C’est déjà la rentrée, et rares sont ceux qui sont encore en vacances. Dans mon entourage proche, à part mon ami François, tout le monde est déjà affairé à étiqueter les cahiers de classe ou acheter un cartable neuf pour le petit dernier qui rentre en CP.

François, qui est médecin dans la vie, mais aussi un utilisateur assidu de Facebook, publie une photo de son séjour au Touquet ; en ces derniers jours du mois d’août, il s’est offert deux jours de repos en amoureux avec sa femme, sans les enfants.

Un ami Facebook like sa photo et lui demande, pour faire un trait d’humour, s’il est « médecin en milieu scolaire ». Un médecin qui est toujours en vacances à trois jours de la rentrée, est-ce bien raisonnable ? Cette petite blague passe évidemment inaperçue et, dans l’indifférence générale, la vie facebookienne continue comme à l’accoutumée.

Oui mais voilà : depuis que je vis en Israël, mon regard sur ce genre de blague a légèrement changé et, ce que j’aurais perçu jadis comme un brin d’humour cynique, je le vois aujourd’hui comme un symbole de l’échec français des valeurs de la gauche moisie et d’un monde chrétien disparu depuis fort longtemps.

L’ami Facebook qui essaye de faire de l’humour est surement un gentil garçon bien intentionné. Mais son subconscient parle et ce qu’il révèle n’est pas joli…

En termes crus, il dit : « Salaud de bourgeois, tu es encore en vacances sur le dos de la Sécu, des mutuelles et des assurés qui, eux, bossent toute l’année pour se payer de modestes vacances qui se terminent bien avant que toi tu ne t’offres des jours supplémentaires afin de rajouter encore des vacances aux vacances. »

Certes, c’est schématique, mais c’est comme ça que je le ressens !

Oui, mon ami François travaille toute l’année comme un dingue ; il a fait de longues et difficiles études puis il a investi dans un cabinet moderne, s’est endetté sur des années et essaye de faire du bon travail et de prendre soin de chacun de ses patients, les jeunes comme les vieux, les riches comme les pauvres.

Son argent, il ne l’a pas volé, il a travaillé, avec le stress et la responsabilité qu’exigent son activité, et ne doit rien à personne. C’est une évidence, il n’est pas le plus à plaindre dans ce pays (et il le sait bien), mais il n’a pas non plus à être moqué ou dédaigné parce qu’il gagne de l’argent et qu’il peut s’offrir deux jours de vacances supplémentaires.

S’il pouvait, il irait probablement une semaine à l’Ile Maurice, et il n’en serait que davantage méprisé par une partie des Français élevés depuis leur plus jeune âge dans les catastrophiques valeurs du gauchisme et de la chrétienté d’avant le concile Vatican II.

Attention, pour être bien clair, je ne parle pas des valeurs admirables de la gauche humaniste ou des chrétiens modernes : solidarité, égalité, fraternité, justice et tant d’autres. Non, je parle de ces valeurs héritées du Moyen-Age (et probablement même des débuts du christianisme) et incarnées aujourd’hui par une ultra-droite réactionnaire et par une gauche sinistre, l’ultra-gauche mélenchoniste, qui prône l’égalitarisme à tout prix et la mort (au minimum symbolique) de ceux qui font partie d’une classe sociale moyenne supérieure.

Quelle absurdité quand on sait que tous les économistes sérieux expliquent que lorsqu’on s’en prend aux « riches », on ne fait que figer l’état des richesses du pays : non seulement les vrais riches sont toujours aussi riches et les pauvres toujours aussi pauvres, mais surtout on empêche (et on dissuade) des pauvres d’accéder à une classe sociale supérieure et d’éventuellement devenir un jour riches…

Je parle de ces valeurs de la vieille Europe repliée sur elle-même, où le fait d’avoir de l’argent est vécu comme une honte, où l’on doit vivre caché pour vivre heureux, où il faut à tout prix sauvegarder l’apparence de la norme parce que toute déviance serait vécue comme une infamie.

Où, parfois, tu te demandes si l’autre (ton voisin, ton collègue de travail, ta boulangère, voire ton ami d’enfance), consciemment ou non, formule pour toi le vœu que tu réussisses… ou bien que tu échoues…

Et en Israël alors ? (Et oui, j’en reviens toujours là, vous me connaissez bien maintenant !)

L’an dernier, avec mes réflexes de Français biberonné à la culture gauchisto-chrétienne, je suis arrivé tout penaud devant la maîtresse de mon petit garçon pour quémander sa clémence parce que j’allais lui faire louper trois jours d’école…

Loin de me sermonner (comme j’en avais l’habitude pendant mes huit années en école juive parisienne), elle m’a demandé avec un grand sourire à quelle occasion je devais m’absenter. « C’est pour une bar-mitsva sur Paris… » ai-je répondu l’air coupable et la mine défaite.

Après diverses bénédictions pour le bar-mitsva, sa famille, ses grands-parents et tous les cimetières d’Alger, Mostaganem, Constantine et Sidi Bel-Abbes, elle nous a souhaité d’en profiter au maximum et a ajouté « prenez du bon temps, vous le méritez. »

Alors voici le vœu que je formule pour mon ami François pour les prochains mois… je souhaite que ses amis soient libérés au plus vite du joug de l’influence néfaste de la vieille gauche et de la vieille bourgeoisie catholique et qu’il entende très vite : « Bonnes vacances François, profite au maximum ! Que tu puisses multiplier les moments de ‘kifs’ encore et encore et réussir dans tous tes projets. Et l’an prochain, à Courchevel en décembre, Eilat à Pessah, la Californie en juillet et Tel Aviv au mois d’août. » Amen.