Depuis plus de cinquante ans, les Français élisent leur Président au suffrage universel. Si les premières élections étaient placées sous le signe d’une adhésion forte, allant parfois jusqu’à l’aveuglement, comme l’atteste le qualificatif de « godillots » attribué aux supporters du General de Gaulle, depuis quelques années les Français votent par défaut.

On vote pour éliminer, on vote pour le moins mauvais, on vote en traînant des pieds. Et quelques mois plus tard on regrette ce vote et on désavoue le chef de l’Etat. Tout le monde est favorable aux projets de réformes sociales mais dès que l’on passe à leur réalisation, plus personne n’en veut, car en fait des situations de rentes se sont installées qui ont totalement perverti notre système social.

Les conséquences de ce défaut d’adhésion sont nombreuses : versatilité, distance par rapport au monde politique, découragement, abstention…

Les hommes (et femmes) politiques enfermés dans un clientélisme réducteur ont, aux yeux des électeurs, perdu le sens de l’intérêt général et ne recherchent en fait que le pouvoir et leur reconduction au pouvoir.

C’est une des déviations de la Démocratie participative que de nombreux penseurs politiques avaient prédit depuis longtemps.

Or, ce « divorce » entre le peuple et son élite politique risque de favoriser une dérive totalitaire comme on le voit un peu partout sur la planète.

Le monde économique, dominé par des monstres qui monopolisent l’innovation à leur profit, se réjouit de cet état de fait qui lui laisse les mains libres et lui permet des optimisations fiscales confortables. Faute d’un consensus à l’échelle mondiale et de lois efficaces contre les monopoles de fait, les gouvernements sont impuissants à réguler le marché. Encore une fois la division favorise le capitalisme sauvage.

Lassés de l’inefficacité de sa classe politique face aux menaces de déclassement et de régression social (toutes les réformes économiques et sociales de ces dernières années sont perçues – à juste titre- comme des reculs du modèle social français) et peu convaincus par les réformes sociétales qui ne concernent que des minorités, les électeurs sont de plus en plus tentés de tourner le dos à la démocratie pour des régimes « forts » et « efficaces ».

Persuadés, dans une errance de l’esprit encouragée par les médias, que la perte d’influence de la vieille Europe, dans un nouveau monde sans réelles frontières, est une conséquence inéluctable de la Démocratie, les Français oscillent entre nostalgie et repli sur soi.

Maintenues et rafistolées sans réelle conviction et sans véritable vision stratégique, nos institutions craquent de partout mettant en danger un modèle républicain original et qui a su faire preuve d’une grande efficacité quand il était adapté aux contours de la Société. Contrairement à ce que pensent les partisans de Fillon, il n’y a ni de nécessité ni de fatalité a la mort du système social français.

Les partis de Gauche, coupés de leur base politique (les plus défavorisés ne votent plus depuis longtemps ou veulent renverser la table avec Marine Le Pen et Philippot), vivent dans un monde qui n’existe plus que dans leur imaginaire et sont devenus, comme la SFIO en son temps, des associations d’élus qui n’ont plus comme objectif que de « sauver » leur mandat.

La Droite quant à elle, toujours en retard d’une guerre et désormais totalement ouverte aux idées de ses extrêmes (Merci MM Buisson et Sarkozy) cherche désespérément des boucs émissaires plutôt que des solutions. Alors haro sur les fonctionnaires, sur les homosexuels, sur les avorteurs, sur les athées, sur les étrangers, sur les déclassés-assistés de toutes sortes, sur les syndicats, sur l’Europe, sur les Enarques et j’en passe (non pas qu’ils n’aient aucune responsabilité dans la mauvaise situation de la France, mais d’abord ils n’en sont pas les acteurs volontaires et ensuite ne sont-ils pas pour certains les principales victimes de la crise ?).

Et tous, de l’extrême gauche au Front National, sont prêts à promettre l’impossible pour conquérir le Pouvoir. Mais ensuite confrontés à la réalité, les promesses n’engagent-elles pas que ceux qui y croient ?

A vrai dire, les Français guidés par une classe politique restée enfermée dans les années 1900, siècle de toutes les illusions, ont besoin avant tout de regarder la réalité en face et de retrouver une confiance raisonnable en leur avenir. S’ils n’y parviennent pas, ils basculeront dans les pires excès et feront appel à Marine Le Pen comme ultime recours.

L’enjeu de cette élection prochaine est celui-là.

Qui sera celui qui libérera les forces et permettra à la France d’ouvrir les yeux et d’entrer dans la Grande Aventure du 21e siècle ?

Car nous croyons que l’avenir de la France, est riche de potentialités extraordinaires pour peu que l’on y croie réellement. Nous croyons les Français capables de relever avec succès les défis auxquels ils sont confrontés.

La primaire de la Droite et du Centre a donné son verdict, elle a désigné celui qui paraissait aux électeurs le plus lucide dans son analyse et le plus déterminé dans ses propositions, même si son discours et son combat nous ramènent aux pires années Thatcher. Mais les 4 millions de citoyens (plutôt âgés, aisés et assez peu attachés au modèle social français) qui ont fait ce choix ne sont pas la France.

La Droite, forte de ce vote massif, serait assurée de revenir au pouvoir dans ce jeu de balancier alternatif désormais traditionnel en France. Mais les Français vont vite s’apercevoir que Fillon n’est pas Thatcher, la France de 2017 n’est pas la Grande Bretagne de 1980, que les solutions du passé ne résoudront rien et aboutiront à tuer le modèle social Français. Ce que l’on considère chez François Fillon comme de la lucidité n’est en fait que le pessimisme d’un Janséniste invétéré. Ne nous trompons pas : François Fillon est le digne héritier de la droite la plus conservatrice.

Nous croyons quant à nous que Emmanuel Macron peut être celui qui redonnera son efficacité à nos institutions et confiance en l’avenir aux Français. Nous pensons que la création du mouvement « en Marche » est un évènement aussi important que l’unification du Parti socialiste d’Epinay en 1971. Nous pensons que cette refondation replacera le citoyen au centre de la politique. Contrairement aux autres politiques, Emmanuel Macron s’adresse à tous les Français et non pas à sa clientèle.

Compte tenu de la gravité de la situation et de l’ampleur des réformes à entreprendre ce n’est pas une majorité de 50 % + une voix qu’il faut mais un grand rassemblement allant au-delà des partis politiques et de leurs clientèles. Et les hommes issus de ces mêmes partis ne pourront jamais dépasser l’horizon sectaire de leurs chapelles.

Nous croyons, qu’en s’attaquant aux rentes de situation, il saura débloquer une société figée et rassembler des grandes majorités d’idée.

Nous croyons qu’il est le seul à pouvoir véritablement réaliser le changement que tous les citoyens attendent.

Nous croyons que parce qu’il est jeune, il saura comprendre les problèmes de la Jeunesse.

Nous croyons que parce qu’il connait de l’intérieur le monde de l’entreprise, de l’économie numérique, des nouvelles technologies et celui de la finance, il saura revivifier notre tissu industriel et redonner à l’économie française sa place en Europe et dans le Monde.

Nous croyons que parce qu’il a une formation de philosophe et qu’il a suivi l’enseignement de Paul Ricœur, il est à même de comprendre les tourments des plus défavorisés et d’agir efficacement pour les protéger réellement.

Nous croyons parce qu’il a appris de Jean Pierre Chevènement la République et la laïcité qu’il saura renforcer l’une et l’autre.

Nous croyons qu’il a su apprendre l’audace de Jacques Attali et la subtilité politique de Julien Dray.

Nous croyons, parce que ses racines sont modestes et de province, qu’il saura faire prospérer les territoires de la République et relancer une vraie décentralisation.

Nous croyons, parce qu’il a acquis ces dernières années une riche expérience de l’Etat et de son administration, qu’il saura tracer le chemin d’une entrée dans le 21e siècle des services de l’Etat, de la Santé et des Collectivités Locales.

Nous croyons, parce qu’il a eu le courage politique de se lancer dans une aventure des plus risquées, qu’il saura conduire la profonde disruption de notre pays.

Nous croyons que rarement un homme aura réuni autant de qualités nécessaires pour relever les défis auxquels est confronté notre pays.

Alors, qu’importe si certains disent que c’est un libéral libertaire, considérant que c’est un défaut dirimant pour diriger la France. Mais qui n’est pas libéral aujourd’hui ?

Nous n’en sommes plus (sauf peut-être pour Fillon) au libéralisme de Thatcher ou Reagan. La chute de l’empire soviétique a profondément changé la donne.

Plus que libéral-libertaire, Emmanuel Macron est pragmatique. Il préfèrera toujours les solutions qui marchent aux solutions idéologiquement conformes.

A ceux qui se plaignent d’une entrée en campagne sobre et sans surprise, nous répondons qu’il est des moments ou la force des mots est plus importante que la mise en scène et choisir un lieu d’apprentissage est un beau symbole. Les 115 000 adhérents du mouvement « En Marche » en sont la preuve.

A ceux qui se plaignent de l’absence d’un programme détaillé, nous répondons que nous préférons une vision et une démarche plutôt qu’un prêt à penser politique. Nous voulons construire collectivement un plan de transformation réaliste qui ne soit pas un catalogue de mesures destiné à convaincre et à satisfaire une clientèle. Et suivez bien le meeting du 10 vous ne serez pas decus.

A ceux qui se plaignent de la volonté d’Emmanuel Macron d’hubériser notre société nous répondons que oui nous pensons que ces emplois indépendants correspondent bien au moyen d’intégrer ceux qui sont « assignés à résidence dans nos banlieues » et qui avant tout veulent rester libres de toute contrainte. Nous répondons que ces emplois sans charges sont bien connus des petits commerçants et des petits patrons et qu’il faut donner des garanties aux salariés sans pour autant faire peser sur ces entreprises des charges qui dissuaderaient leurs créateurs de procéder à la moindre embauche.

A ceux qui se plaignent de la Jeunesse d’Emmanuel Macron, nous répondons qu’il est temps que nous donnions à la jeunesse, à l’audace et à des hommes sans entraves, les clés de notre Etat. Qui voulez-vous a la tête de l’Etat, un jeune plein d’espoir ou un vieillard cacochyme ? Apres lui avoir abandonné le monopole du patriotisme et de la Marseillaise, allons-nous laisser au front national celui de la Jeunesse ?

Toutes les révolutions sont le fait d’hommes et de femmes jeunes et téméraires.