Si j’ai choisi de commencer le premier article de cette trilogie par le récit sur Joseph, ce n’est pas un hasard. C’est tout simplement parce que non seulement il parabole la place d’Israël parmi les nations, mais qu’il est aussi le tout début de la conception même du peuple juif.

Le séjour en Egypte est la période de gestation et de naissance du peuple juif.

*Symboliquement, la terre d’Égypte représente la matrice fécondée par l’élément mâle incarné par Joseph.
*Les années de servitude témoignent d’une grossesse compliquée, voire risquée.
*Les dix plaies qui frappent l’Egypte et précèdent la sortie du peuple juif, sont les contractions précédant l’accouchement.
*La sortie d’Egypte ou « délivrance » est l’expulsion hors du placenta
*L’ouverture de la Mer Rouge symbolise le passage étroit qui permet la sortie de l’enfant du ventre de la mère,
*La destruction des armées du Pharaon, l’expulsion du placenta hors de l’utérus
*L’arrivée dans le désert, la naissance. La première autonomie hors de la matrice
*Puis, au 50e jour, la réception de la Torah considérée comme la circoncision. (Circoncision en hébreu « brit-mila » : alliance du mot)

Et c’est précisément là que naît vraiment ce peuple juif, qui semble avoir durant sa longue vie, une sorte de « défaut de conformité » dans ses rapports avec les non-juifs.

Alors quelle explication peut-on donner a ce phénomène ? Pourquoi les juifs ne se dissolvent pas dans le reste de l’humanité ? Pourquoi ce qui commence souvent sous de bons augures finit-il dans l’opprobre et l’incompréhension, voire dans le sang ?

Cela vient -il des juifs ou des sociétés dans lesquelles ils vivent ?

Mon analyse me fait répondre : des DEUX, bien que les raisons venant des juifs ne contiennent aucune violence… Celles des autres, si !

Ce qui vient des juifs eux-mêmes :

1. Ils tiennent à rester juifs. Il existe un lien très fort au passé, une sorte de dette morale. S’en éloigner ou le renier serait une forme de trahison envers tous ceux qui ont payé de leur vie le fait d’appartenir à ce peuple.

2. D’une part, ils refusent de changer de religion, de l’autre ils ne facilitent pas l’accès à la leur. La meilleure preuve étant la difficulté de se convertir au Judaïsme. Le fait que celui-ci ne soit pas prosélyte, est une conséquence de la crainte de perdre leur identité juive. Le Judaïsme permet, heureusement, à des non-juifs d’intégrer la religion d’Israël, mais ce n’est qu’au prix de nombreux efforts… Israël ne propose pas la facilité.

3. Ils se sentent bien dans la minorité, et dans ce qu’elle comporte comme forme d’entraide. L’impression d’appartenir à un club privé plutôt qu’à une communauté ouverte à tous, les rassure. Car il existe bel et bien une peur de s’assimiler au point de perdre leur singularité. Ceci les amène de fait pour survivre à privilégier la qualité, puisqu’ils ne peuvent pas compter sur la quantité.

Ce qui vient des autres :

Comme nous l’avons vu dans le précédent article, les juifs ont mauvaise réputation auprès de la majorité des non-juifs. Les différentes accusations des autres religions monothéistes, émises tout au long de leur histoire commune, pèsent d’un grand poids dans ce mauvais jugement:

1. L’accusation chrétienne du peuple déicide (jusqu’à Vatican 2) tueur du Christ et donc maudit par Dieu, a incontestablement créé un antisémitisme chrétien qui fût sanglant à certaines époques.

2. Dans l’Islam aussi, les passages haineux de certains interprétations du Coran, ont malheureusement largement contribué à dessiner un portrait du juif peu flatteur, voire carrément repoussant… Même si dans les deux cas, pour conforter leurs thèses, ils ferment souvent les yeux sur les autres apports de la culture juive qui bénéficient au reste de l’humanité…

3 . Rappelons-nous aussi que l’Egypte des Pharaons était polythéiste. Ce n’est donc pas propre aux seules religions monothéistes. (Il existe même un antisémitisme dans certains pays… sans citoyens juifs. (Japon des années 1920-30, Angleterre de Shakespeare ou la Malaisie actuelle)

Si en plus l’on rajoute à tout cela l’idée, très généralement répandue, que les juifs sont puissants, riches, influents et gouvernent le monde, il devient aisé de les tenir responsables de tous les maux. Surtout lorsque les temps sont difficiles et qu’il faille trouver un coupable. Le fameux « bouc émissaire » que l’on charge de tous les péchés.

Le CQFD de tout antisémite : le monde va mal et puisque ce sont les juifs qui le dirigent à leur profit, s’ils n’étaient plus là le monde se porterait mieux…

Heureusement pour le peuple juif, toutes les tentatives de le faire disparaitre ont échouées. Et son extraordinaire résilience lui a permis à chaque fois d’en sortir renforcé. Aujourd’hui, il se porte mieux que jamais de toute son histoire.

Il a retrouvé sa terre, et y a fondé une nation forte qui peut se défendre par ses propres moyens.
Ce qui semble donner raison à cette affirmation dans la Agadat Pessah ( Récit de Pâques) : de génération en génération, « certains » veulent nous anéantir, mais le Très-Saint nous sauve de leurs mains…

Pour finir, je précise que cet article est une tentative d’explication qui se veut rationnelle, et qui se distingue volontairement de l’aspect spirituel d’Israël. C’est une proposition « horizontale » de réponse, à la question posée dans le titre de l’article.

Est-elle suffisante ? Je ne le crois pas. Car si l’on peut constater (sans justifier) une incompréhension ou un malaise devant leur présence, rien ne peut objectivement expliquer cette haine du juif, qui peut aller jusqu’au meurtre.

Je laisse à chaque lecteur le choix d’admettre ou de refuser ma théorie, et serai heureux d’étudier d’autres explications qui viendraient confirmer, ou infirmer, la mienne…

L’explication spirituelle « verticale » de Pourquoi Israël ? sera abordée dans le prochain article, dernier de cette trilogie…