Il y a cette blague juive bien connue d’une femme qui va au bureau de poste pour acheter des timbres pour ses cartes de Pourim. Elle dit à l’employé : « Puis-je avoir 30 timbres de Pourim, s’il-vous-plaît ? » « De quelle dénomination ? » lui demande-t-il. « Oy vey, on en est là ? » soupire-t-elle, « Bon, alors donnez m’en 6 orthodoxes, 10 conservatifs, et 14 réformés ! »

L’humour est une bonne chose parce qu’il rend les situations pénibles plus faciles à endurer, et aussi parce qu’il permet d’encaisser plus facilement de dures vérités.

La plaisanterie que je viens de mentionner souligne notre fragmentation. Il n’y a rien de mal à la diversité. Au contraire, les juifs ont toujours utilisé les discussions et les débats comme moyen d’approfondir la compréhension de questions spirituelles qui demandent un examen plus minutieux. Le problème commence lorsque la diversité se transforme en inimitié.

Surtout maintenant, avec l’hostilité croissante envers les juifs et envers Israël, nous ne pouvons pas nous permettre de nous conduire comme si rien n’avait changé. Les vagues déferlent  et nous sommes tous sur le même bateau. Souvenez-vous de l’équipe d’aviron du HUC (Hebrew Union College) qui arrivait toujours dernière, jusqu’à ce qu’ils décident d’observer les gagnants éternels, l’équipe de Harvard, et qu’ils découvrent qu’on est supposé avoir un gars qui crie et huit gars qui rament, et non le contraire.

Nos « entraîneurs » spirituels nous ont toujours dit que pour réussir nous devons nous serrer les coudes. Chaque fois que nous avons ignoré ce conseil, nous avons souffert. Il y a deux mille ans, notre nation s’est tellement rebellée contre la notion d’union que nous sommes tombés dans une haine non fondée. En conséquence nous avons été exilés de la terre d’Israël pendant deux millénaires. A présent l’antisémitisme croissant nous rappelle que nous avons négligé la seule chose sur laquelle nous devons nous concentrer.

Nous ne pouvons pas nous aimer les uns les autres d’abord, et puis nous unir. Nous devons faire l’effort de nous unir au-delà de nos différences, malgré elles. Plus nous nous y efforçons, plus nous nous séparons, plus notre union sera puissante. Pensez à une chute d’eau. Plus la chute est haute, plus elle produit d’énergie.

Il y a un superbe passage dans Le Livre du Zohar (Akharei Mot) que je cite souvent lorsqu’on discute de l’importance de l’union d’Israël : « Voici comme il est bon et plaisant pour des frères de s’asseoir tous ensemble ». C’est ainsi que sont les amis lorsqu’ils siègent ensemble, et ne sont pas séparés les uns des autres. Au début ils semblent être en guerre, souhaitant s’entretuer. Ensuite ils reviennent à l’amour fraternel. Le Créateur dit à leur sujet « Voici comme il est bon et plaisant pour des frères de s’asseoir tous ensemble ».

Donc, notre union est notre atout, et plus nous sommes d’abord désunis, plus notre atout sera précieux.

Immédiatement après cet extrait vient une autre déclaration qui m’émeut toujours: « Et vous, les amis qui êtes ici, de même que vous étiez dans l’affection et l’amour auparavant, désormais vous ne vous séparerez plus jusqu’à ce que le Créateur se réjouisse en vous et appelle la paix sur vous. Et par votre mérite, la paix sera dans le monde, comme il est écrit, « Pour l’amour de mes frères et de mes amis laissez-moi dire, « Que la paix soit en vous » ».

Cette dernière citation ressemble à l’opposé d’une déclaration faite contre nous tous trop souvent ces derniers temps: « Les Juifs sont responsables de toutes les guerres dans le monde » Mais quand vous lisez ces mots, il est facile de voir pourquoi l’union est tellement essentielle à notre existence, et comment elle peut aider en tant que  remède à l’antisémitisme croissant.

A Pourim, nous avons l’habitude de donner des cadeaux aux pauvres. C‘est une coutume qui vise à augmenter l’amour et l’union entre nous.

De même, lorsque Esther voulait annuler le décret contre les Juifs, elle dit à Mardochée, « Va, rassemble tous les Juifs. » Et quand Haman a voulu nous détruire, la première chose qu’il a déclaré était « Il y a un certain peuple dispersé et séparé ».

Pourim est une grande fête: beaucoup de bruit, beaucoup d’oreilles de Haman, et on est forcé de  boire jusqu’à ne plus pouvoir distinguer le bien du mal. Cette année, faisons-en aussi un festival de l’union et essayons de nous rapprocher un peu plus vers l’unité. Nous avons un grand profit à en tirer.

Qui sait, nous pourrions même réussir à battre l’équipe d’aviron de l’Université Harvard.