Pourim est une grande fête : au début, une peur extrême d’extermination, et finalement une grande joie après avoir été sauvé.

Les célébrations de cette fête sont grandioses, vu le commandement de consommer de l’alcool au point de ne plus être capable de distinguer Haman le malfaisant de Mardochée le juste.

Pourim est aussi une fête symbolique. Le message principal de cette fête est que face au mal le plus absolu, incarné par Haman, même la quintessence de la bonté, incarnée par Mardochée, est impuissante.

La seule chose qui aide contre le mal absolu est l’union. Lorsque Mardochée supplie Esther d’implorer la miséricorde du roi, elle répond qu’elle même, la reine, ne peut pas les sauver, à moins que lui, Mardochée, ne rassemble tous les juifs, et qu’ils ne jeûnent et prient pour elle. C’est alors, lorsqu’ils sont unis à nouveau, qu’elle s’y acharne et y réussit.

Il vaut la peine aussi de noter la coutume symbolique des costumes. Pourim n’est pas une autre version d’Halloween. Dans ce scénario, les costumes suggèrent la dissimulation des forces présentes en chacun de nous.

Dans son livre, Shamati (J’ai Entendu), Rav Yehouda Ashlag, auteur du Soulam (Echelle) commentaire sur Le Livre du Zohar, explique que le roi représente Dieu.

Esther, la reine juive, représente le désir corrigé de se connecter avec Dieu. C’est pourquoi elle apparaît après que la reine Vashti s’est mal conduite et que le roi la répudie. Elle est nommée Esther (Ester en hébreu), du mot hébreu Hastara (dissimulation),  car son identité juive est encore cachée.

Celle-ci n’est révélée que lorsque la reine doit agir afin de sauver les juifs, d’où le mot Méguillah (rouleau/livre), provenant du mot hébreu Guiloui (révélation). C’est pourquoi le complot décrit dans le livre d’Esther est considéré « un miracle dissimulé », pour indiquer d’une manière cachée le miracle de la révélation de la puissance de Dieu.

Mardochée représente la qualité de miséricorde. Il est la bonté pure et ne veut rien pour lui-même. Lorsque deux serviteurs complotent d’assassiner le roi, et que Mardochée l’en averti par Esther, le roi ne récompense pas Mardochée, et Mardochée non plus n’en demande aucune récompense ni même reconnaissance.

Un autre élément important caché dans l’histoire, est le plan de Dieu d’établir la qualité de miséricorde, Mardochée, comme souverain du royaume (le monde).

Il est évident que si le monde est gouverné par la miséricorde, incarnée par Mardochée, les gens seront bien plus heureux que s’ils étaient gouvernés par la malfaisance représentée par Haman. Cependant, Mardochée n’a aucun désir de gouverner puisqu’il ne veut rien pour lui-même. L’anonymat lui suffit tout-à-fait.

Afin de contraindre Mardochée à agir pour devenir finalement le gouverneur, le roi doit faire peser un danger suffisamment grand pour pousser Mardochée à l’action : la menace de détruire non seulement Mardochée, mais son peuple entier.

Cette menace c’est Haman qui représente l’opposé de la miséricorde, le désir impitoyable de consommer et de posséder, et de se permettre tout sans aucune pensée pour autrui. En bref, Haman est le pur égoïsme.

L’argument qu’utilise Haman pour tuer les juifs est qu’ils ne sont pas unis : « Il y a un certain peuple dispersé et séparé ». Les juifs sont devenus une nation lorsqu’ils ont promis d’être unis « comme un seul homme dans un seul cœur ».

Haman affirme qu’ils ne « gardent pas les lois du roi », ce qui est parfaitement logique vu que la loi par laquelle ils ont été établis, est qu’ils s’uniront. S’ils sont dispersés, ils ne la tiennent pas.  Dans ce cas ils sont superflus, de sorte qu’Haman dit au roi de s’en débarrasser.

Les juifs sont terrifiés. Ils ne savent pas du tout comment se sauver et ils ne comprennent pas non plus ce qu’ils ont fait de mal pour mériter la mort. C’est alors que Mardochée vient les rassembler afin de prier pour le succès d’Esther dans son invocation, et ils lui obéissent.

Ce faisant, ils se réunissent et redeviennent une nation, de même qu’ils l’étaient devenus au pied du Mont Sinaï. Cela annule l’argument d’Haman puisqu’ils ne sont plus dispersés et qu’ils n’enfreignent plus la loi du roi. Evidemment à ce moment-là, le verdict du roi est révoqué.

Les personnages de cette pièce nous parlent de forces cachées qui agissent en nous, en tant qu’individus, et entre nous en tant que société. Ces forces sont toujours présentes et maintiennent notre développement spirituel.

De même qu’alors elles ont créé Haman, elles créent de nouveaux Hamans en tout temps. De nos jours, il en existe pas mal dans tous les pays, et de même qu’auparavant, l’antidote est l’union à présent aussi. Si nous nous unissons, nous sommes sauvés. Si nous l’oublions, nous sommes menacés et même détruits.

Cela nous mène à la grande joie de Pourim, où il nous est ordonné de boire jusqu’à ne plus pouvoir distinguer le bien du mal. Le point est que lorsque nous nous unissons, nous répandons cette union à travers le royaume, ce qui veut dire la création toute entière.

Ainsi, nous devenons « une lumière pour les nations », nous répandons la lumière de l’unité. Lorsque tous seront unis, il ne sera plus nécessaire d’être vigilant ou de se méfier les uns des autres, puisque tous ne feront qu’un. Dans cette situation, même distinguer Haman de Mardochée devient superflu, et c’est ce que l’ivresse symbolise.

Les hamantaschen (en yiddish « les poches d’Haman ») représentent la correction des désirs égoïstes d’Haman, une fois que tous seront unis. C’est pourquoi elles sont remplies de farces sucrées, pour symboliser la joie de l’union  dans des désirs altruistes. C’est pour cette raison aussi que nous offrons des cadeaux entre nous et aux pauvres, en gage de notre plus forte connexion.

Pour conclure, Pourim est une fête qui nous enseigne que tous nos maux ne proviennent que du manque d’union entre nous.

Sans elle, nous sommes persécutés, comme durant l’exil de Babylone, durant toutes les persécutions que nous avons subies à travers l’histoire, et de même que nous commençons à nous sentir aujourd’hui. Mais dans l’union, nous sommes sains et saufs, et ivres.

Alors quand rien ne va plus, unissons-nous !