Je pourrais continuer à galvauder de l’écrit. Tout ce qui précède est vrai. Mais l’approche intellectuelle du temps, les mentalités nieront la vérité. Ce qu’on ne peut entendre n’existe pas. Il est plus facile d’accabler la vérité que de se poser les questions. Se donner l’impulsion d’une nouvelle réflexion.

Je suis loin de mon premier propos. Peindre le tableau d’un garçon. Brosser la toile d’un fils. « Ecrire c’est peindre des mots…», dit Ben.
J’erre dans la ville. J’apprends la ville. Ses rues, ses quartiers. Mes pas résonnent sur les trottoirs, le bitume. Je me perds dans les artères. Un monde bariolé. D’odeurs, de senteurs, me surprend. L’orient d’une découverte. Je rêve, je rêvasse. « J’être » dans le coaltar. « J’être » dans les nuages. Je suis dans un état second. J’erre dans mes pensées. Que je laisse errer, trainer. Tant je suis à côté de mes pompes.

Je dois perdre les semaines. Les gagner ? Comment les passer ? Jusqu’à mon prochain cours d’hébreu. A l’école des nouveaux immigrants. Pas de places avant des semaines. J’attends.
J’occupe mon temps. Dans ce que j’aime. Ou dois aimer. L’observation. Des autres. De la société. Peut-être ! Je ne sais pas. La solitude me pèse. J’invente des stratagèmes pour l’oublier.

J’ai la gueule qui plaît. Encore. La silhouette mince. J’ai maigri, pour Nelly. Le type basané, bronzé. Le poil grisonnant. Je n’ai pas le crâne rasé des israéliens. Le look européen me sied. Je l’appuis, le cultive. A ma sauce personnelle. J’ai horreur des archétypes. D’un certain type. J’aime l’exclusivité. L’originalité. J’exècre les copies.

Dans exclusivité, il y a exclu. J’ai été chassé du clan, de la tribu. De ma famille. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vécu en ostracisme. Toujours rejeté. Jamais accepté. Je suis un estropié de la vie.
Je fais les choses sans réfléchir. Je pense. Ne pas penser. Je dois penser. Plus que les autres. Il me semble. Je suis un homme blessé.

Je me fais des amis. Qui sont des relations. Dans un nouveau pays, on fréquente qui on peut. Je fréquente peu. Je ne fréquente pas vraiment. Je suis comme toujours sur mes gardes. Comment protéger mes arrières. Je n’en ai pas. Je suis honteux, coupable. De traumas. Transmis par héritage transgénérationnel. Que je ne soupçonnais pas.

Je n’ai plus besoin de cacher mes cicatrices. D’acné, de jeunesse, d’enfance, de guerre.
Je vis dans un pays en guerre. Je ne suis plus en guerre. Je n’ai plus peur de la guerre. La guerre de l’antisémitisme hypocrite. Qui pue les pores de la haine ou de la jalousie. De ceux qui n’existent que dans le trou de l’autre. La mort de 6.000.000 d’autres. Dont je porte les traces.

Le pays est jeune, vivant. Cela se sent, se ressent. La jeunesse est omniprésente. Elle est belle. Elle égrène les cultures, les sociétés du monde. Elle vient, provient de partout. Dans un feu d’artifice de langues et de traditions étrangères. Tel-Aviv est un tohu-bohu. De toutes les scènes du monde.

Elle n’est jamais calme. Le silence n’existe pas. Où le melting-pot se porte. Comme un charme. De l’Orient aux pays nordiques. Où les femmes sont belles. Etonnement belles. Telles celles d’Afrique, aux Amériques. Les hommes se déclinent à toutes les sauces, des couleurs, des continents. Dans une cacophonie, une bacchanale de gens, qui se marient entre eux. Dans l’harmonie d’une nouvelle genèse.

A Tel-Aviv, l’esthétique n’existe pas. Elle est une nouvelle culture, une bouture où le vrai dépasse le beau. L’idée, la nouveauté, la transcendance sont l’essence du pays.
Israël est remarquable. Tel l’orchestre philharmonique. D’un grand concert des nations. N’en déplaise aux racistes. De tous bords, aux tous genres. Où la peste brune fréquente la fachosphère rouge ou verte, antisioniste. Pour dire antisémite. Pour dire Juif. Pour dire ou souhaiter la millième destruction d’un peuple. Qui résiste. A son annihilation.

J’ai fui l’Europe. Tant j’avais peur d’elle. Ce dont elle est capable. A remettre le couvert.
Je ne dirai plus rien. A tort ou à raison. Les Etats-Unis d’Europe ne sont pas au propos.
Je ne crois pas à la politique. Elle épouse toujours l’envers de l’humain. Sous de bonnes intentions. Ou de belles paroles. Amadouées aux intérêts. Des forts ou plus puissants. Des démagogues. Quitte à tuer l’autre, qui ne demande qu’à vivre.

Ou pour paraphraser le général de Gaulle : « Les Etats n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts. »
Il ne faut attendre aucune justice. Elle n’existe pas. Elle est un leurre. Un code de lois. Pour gérer une société. Non pas la vérité.

La vérité, existerait-elle ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Me tromper.
Je ne suis ni de gauche, ni de droite, ni du centre, ni des extrêmes, des avant-centres etc. Je m’adapte. A la seule chance qui me convient. Celle de l’humain. Je suis du genre humain.

Avec un hic. Je ne tergiverse pas lorsqu’il s’agit de mon identité. Je suis Juif. Par identité d’histoire ou de souffrances. Non de religion.

Je n’ai aucune cause à défendre. Sinon celle de me défendre. Contre ceux qui rêvent de me crever. Depuis des millénaires.
A se demander, ce qu’ils feraient sans nous ? Leur obsession. Pour exister.

Je n’ai pas le nez crochu, de « Les Protocoles des Sages de Sion ». J’en suis sincèrement désolé. Je ne complote pas pour asservir le monde. Je n’en ai ni le pouvoir, ni l’intention. Les médias ne m’appartiennent pas. S’ils m’appartenaient, leur langage serait autre. A deux voix. Non au propos unique. Coupable de tout.

Je ne bois pas le sang des enfants chrétien ou autres. Je n’aspire qu’à vivre. Un vieux rêve. Etre en paix avec mon voisin.
Toutes ces considérations exprimées. Je m’en vais vers mon histoire. Peindre les traits d’un garçon. Brosser le portrait d’un fils. « Ecrire c’est peindre des mots… », dit Ben.

S’agirait-il de mon histoire ? Certainement ! A travers celle d’un autre. La connaissance d’un moi. D’un soi. D’une ipséité. De l’autre.

Il s’agit d’une toute petite histoire. A l’échelle de l’humain, elle ne compte pas, un rien d’histoire, quoi. Parmi des millions d’autres. A l’échelle de l’écrivain.

(extrait d’un chapitre d’un manuscrit abandonné depuis …)