A croire la presse, le combat pour la victoire aux prochaines élections du 17 mars en Israel est serré, et l’issue incertaine.

Un jour les sondages donnent l’avantage au « camps sioniste » de Herzog et Livni, cette semaine c’est le Likoud qui a repris la main. Pourtant, ce n’est qu’une illusion d’optique.

Sauf renversements d’alliances et trahisons dignes de Game of Thrones, Binyamin Netanyahu est assuré de rester au pouvoir le 17 mars et lui ou son successeur à la tête de la droite aussi pour de nombreuses années, voire, à tout jamais.

Pourquoi la gauche n’a a priori plus aucune chance de jamais revenir démocratiquement au pouvoir à moins de se transformer si radicalement qu’elle n’aura plus grand chose à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui ? La réponse tient en un seul mot : démographie.

Aujourd’hui, les élections sont essentiellement ethnico-tribales. La droite et la gauche en Israel représentent deux populations assez faciles à distinguer.

Suivant l’origine communautaire, la pratique religieuse, la façon de s’habiller, ou le lieu d’habitation on peut deviner pour qui vote quelqu’un. Droite et gauche en Israel ne sont pas représentées par un parti mais par le concept de « blocs ». Il y a un bloc de droite regroupant tout un assemblage de partis et de même un bloc de gauche.

Même si Herzog et Livni obtiennent plus de voix que le Likoud, ils ne pourront pas former un gouvernement car cela nécessite une coalition d’au moins 61 députés et ils n’ont pas la moindre chance de pouvoir former une telle alliance.

C’est le scénario qui s’était déjà déroulé en 2009, lorsque le parti Kadima de Tsipi Livni avait obtenu 28 sièges contre 27 au Likoud de Binyamin Netanyahou. C’est cependant ce dernier qui avait gagné les élections puisque lui seul était en mesure de former une coalition.

Dans tous les pays démocratiques, droite et gauche sont aussi assez nettement séparés pour l’essentiel mais il existe une population importante au centre qui hésite entre les deux camps, ce qui fait que généralement c’est là que se joue l’élection, chacun cherchant à attirer à lui cet électorat. La situation en Israel est différente.

Personne ou presque n’hésite entre le Likoud et le parti travailliste. Ils représentent deux populations qui ne se confondent pas. Les électeurs hésitent au sein des blocs entre les partis qui les composent: entre le Likoud et le Beit Hayehudi, Israel Beitenu voire Yahad d’Eli Yishai par exemple ; ou entre le parti travailliste et Meretz.

Une façon de casser le système des blocs a été tenté régulièrement avec l’apparition de partis « centristes » dont l’existence dépasse rarement deux mandatures.

Ainsi un électeur potentiel du Likoud peut être tenté par le parti Koulanou de Moshe Kahlon, comme les électeurs de gauche peuvent hésiter à voter pour Yesh Atid de Yair Lapid (en 2013, il avait réussi à attirer de nombreux électeurs de droite, beaucoup moins cette fois-ci).

Cependant, ces partis ne sont pas suffisants pour changer la donne. Même sans Koulanou par exemple, la droite aura probablement la majorité et il est presque certain que Moshe Kahlon, ancien ponte du Likoud, s’alliera sans hésiter avec Netanyahou (avec qui il a négocié jusqu’au dernier moment, sans succès, pour établir une liste commune).

On cite souvent les partis ultra-orthodoxes comme candidats à un renversement d’alliance qui les amèneraient à former un gouvernement avec la gauche plutôt que le Likoud. Après tout, ne sont-ils pas a priori favorables au concept de « territoire contre la paix » ? Et la façon dont ils ont été traités par Netanyahou ces deux dernières années ne va-t-elle pas les inciter à se venger ? Et puis, une seule chose les intéresse, explique-t-on continuellement, « l’argent », alors ne suffit-il pas de leur promettre plus que la droite ?

Voilà plus de 20 ans que la gauche espère que les haredim finiront par la rejoindre et ces derniers jouent avec elle dans le seul but de faire monter les enchères lorsqu’ils négocient avec le Likoud, mais sans la moindre intention de céder.

Il est vrai que les haredim ont déjà siégé avec la gauche, mais uniquement quand un gouvernement de droite était impossible. Mais lorsque la droite peut former une coalition, les haredim n’ont aucun intérêt à s’allier avec la gauche qu’ils abhorrent et méprisent: leur électorat est foncièrement de droite et ne leur pardonnerait pas et ils n’ont aucune valeur commune avec la gauche.

Mais cette capacité de la gauche à faire toutes les concessions sur ses valeurs sociales dans le vague espoir d’un soutien ultra-orthodoxe qui n’arrivera jamais pour un processus de paix qui n’aura jamais lieu n’a servi qu’à lui aliéner une partie de son propre public.

A long terme, cette situation est entièrement au bénéfice de la droite. On parlait dans les années 80 du « match nul » entre gauche et droite qui représentaient alors des forces de même ampleur.

Mais les choses ont changé, essentiellement parce que les populations qui votent à droite – les traditionalistes, religieux et haredim, font significativement plus d’enfants que ceux qui votent à gauche – généralement une population assez laïque.

La gauche juive sioniste ne pèse plus au mieux que 25% des voix et son électorat va en diminuant. Le centre ne pèse pas assez pour l’aider, en aurait-il l’envie, et les partis arabes sont hors jeu par leurs positions extrémistes – et de toute manière, la natalité arabe a tellement baissé qu’elle est sur le point d’être inférieure à celle des Juifs, et donc ne sera d’aucun secours à la gauche.

Sauf révolution mentale et politique qui verrait une transformation complète de ce qu’on appelle gauche et droite en Israel, la gauche israélienne actuelle n’a que de faibles chances de jamais revenir au pouvoir.