiquement improbables. Et l’avènement d’une vie intelligente et consciente est elle tout simplement incompréhensible.

La réponse athéisme à ces arguments repose surtout sur le principe anthropique qui consiste à dire que si l’univers et la vie n’existaient pas, nous ne serions pas là pour en parler, donc l’univers possède nécessairement les conditions de son existence et de la vie. Ce qui revient à dire « l’univers existe parce qu’il existe ».

C’est un peu léger. Cette ligne de pensée a trouvé dans la « théorie des cordes » une conceptualisation scientifique, avec l’idée selon laquelle il existerait une infinité d’univers parallèles et donc, l’existence d’un univers qui possède les bonnes caractéristiques pour le développement de la matière, des planètes et de la vie n’a plus rien d’extraordinaire.

La théorie des cordes n’est cependant pas une théorie véritablement scientifique dans la mesure où elle est infalsifiable et invérifiable. Elle ne repose que sur des calculs mathématiques extrêmes déconnectés de la réalité.

Plus exactement, cette théorie est l’application dans la réalité de concepts abstraits qui ne servent qu’à faire des calculs.

Amir Aczel prend même un certain plaisir à en démonter la logique concrète en utilisant justement les mathématiques et les propriétés particulières de l’infini qui finissent de rendre l’idée de l’existence d’un nombre infini d’univers absurde.

Une autre sphère scientifique appréciée des athéistes est la mécanique quantique qui elle aussi permettrait de prouver, selon une théorie bancale, que l’univers a pu apparaitre à partir de rien sans besoin de Dieu. Il y a ici un paradoxe : l’idée que l’univers puisse apparaitre à partir de rien est justement le coeur de la pensée biblique.

Et en fait, en grattant, on découvre que la création à partir de rien des athées ne part pas de rien mais d’une « mousse quantique » préexistante et des lois qui la gouverne. Et tout cela vient d’où alors ?

En fait, la mécanique quantique est une des pièces centrale de l’argumentaire d’Amir Aczel. Personne ne comprend rien à la mécanique quantique. Si quelqu’un affirme la comprendre, c’est justement la preuve qu’il ne sait rien.

Elle est complètement irrationnelle et elle défie l’entendement. Des particules quantiques qui se sont trouvées liées mais ensuite séparées de milliers de kilomètres réagissent de la même façon et surtout instantanément – ce qui veut dire qu’aucune information n’est envoyée de l’une à l’autre.

Ces particules peuvent se trouver à différents endroits ou dans des états différents au même moment, et c’est le fait d’être observées qui les fixe.

L’exemple des photons est assez fascinant. Schroeder présentait le même exemple, d’une manière légèrement différente. Les photons sont les particules qui composent la lumière.

Sauf que la lumière est aussi une onde. Donc les photons, comme toutes les particules quantiques, sont à la fois une onde et une particule ce qui est a priori impossible.

Une expérience a été réalisée: on tire un seul photon à travers un écran qui a deux fentes, jusqu’à un autre écran. Le photon ne devrait logiquement ne passer que par une fente. Il passe simultanément par les deux et interagit avec lui même lorsqu’il arrive sur le second écran. Comment est-ce possible ? Cela ne devrait pas l’être.

Mais si on met un détecteur au dessus de chaque fente pour savoir par où le photon est passé, mystérieusement le photon s’en aperçoit et ne passe plus que par une seule fente. Le fait de pouvoir savoir par où le photon passe change son comportement. Aucune explication n’existe.

Les particules quantiques sont la base de la matière et de la réalité de notre univers et elles dépassent entièrement notre compréhension. On comprend ainsi que la science est loin de pouvoir affirmer quoi que ce soit concernant les mystères de la création.

Ce fait est aussi illustré par les lois du chaos. Un battement de papillon au Brésil peut causer un ouragan en Afrique. Nous n’avons et n’aurons jamais aucun moyen de le savoir à l’avance.

Trop de variables sont en jeu et la plus faible variation de juste l’une d’entre elles change entièrement le résultat. Le chaos n’est pas un phénomène aléatoire, et d’ailleurs, probablement rien n’est aléatoire dans l’univers.

Ce dernier est marqué par la « non-linéarité » et l’apparition d’évènements extrêmes, scientifiquement imprévisibles, qui peuvent complètement changer la donne – comme l’astéroïde qui a éliminé les dinosaures et permit à la race humaine de donner le monde plusieurs millions d’années après.

Si cela rappelle le principe des « Cygnes Noirs » du financier-philosophe-gourou mégalomaniaque Nassim Nicholas Taleb, ce n’est pas un hasard, Aczel ayant longuement discuté avec le professeur Mandelbrot, aujourd’hui décédé, qui fut le maitre de Taleb.

Ces évènements aléatoires extrêmes, ces cygnes noirs, sont imprévisibles pour nous, mais pas forcément pour une intelligence bien supérieure à la notre.

Amir Aczel va plus loin et démontre aussi les limites de la théorie de l’évolution.

En tant que scientifique, cette théorie, qu’il adopte évidemment, est incomplète, marquée par de nombreux défauts. Elle n’explique pas tout, à commencer par l’altruisme, et elle est incapable de faire des prédictions, ce qui est la raison d’être d’une théorie scientifique.

Surtout, elle ne peut pas expliquer l’apparition de la conscience humaine, la conscience de soi, de la pensée abstraite et symbolique, de l’art, de la culture, bref de l’âme humaine.

Cette conscience ne peut pas être le résultat naturel des mécanismes de l’évolution, et ne peut pas être créée par un simple mécanisme d’accumulation comme semblent le croire aussi bien les biologistes que les spécialistes de l’intelligence artificielle.

Si un robot conscient de lui-même voit le jour dans les prochaines décennies, Aczel aura eu tort. En même temps, si les hommes peuvent créer une conscience artificielle, cela peut aussi prouver que la leur a aussi été fabriquée.

Au final, Aczel pense que la science ne pourra jamais démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu tout simplement parce que nous étudions l’univers depuis son intérieur.

Nous n’avons pas accès à une vue d’ensemble et ne pourrons ainsi jamais répondre à la majeure partie des mystères ultimes. Et c’est tant mieux comme ça.