Philosophie juive et pensée scientifique : Démonstration-Expérimentation-Réfutation

Dans un blog précédent, je disais être l’enfant spirituel de Jérusalem et d’Athènes, car j’avais hérité de la première le sens de la Justice, et de la seconde celui de la Raison.

Pourtant, il existe aussi une philosophie juive qui a largement contribué à l’Epistémologie, soit la philosophie des Connaissances, qui se préoccupe d’établir ce qu’on peut affirmer qui soit vrai.

Elle est liée à Karl Popper, d’origine juive autrichienne, qui a développé la notion de Réfutation, à la base de la conception actuelle de la vérité scientifique.

Une démonstration suffit-elle à agrandir la véracité d’une théorie scientifique, comme le prévoient les théories de la déduction ? Non : si elle est démontrée par le raisonnement, mais infirmée par les faits, la théorie doit être abandonnée.

Alors, une expérimentation suffit-elle, comme l’affirment les théories de l’induction ? Non : si de multiples expériences sont concordantes, mais qu’une seule observation contredit une théorie, elle doit être abandonnée.

Le contrôle par l’expérience est donc une condition nécessaire, mais non suffisante, pour l’établissement d’une vérité scientifique. Car mille observations valent moins qu’une seule réfutation.

En quoi une théorie que l’expérimentation confirme n’est vraie qu’aussi longtemps qu’aucune nouvelle observation ne l’infirme. Inversement, une seule réfutation suffit à invalider une hypothèse.

Ce qui permet de dire :

1/ une théorie n’est vraie qu’aussi longtemps qu’elle n’a pas été réfutée.
2/ toute vérité n’est que provisoire, et jamais définitive. Une vérité n’est valide qu’aussi longtemps qu’elle n’a pas été réfutée.
3/ seul le caractère réfutable d’une théorie en établit le caractère scientifique, car si un dogme est irréfutable (car on ne peut le contester), une théorie n’est scientifique que si elle peut être réfutée et contestée.

Par conséquent :

1/ le doute est toujours respectable.
2/ les réponses définitives n’existent pas.
3/ les questions importent plus que les réponses, car les réponses sont fermées alors que les questions sont ouvertes.

N’est donc pas scientifique ce qui est démontrable, ni ce qui est expérimentable, mais seulement ce qui est réfutable.

Ne retrouve-t-on pas ce droit de discuter toute affirmation dans le Talmud ?

Cette philosophie du questionnement, omniprésente dans le Talmud, était déjà contenue dans le Refus de l’Idolâtrie, premier grand commandement divin, qui par définition impliquait le rejet des dogmes et la Liberté de Pensée.

En quoi, le scepticisme et le doute, la contestation et le questionnement sont communs à la pensée juive et à l’esprit scientifique.

En quoi aussi, les fausses certitudes des Haredim sont contraires à l’esprit fondamental du judaïsme, qui autorise en principe toutes les remises en question et permet la Liberté de Pensée.

Il existe une vieille blague juive qui peut être adaptée de la manière suivante :

Quels sont les grands noms juifs dans l’histoire de la pensée ?

Moïse disant que tout est dans la Loi ?
Jésus disant que tout est dans l’Amour ?
Marx disant que tout est dans le Capital ?
Freud disant que tout est dans le Sexe ?
Spinoza disant que tout est dans la Nature ?
Einstein les mettant tous d’accord en disant que tout est relatif ?
… Et Popper disant que tout est réfutable, et qu’on peut tout contester ?

Cette liste est évidemment provisoire elle aussi et, suivant les circonstances, ils ont tous raison et tort à la fois, puisqu’aucune réponse n’est définitive.

à propos de l'auteur
Docteur en Médecine, chirurgie et accouchements, Albert est spécialiste en Gynécologie-Obstétrique. Il est aussi membre de plusieurs sociétés scientifiques et membre honoraire des hôpitaux de Bruxelles. Il habite à Tel Aviv, consulte à Bruxelles.
Comments