La Corée du Nord s’est lancée dans un programme balistique et nucléaire qui a de quoi inquiéter les grandes puissances et les états voisins d’autant plus que le dictateur nord-coréen est vénéré comme un dieu par une population miséreuse. Une ultime tentative de résolution diplomatique de la crise en Corée se tiendra à Vancouver le 16 janvier 2016.

L’escalade de la tension

Cette réunion à Vancouver fait suite à une joute verbale qui n’est pas faite pour calmer les esprits entre le président américain Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un : le président Trump a qualifié le leader coréen Kim de petit Rocket man, avançant que la Corée du Nord pourrait ne plus exister et que les réponses militaires étaient en place.

Kim Jong-un a souhaité ses vœux de bonne année en précisant que le bouton de commande d’envoi d’arme nucléaire se trouve sur son bureau et que les missiles nord-coréens peuvent atteindre les États-Unis. Par ailleurs, le secrétaire d’État Tillerson a déclaré vouloir garder ouverte la communication avec la Corée du Nord.

Par le passé, le régime nord-coréen a cherché à donner l’impression que s’il était acculé au pied du mur par les sanctions onusiennes, il pourrait réagir de façon irrationnelle. C’est ainsi qu’il a obtenu des avantages économiques en échange de promesses qu’il n’a jamais respectées : les essais atomiques et balistiques se sont poursuivis.

En déclarant que son bouton d’activation d’armes nucléaires est plus gros, Trump a fait savoir qu’il ne se laisserait pas impressionner par les menaces nord-coréennes ni prêter foi à des promesses de dénucléarisation creuses de la Corée du Nord.

Mais ce jeu de good cop bad cop ne s’arrête pas là. Des bombardiers et des navires de guerre américains se sont rapprochés de la Corée ; la Corée du Sud a installé un système de protection antibalistique THAAD. Le Japon et la Corée du Sud qui bénéficient de la protection américaine planifient des manœuvres conjointes.

Les initiatives nord-coréennes qui s’inscrivent dans la logique de chaud et froid se poursuivent. Le pouvoir nord-coréen a décidé de rétablir un « téléphone rouge » avec la Corée du Sud. Ce moyen de communication d’urgence avait été mis en place entre 1972 et 2016.

Dans son message du Nouvel An, Kim a annoncé son intention de participer aux Jeux olympiques d’hiver au mois de février à Pyeongchang en Corée du Sud et proposé des pourparlers entre les deux Corées le 9 janvier au village frontalier de Panmunjom. De leur côté, les États-Unis et la Corée du Sud ont accepté conjointement de suspendre leurs exercices militaires conjoint durant la durée de ces Jeux.

Source : Wikipedia Commons, Uwe Brodecht

Les grandes puissances

Mao Tse Toung avait coutume de dire que la Chine et la Corée sont telles les dents et les lèvres pour souligner que leurs destinées étaient indissociables. Cette position remonte à la guerre de Corée dans les années 50, lorsque la Chine intervint massivement pour sauver le régime anti-américain de la Corée du Nord.

Toutefois, cette position est aujourd’hui dépassée et la Chine émet de plus en plus de réserves envers la Corée du Nord. Toutefois, la politique de faits établis en mer de Chine et en mer du Japon effraie ses voisins qui bénéficient de la protection américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. Or, pour le président Trump, le statut de superpuissance des États-Unis est secondaire s’il ne se traduit pas par des avantages nets pour l’Amérique.

Une levée des sanctions improbable

Une levée des sanctions contre la Corée du Nord est improbable. Cette dernière est isolée sur la scène internationale hormis en Iran où le président du Parlement nord-coréen Kim Yong-nam a été reçu en grande pompe en août 2017. Le Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine comprise, a voté des sanctions contre la Corée du Nord.

Une solution militaire improbable

Si un conflit venait à se déclencher, la Chine pourrait souffrir des retombées nucléaires et se retrouver avec des millions de réfugiés nord-coréens sur les bras. La capitale sud-coréenne qui se trouve à 50 kilomètres de la zone démilitarisée qui sépare la Corée du Nord de la Corée du Sud pourrait subir des pertes humaines et matérielles considérables.

Aussi, aucun des adversaires directement impliqués : les deux Corées, le Japon ou même la Chine ou les États-Unis ne gagneraient à ce qu’un conflit éclate ou que leurs armées se retrouvent face à face. Tous ces pays pourraient gagner d’une Corée pacifiée.

Les portes des négociations s’entrouvrent

Que recherche la Corée du Nord ? Obtenir un traité de paix avec la Corée du Sud conditionnel au départ des troupes américaines. Or, cette alternative exposerait la Corée du Sud à une invasion nord-coréenne. Le mieux que l’on peut espérer de la rencontre de Vancouver est une entente sur des mesures susceptibles de rétablir une certaine confiance et une désescalade de la tension militaire. Des actions concrètes visant la dénucléarisation de la Corée du Nord pourraient être compensées par une aide économique appropriée.

Pour le reste, seul un accord généralisé entre les États-Unis et la Chine pourrait faire avancer les choses. La Chine qui répond aux besoins en énergie de la Corée du Nord est en mesure d’exercer une pression bien plus efficace que les sanctions internationales avec lesquelles le régime nord-coréen a appris à vivre. Cet accord devrait également tenir compte de l’expansion chinoise dans le Pacifique et des griefs américains envers certaines pratiques chinoises qui portent préjudice à la balance commerciale américaine.

L’absence de la Chine et de la Russie de la conférence de Vancouver montre qu’une tel accord généralisé n’est pas prêt de se concrétiser.