Il n’y a plus de saison. Ici, il pleut, là il vente. Ca fait un bail que le Déluge, le terrible « maboul/מבול » est passé, surtout après ce chabbat dédié à Noé.

L’Eternel a même regretté d’avoir voulu détruire Sa création. Il se ravisa: « Plus jamais, Je ne frapperai tous les vivants comme Je l’ai fait. Tant que durera la terre, semailles et moisson, froidure et moisson, été et hiver, jour et nuit ne cesseront plus. » (Bereishit/Gén. 8, 21-22).

D’autant que ce Chabbat était « mondial et festif » : Le Shabbos Project (yinglish américain) ou Kikar Shabbat en Eretz/כיכר שבת en hébreu. En fait, le Chabbat est universel par définition.

Au fond, « Chabbat\שבת ou Noa’h-Noé/נח, comme dans « ici repose/po noua’h-פה נוח » (pierres tombales), c’est du pareil au même. L’être humain fait une pause.

Cette semaine, on a gagné une heure de sommeil en passant de l’heure d’été à celle d’hiver.

Il y a les « autres » de tous bords qui n’avaient rien changé du tout : les branchés sur le temps solaire, les écolos qui ne touchent jamais à l’heure de la traite des vaches, ceux qui ne nous reconnaissent pas tout en confessant le Miséricordieux, pour d’autres le Bon Pasteur. Ce sont nos cousins et associés.

Est-ce que Noé a connu et pratiqué les Commandements dits « noachiques », les « Sheva mitzvot b’rit Noa’h/שבע מצות ברית נח = les 7 Commandements des fils de l’Alliance conclu avec Noé » ?

Tout est question de morale.

Qu’est-ce à dire ? C’est comme en ce moment, tout le monde parle de « tradition(s) » parce que beaucoup ont perdu ces traditions, en créent de nouvelles. Ils essayent désespérement, par nostalgie, de manière frénétique, sentimentale, violente et souvent obtue ou libérée de vivre l’histoire qui n’est jamais une génération spontanée.

Y a-t-il eu un « copier-coller » emprunté à un cousin
éloigné, Gilgamesh ?

Il y a trop de doublons dans le récit biblique : Noé fait entrer les créatures en couples. Il y a des répétitions, bis repetita : les humains sont mauvais, le Déluge commence deux fois, tout ce petit monde entre deux fois dans l’arche… (Bereishit/Gén. 6, 7-9, 18).

Sommes-nous tous du même sang humain… franchement !

Il y a comme une sorte d’instabilité mentale chez l’être vivant. La Bible hébraïque ou ‘Humash/חומש, les 5 Livres de la Torah » commence par le récit des commencements [Bereishit/Genèse] de la Création, d’Adam et Eve et de leur descendance.

C’est la preuve d’une révélation unique du Dieu Un pour tous (Shimon Ben Azzai, Nedarim 9,4/Gén. 5,1).

Certains auraient eu la tentation de faire débuter la Bible par le récit de l’Exode/Chmot-שמות = ([les] Noms de ceux qui sont sortis d’Egypte, de la maison d’esclavage). L’universel s’exprime-t-il d’abord dans la singularité ?

Parlons vrai : croire ou ne pas croire n’appartient pas aux modes, aux inspirations socio-culturelles. Cela procède de l’intime conviction et de l’existence d’une conscience humaine.

Cela reste un défi : selon les canons des Eglises, il n’y a de « péché » que si l’on est pleinement conscient d’avoir commis le mal contre soi et les autres.

Cela peut prendre des siècles et forcer les gens à reconnaître des torts, souvent graves, ne sert à rien tant qu’il n’y pas de conscience.

De même, le Juif peut réciter trois-quatre fois par jour la Vidui/וידוי ou « confession des péchés alphabétique » sans percevoir ce que cela implique pour lui comme pour sa communauté et la nation humaine.

Les sept commandements noachiques remonteraient aux premiers Commandements et à la survie de Noé, l’homme juste.

Ils banissent l’idolâtrie, le meurtre, le vol, l’immoralité sexuelle, le blasphème, le fait de manger la chair d’un animal vivant et obligent à ce que toute personne ait accès à un recours juridique, donc à un tribunal [Avoda Zarah 9, 6 et Sanhedrin 56a/59a et les Tosafot].

Ils doivent être observés tant par les Juifs que les non-Juifs (Saadiah Gaon et Maïmonide).

Tout paraît basique : combattre l’injustice, ne pas attenter à l’identité-même du Créateur, reconnaître qu’Il est Un et unique, ne pas tuer, ne jamais souiller personne dans son corps, ne rien prendre de ce qui ne nous appartient pas. Il faut respecter un animal et ne pas le meurtrir en le laissant vivant.

L’exemple d’Aimé Palliere (1875-1949) reste singulier et prophétique pour son temps. Après bien des hésitations à se convertir au judaïsme, il rencontra le Rabbin de Livourne, Elie Benamozegh, qui l’accepta comme disciple et lui suggéra de devenir ben Noa’h-בן נח, Noachide.

Le Rabbin Benamozegh proposa à Aimé Palliere de rester chrétien, ce qui correspond succinctement à ce qu’affirmait Rachi à propos des Gentils qui, confessant Jésus comme Messie, ne sont plus des Païens/גויים [al-Bereishit]).

Aimé Pallliere devint ainsi darshan/דרשן – prédicateur officiel à la synagogue libérale de la Rue Copernic, à Paris, et mourut catholique.

Le Rebbe Menachem Mendel Schneerson du CHaBaD/חב’ד (Loubavitch) a réfléchi en profondeur sur la manière dont Juifs et non-Juifs peuvent se situer face à la réalité du Dieu Un.

En 1980, il lança une campagne en faveur des Commandements noachiques  et, en 2009, les grands rabbins d’Israël les ont officiellement reconnus comme donnant un status particulier en Israël.

La campagne se poursuit et il n’est pas rare, à Jérusalem, que des non-Juifs soient conviés à des réunions pour « noachides ».

On peut parler, à propos d’un point fondamental et originel du judaïsme, du redéploiement de l’annonce de la rédemption faite à partir de la Communauté d’Israël.

Ceci s’inscrit dans la résurgence d’Israël comme entité qui, en dépit de tout, « rassemble les exilés » et invite les Nations contemporaines (Zacharie 8, 23).

Le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem a fêté, en 2002, le 1950ème anniversaire de la décision du premier Synode de Jérusalem. Il faut souligner que cette « assemblée » n’est pas comptée parmi les conciles oecuméniques officiels qui s’appliquent à toutes les Eglises d’Orient et d’Occident mais pas aux Protestants (7 pour l’Eglise indivise avant le schisme de 1054 entre Rome et les Eglises d’Orient.

L’Eglise catholique latine reconnaît 21 Conciles Oecuméniques, les Eglises unies à Rome adhérant à ceux-ci et participant aux décisions de l’Eglise de Rome).

Cette décision d’ouvrir la « porte de la foi » (Actes 14, 27) aux non-Juifs, donc aux Nations païennes (Actes 14, 27) a été prise par l’Eglise primitive lors de ce premier synode de Jérusalem entre 49 et 52.

Cette Communauté  était viscéralement attachée à la révélation juive. Jacques le Juste, premier évêque de Jérusalem écrit au nom « des apôtres, des anciens, des frères aux frères de la gentilité »  : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu. » (Actes des Apôtres 15, 23-29).

On notera l’absence de deux commandements : a) ne pas arracher un membre à un animal vivant et b) l’obligation, pour chaque ville, d’avoir un tribunal. Certains ont indiqué que Jésus de Nazareth est l' »agneau immolé » et qu’il « (re)vient pour « juger les vivants et les morts » (Credo).

On oublie trop souvent la raison de cette décision. Au bout de deux millénaires, certains pensent – dans la plupart des Eglises – que tout serait accompli et que l’Eglise intègre ou rassemblera toutes les nations.

Il faut tenir compte des paroles de Jacques, premier évêque de Jérusalem, qui a justifié ce premier Edit ouvrant la foi aux non-Juifs [et non le contraire ce qui n’aurait eu aucun sens !] : « Depuis les temps anciens, Moïse a, dans chaque ville, ses prédicateurs qui le (par la Tora ou ‘Humach/תורה-חומש), qui le lisent dans les synagogues tous les jours de Chabbat » (Actes 15, 21).

Dès ses débuts, l’Eglise a été consciente de sa responsabilité à assumer son ordre historique et incarné.

Elle considère que ce Concile de Jérusalem – originel mais non comptabilisé – a réglé les questions relatives aux chrétiens d’origine juive.

Serait-ce « bonnet blanc ou blanc bonnet » ? Nous y reviendrons : il s’agit d’un lapsus persistant dans la mesure où l’Eglise sait qu’elle est née au sein du judaïsme.

Le christianisme byzantin a gardé un lien fort avec les Commandements, en particulier en ce qui concerne les règles alimentaires (pureté de l’huile, de l’eau, des laitages et une tendance instinctive au végétarisme sinon végétalisme).

Cette attitude semble pérenne : l’Ecole freudienne de Vienne a été confrontée à cette même question de savoir comment il est ou non possible d’inclure des non-Juifs dans le premier groupe de psychanalystes.

Cela peut s’expliquer par la règle talmudique : « l’être est caché par ce qui le révèle ». C’est, semble-t-il, ce qui s’est rapidement produit dans les rapports entre Juifs et Chrétiens.

Comme le déclarait le Rav Léon Askénazi/Manitou en 1968 : « C’est cela même qui révélait Israël qui a caché Israël à la conscience chrétienne. »  En 2009, Mgr. Rafik Khoury soulignait combien la désunion des Eglises, la suspicion envers l’autre et souvent les siens nuisent bien plus que les « opposants juifs ou islamiques ».

On peut tourner et retourner la question de savoir s’il existe vraiment un lien entre les Noachides, Jésus de Nazareth, Saint Paul, l’Eglise naissante à Sion et son déploiement. La foi n’exclut personne et ne peut consister à nier ce qui EST.

Les Chrétiens observent-t-il les premiers Commandements noachiques ou devraient-il les accepter ? Le judaïsme contemporain pose la question au regard de l’histoire.

L’histoire d’Israël ne fait que commencer à cet égard, bien au-delà de ce que nous en percevons.

Nous avons changé d’heure. Avez-vous bien dormi ? La première bénédiction matinale est celle qui bénit l’Eternel d’avoir donné au coq [שכוי\sekhvi = coq et conscience] la faculté de discerner entre le jour et la nuit.

Sans doute le même coq auquel Jésus fait allusion quand il dit à Simon Pierre/Caiphas : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois » (Matthieu 26, 34).

En ce temps-là, il y eut donc deux Caiphe : le grand-prêtre qui condamna Jésus de Nazareth et le premier des disciples – plus connu sous son nom latin de Pierre – qui nia le connaître (Matthieu 26, 70).

Le coq continue d’appeler au jour et au miracle de la vie. Cocorico est (aussi) hébreu et universel.