Si l’Alya était un lieu, ce serait la Mer Morte. La Mer Morte est la promesse d’une vie qui, un jour, se remettra à couler. Pour y accéder, on avance avec délicatesse sur des blocs de sel qui s’effritent sous nos pieds. L’on sait, à mesure que l’on sent crisser le sel sous nos pas, que nous ne pourrons plus jamais reprendre le chemin du retour à l’identique. On pressent également que la plongée dans la mer nous aura transformé durablement et que nous serons modifiés. La Mer Morte surprend celui qui ne s’y est pas préparé. De loin, c’est une oasis, une carte postale. De près, elle fait hurler de douleur ceux qui ont des blessures non soignées.

Espiègle, elle choisit ses proies et laisse un délicat filet d’huile sur la peau de ceux qui lui font réellement confiance. Elle fait flotter ceux qui acceptent de lâcher prise. Les élus ne se sentiront jamais aussi légers qu’en cette mer unique. Cela a beau être l’endroit le plus bas du monde, il n’empêche que l’on peut s’y sentir comme le roi du monde. Notre vue n’est contrariée par rien d’autre que les montagnes rouges de Jordanie qui nous tendent les bras. On est venu voir du pays, faire du tourisme même et c’est avec nous-mêmes que nous avons rendez-vous. L’eau n’est ni turquoise, ni transparente.

En la contemplant, c’est notre image qui apparait. La Mer Morte force à l’introspection. Fermer les yeux n’aidera pas. Le sel continuera à piquer pendant longtemps… Certains trouveront leur image embellie par les reflets du soleil et voudront continuer la baignade… D’autres se trouveront défigurés et voudront se rincer au plus vite pour mettre fin à l’inconfort.

Si l’Alya était un sport, ce serait le yoga. Un sport qui se revendique davantage comme une discipline de vie. Une activité ancestrale qui n’a pas pris une ride. Qui rajeunit le corps et l’esprit à condition de jouer le jeu. Qui ne nécessite rien d’autre qu’un mince tapis et vous berce au son de votre respiration. Un sport qu’on exerce pieds nus à même le sol et qui demande un ancrage authentique. Qui crée une connexion intense entre l’âme et l’enveloppe corporelle. Qui rappelle que nous sommes un Tout et qu’il faut honorer chacun de nos mondes. Qui fait perdre l’équilibre à ceux qui se voient assaillis par le tumulte de leurs pensées et allonge ceux qui regardent un point fixe, même lointain ou imaginaire. Un sport qui demande souplesse et agilité et fait taire le mental pour que le corps reprenne ses droits. Qui fait progresser dans la connaissance de soi et redonne du souffle à ceux qui en étaient à bout.

Si l’Alya était un habit, ce serait une étole. Une étole pour passer de la tête des femmes à leurs hanches quand les percussions de l’Orient les font vibrer…Une étole qui alterne entre le paréo du bord de plage et le gilet du shabbath quand la climatisation est trop forte. Une étole pour égayer la petite robe trop simplette dont on ne se passe plus ou en guise de mouchoir pour écraser quelques larmes quand la mariée arrive… Une étole devenue écharpe quand les pluies ont décidé de gronder ou couverture pour envelopper l’enfant qui s’est endormi dans nos bras. Une étole de couleur comme celles que portaient nos regrettées grands-mères du Nord de l’Afrique. Elles, qui devinaient tout, mais ne nous disaient rien.

Si l’Alya était un art, ce serait le théâtre «playback». Une forme de théâtre thérapeutique très diffusée en Israël et méconnue en France. Un théâtre dont le texte n’est jamais préparé. Qui s’inspire des histoires racontées par le public pour nourrir la scène. Qui n’a pas pour but de vous divertir en vous faisant oublier la vie. Mais plutôt de vous la raconter, à l’aide de mots, de symboles ou dans le silence. Un théâtre qui, quand l’histoire recueillie est trop dure, préfère danser le récit et donne voix à ceux qui ne sont plus. Un théâtre qui ne se sert de son imagination que pour apaiser celui qui raconte. Pour le guérir et réparer des histoires inachevées. Qui improvise avec l’humeur et les inhibitions du public et ouvre grand son cœur pour l’écouter. Un théâtre dépouillé de tout où les comédiens communient avec le public. Car en effet, le théâtre « playback » ne cherche rien d’autre que de faire vibrer des cordes qui ne se touchaient plus depuis longtemps.