Voici deux questions condamnées à rester sans réponse mais qui catalysent l’un des plus vieux conflits de notre temps. Je l’ai maintes fois rappelé dans ces colonnes : quelques arpents de terre sablonneuse, d’une superficie globale de deux départements français de taille moyenne, accaparent depuis tant de décennies l’attention, pas toujours équilibrée ni équitable, des médias du monde entier.

Un exemple : dès que le moindre jet de pierres est signalé, dès que le moindre événement défraie la chronique, des centaines de rédactions, locales ou étrangères, dépêchent sur les lieux leurs meilleurs éléments pour rendre compte d’un événement qui… n’en est pas un !

Dernier exemple en date : la déclaration du président Trump dont on disait qu’elle mettrait le feu aux poudres, ferait sauter une région déjà mise à mal, provoquerait une véritable guerre mondiale… Et à quoi avons-nous assisté ? A de laborieux efforts de mobilisation qui sont loin d’avoir porté leurs fruits. En tout cas pas dans les proportions escomptées.

Certes, il faut discuter, marchander, expliquer, mais au fond, le président US n’a rien dit de révolutionnaire. Si on analyse bien, certes, c’est une avancée considérable pour Israël, mais le plus gros reste à faire : il n’a pas parlé de périmètre, n’a pas défini les limites, donc il laisse place à des négociations à venir, contrairement aux commentaires qui l’accusent d’avoir clôturé le dossier.

Il y a dans tout cela un zeste de mauvaise foi. Une déclaration du Premier ministre, fort importante dans ce contexte, a été entièrement ignorée : cette déclaration du président Trump ne change rien à la liberté de culte, au droit de chacun d’aller prier à Jérusalem, là où il veut…

Une bonne partie des adversaires d’Israël, qui se livrent à un jeu stérile de diabolisation, ont cherché à faire croire que cette reconnaissance, somme toute légitime et relevant de la liberté d’installer son ambassade là où bon nous semble, allait enfreindre les droits reconnus des autres confessions monothéistes… Ce n’est simplement pas vrai.

Mais pourquoi donc, dans un monde contemporain totalement sécularisé, laïcisé, désacralisé même, un site religieux comme Jérusalem continue de déchaîner les passions et pousse même des gens à risquer leur vie ?

Au fond, les enjeux ne sont pas précisés mais on peut deviner, sans risque de se tromper, ce qui se cache derrière : dans l’esprit de certains, reconnaître la souveraineté de l’Etat juif sur la vieille ville (que les Palestiniens considèrent comme leur appartenant, plaçant ainsi dans un même groupe, la mosquée, le temple et l’église), c’est reconnaître, même sans le dire, la supériorité du judaïsme sur les deux autres religions qui en sont issues…

Or, une telle affirmation est fausse et doit être considérée comme une prétention qui n’a aucune raison d’être. Les gens qui fournissent une telle exégèse se trompent et cherchent à induire les autres en erreur.

Malheureusement, maint journaliste, ayant peu ou prou d’audience, s’empare bruyamment, à grand renfort de publicité, du sujet de Jérusalem, dans des émissions improvisées, manquant de fini, et donnant la parole à des gens dont la science n’est vraiment pas à la hauteur de l’enjeu, ni même du sujet.

Dimanche, j’ai tout fait pour me libérer afin de suivre une émission sur I24NEWS sur Jérusalem et je suis resté sur ma faim. L’émission promettait bien plus qu’elle n’a tenu. C’est un peu décevant. Avec de bons sentiments ou de la connivence on ne fait pas une bonne émission.

Et il y a aussi une question de niveau : on choisit des sommités mondiales, connues, pour traiter de questions aussi controversées. On ne demande pas aux authentiques spécialistes leurs sentiments mais leurs analyses, leurs synthèses des travaux de toute une vie… Il est vrai que les journalistes collent à l’événement, chassent l’audimat et négligent tout le reste…

Alors pourquoi Israël et pourquoi Jérusalem ? Sans faire de dolorisme et en tentant, de mon mieux, de coller au réel, il faut reconnaître que l’Etat d’Israël est devenu le paria, le Juif des nations. Les observateurs les plus objectifs ont relevé le traitement injuste infligé à cet Etat dans la plupart des arènes internationales, dont les plus emblématiques, l’ONU et l’UNESCO…

Quand on réalise que cette instance chargée de s’occuper de culture, donc composée de gens qui ne tiennent pas des discours d’analphabètes, contestent la judéité de Jérusalem ou d’Hébron, on se frotte les yeux pour voir qu’on est bien réveillé, que ce n’est pas un sinistre rêve… Qu’on en soit arrivé là, à notre époque, est littéralement incroyable et en dit long sur les temps que nous vivons.

Loin de moi l’idée de prôner une sorte d’unilatéralisme, de nature religieuse ou politique ; Jérusalem est certes la cité du roi David, le site des lieux saints du judaïsme, mais elle est aussi un site religieux de premier ordre pour les chrétiens et les musulmans.

Me revient en mémoire une réponse d’Emmanuel Levinas à un journaliste qui l’interrogeait, non pas sur Jérusalem, mais sur l’exclusivisme religieux, en général. Il répondit ainsi : il y a nous mais il y a aussi les autres.

Excellente réponse qui se distingue par son humanisme, son rejet de l’exclusivisme et son souci de l’autre, pour parler comme l’auteur de Totalité et infini.

Il faudrait tout de même changer le logiciel de tant de gens. Exemple : entre hier et aujourd’hui,, un organe de presse israélien a diffusé un beau reportage de femmes syriennes franchissant sur la Golan la frontière entre Israël et la Syrie pour que les médecins militaires israéliens portent secours et assistance à leurs enfants malades.

Elles étaient très émouvantes ces mères, évoluant au petit matin, aux premières lueurs de l’aube, non loin de champs de mines, leurs bébés malades dans les bras et disant aux soldats israéliens qui les accueillent : vous êtes nos frères…

Le deuxième exemple dont les médias israéliens sont le seul à parler : un bébé syrien réfugié à Chypre, et atteint d’une grave malformation cardiaque, vient d’être accueilli dans l’hôpital Tel Hashomer où il sera soigné et remis en bonne santé.

Le médecin en charge de ce malade, a assuré que l’enfant vivra, vivra bien et longtemps, mais qu’il ne pourra pas toutefois courir un marathon. Et d’ajouter avec le sourie :… Mais moi non plus…