Alors qu’il se croyait les pieds dans l’eau pour quelques jours de vacances en train de gérer au mieux une communication à base de cartes postales estivales, au pire quelques coups de téléphone à l’international pour signifier la dynamique permanente de la machine d’Etat, Emmanuel Macron s’est subitement retrouvé dans le dilemme migratoire.

Le même qui l’avait obligé il y a quelques mois à ne pas donner son autorisation au bateau l’Acquarius d’accoster dans un port français après le refus spectaculaire italien et l’inattendue surprise espagnole. Dans la canicule estivale, un tourbillon de critiques et de reproches soufflant sur Le Fort de Brégançon, lieu mythique des vacances d’été des présidents de la cinquième République.

Déjà à l’époque, Emmanuel Macron avait essuyé un tourbillon de critiques lui reprochant un cuisant décalage entre les discours et les promesses et la réalité des actes. Entre une générosité affichée et revendiquée et une fermeture inédite des ports français face à cette détresse migratoire.

Les bonnes âmes avaient ressorti les postures d’Emmanuel Macron en pleine ascension de séduction lorsqu’il tressait des lauriers à l’expérience allemande lors de là campagne des présidentielles : « La chancelière Merkel et la société allemande dans son ensemble ont été à la hauteur de nos valeurs communes ; elles ont sauvé notre dignité collective en accueillant des réfugiés en détresse » ou alors lorsqu’il affirmait après sa victoire à l’Elysée avec une tonalité tranchante et sans équivoque : «Nous devons accueillir des réfugiés, c’est notre devoir et notre honneur».

De ce Macron là, généreux, ouvert et volontaire, il ne restât presque plus rien. L’Aquarius et SOS Méditerranée formant cette grande machine à sauver les candidats à l’immigration d’une mort certaine en haute mer, l’ont poussé dans ses derniers retranchements et l’ont obligé à adopter des politiques de fermeture provoquant au passage de dangereuses tensions avec le voisin Italien tombé justement à cause de cette crise migratoire dans l’escarcelle des populistes.

Pour justifier ce refus, Emmanuel Macron se barricada derrière deux arguments massues. Le premier est le droit de la mer qui impose à ces bateaux d’accoster dans le port européen le plus sûr et le plus proche. Les ports français sont donc protégés par la distance qui les sépare de ces transporteurs de détresse humaine en Méditerranée. Le second argument est la nécessité d’apporter une réponse européenne collective à un phénomène qui touche en priorité des pays riverains de la Méditerranée.

Après d’interminables rencontres aux sommets faites de tergiversations nocturnes, de mises en scène dramatisées, de suspenses factices et de jeux de rôles politiciens, cette réponse européenne concoctée dans la douleur ne résista pas aux égoïsmes nationaux même si le navire SOS Méditerranée qui a fini par accoster à Malte a partagé son fardeau. La France d’Emmanuel Macron hérita d’une quarantaine d’immigrés sur 141 que comptait l’ensemble des candidats.

Étrangement cette issue relativement heureuse ne signe pas la fin du calvaire européenne sur la crise migratoire. La posture d’Emmanuel Maçon reflète un déchirement entre deux approches. La première est de céder aux sirènes d’ouverture et de substituer In fine les ports français aux ports grecques et italiens. Cette situation aura la particularité de créer un gigantesque appel d’air qu’une opposition de droite et d’extrême droite à l’affût de la moindre faiblesse gouvernementale sur le sujet ne manquera pas d’exploiter.

La seconde est de rester ferme dans son refus au risque de choquer une certaine gauche française attachée aux valeurs humanitaires de l’accueil des damnés de la terre qui ont historiquement trouvé refuge aux pays des droits de l’homme. Cette attitude a le mérite pour Emmanuel Maçon d’anesthésier les oppositions et d’éviter un scénario cauchemardesque à l’italienne. La séquence est d’autant plus sensible que Macron entame une année électorale où les élections européennes auront des chances de jouer le rôle des « Midterms » américaines. Une sanction à mi mandat ou une relance sérieuse d’un second mandat.

Dans les solutions envisagées pour lutter contre les répercussions de cette crise migratoire, il y a bien entendu la nécessité absolue de reconstruire la digue libyenne par l’encouragement d’un processus de réconciliation politique et la réformation d’un pouvoir central, mais il y a aussi l’indispensable urgence d’établir une nouvelle politique de coopération avec le Maroc, pays africain et Méditéranéen à travers lequel les candidats à l’immigration sont tentés par l’aventure de cette traversée souvent mortelle.

La dernière rencontre au sommet entre Espagnoles et allemands au cours de laquelle la chancelière Angela Merkel et le Premier ministre Pédro Sanchez ont décidé d’accorder une aide au Maroc pour lutter contre ce phénomène fut considéré comme un important signal de prise de conscience européenne. Le communiqué à l’issue de cette rencontre fut limpide : « Sanchez et Merkel ont convenu de transmettre à la Commission européenne la nécessité d’une plus grande implication financière dans le Fonds fiduciaire européen pour l’Afrique, d’où proviennent les fonds destinés spécifiquement au Maroc pour le contrôle des frontières ».

Il est à parier que cette problématiques migratoire avec ses conséquences sécuritaires et politiques et le rôle que pourra jouer le Maroc en tant que pays africain le plus proche de l’Europe sera au cœur de la visite d’Etat que compte effectuer qu’Emmanuel Macron au Royaume prévue dans le dernier trimestre de cette année.