Commençons par définir les deux notions que sont la Philosophie et la Religion.

Philosophie : Exercice de la raison qui repose sur le doute, et l’acceptation d’une idée après vérifications de différentes hypothèses.

Religion : Ensemble de croyances et de rites fondés sur une révélation reconnue et acceptée. C’est un postulat.

Selon cette définition, les monothéismes sont donc des religions, ils ne sont pas pas des philosophies, ni des « entre-deux » comme peuvent l’être par exemple le Bouddhisme ou le Taoïsme.

Le courant de pensée monothéiste est par naissance incompatible avec les questions : Dieu existe t’il ? Qu’est ce que le bien ou le mal ? ou encore, il y a t’il UNE vérité ?

Questions que chaque philosophe, et même chaque homme, est en droit de se poser…

La pensée monothéiste est par nature totalement étrangère à ce genre d’interrogations, parce qu’il y a impossibilité de séparer la Création d’un Créateur.

Pour elle, Il y a UNE vérité qui est qu’il y un a Dieu, Il a créé le monde, Il définit le bien et le mal, tels qu’inscrits dans la Loi qu’Il a inspirée à un prophète, qui l’a lui-même transmise aux hommes.

Il lui est de ce fait impensable d’imaginer un monde qui serait né d’un hasard ou de circonstances fortuites. Ou même d’accepter une évolution Darwinienne qui ramènerait l’homme à sa simple animalité, cousin du singe, et séparé de lui par simple adaptation au milieu dans lequel il a évolué.

Toute la pensée monothéiste se fondant sur la base d’une acceptation d’un Créateur de toutes choses, il n’y a donc aucune nécessité à chercher d’autres explications à la Création du monde et de l’humain.

Voila donc le postulat, point de départ incontournable à toute recherche existentielle.

Je parle bien entendu de la pensée intrinsèque au monothéisme, et non de chaque fidèle en particulier. Je sais qu’il y a eu des philosophes croyants (croyants philosophes) et que certains d’entre eux occupent une place conséquente dans l’histoire de la philosophie…

Il n’est pas question pour moi, ici, de dénigrer en quoi que ce soit ladite philosophie, pour laquelle j’ai une vive attirance. Elle m’est nécéssaire pour mieux penser, mieux vivre et certainement pour mieux être.

Toutefois, je veux tenter d’expliquer pourquoi, malgré son importance, cette dernière demeure confinée dans les bibliothèques et les salles d’études, alors que chaque jour des milliards d’humains prient leurs dieux respectifs et les invoquent pour toutes sortes de doléances.

Car, il est tout de même difficilement discutable que le nombre de fidèles est infiniment plus élevé que le nombre de disciples. Et Il me parait juste de le souligner, et nécessaire d’en comprendre les raisons.

J’en vois au moins trois principales qui peuvent expliquer ce désintérêt, voire cette répulsion.

La première est que la philosophie est le contraire même du postulat. Elle s’enorgueillît de privilégier les questions, toutes les questions. Elle les favorise et les encourage. Aucune n’est illégitime, et toutes doivent être débattues. Même celles sur l’existence de Dieu, de la place de l’humain et donc de soi-même, de la nature du bien et du mal et du bien-fondé de LA vérité. Et surtout, en tout, il est bon de douter.

A l’inverse, la religion prend le parti de donner des réponses aux questions existentielles. Elle propose un chemin de réflexions, elle guide la recherche du sens de la vie vers un but précis. Les questions sont souhaitables à condition qu’elles ne dénaturent pas le postulat. Quant au doute, il doit être combattu, surmonté, car il empêche l’adhésion salvatrice.

En simplifiant un peu, on pourrait dire que la philosophie favorise les questions, tandis que la religion préfère les réponses.

Ce faisant, les religions servent mieux les attentes du plus grand nombre que la philosophie ; qui a plutôt tendance à approfondir les questionnements, voire à les compliquer. Un peu trop, peut-être, pour la grande majorité des gens, qui se suffisent d’explications simples pour contenter leur quête intellectuelle, et les interrogations qui les habitent.

Pour cette majorité, la philosophie est trop abstraite. Elle demeure en dehors des contingences journalières. Elle ne possède pas de rites. Elle ne définit pas de pratiques à suivre, ou de lieux de réunions propices à son exercice. En fait, elle demeure un pur exercice intellectuel, elle n’est pas « palpable » au quotidien.

La religion pour sa part intervient directement dans le quotidien du fidèle. Elle lui enseigne des lois, des pratiques, des croyances et surtout des valeurs. Elle construit des bâtiments pour se réunir, elle définit des horaires pour prier en commun et des dates qui sacralisent certains jours. Elle est « palpable » à chaque moment de la vie du fidèle…

La deuxième principale raison, qui me parait cruciale, est que la philosophie s’adresse à l’intelligence de l’homme, tandis que la religion privilégie sa conscience. Et c’est là aussi, un grand avantage de la seconde sur la première.

En effet, si chaque humain, même le moins érudit, peut se prévaloir d’avoir une conscience, le goût pour les spéculations intellectuelles et les jeux de l’esprit ne concernent qu’une petite partie de l’Humanité.

Seuls les esprits très curieux se divertissent de la spéculation des idées, et de la sophistication ou la contradiction des avis. Alors que tout un chacun possède le besoin de distinguer le bien du mal, la bonne action de la mauvaise et la saine attitude de la malsaine.

Car cela n’est pas toujours simple. Et tant mieux si pour y parvenir, on peut se reposer sur des enseignements pratiques, concrets, qui ne nécessitent pas trop d’efforts de réflexions, comme ceux que propose la religion. Même si celle-ci n’est pas toujours compréhensible ou comprise par le fidèle, en tous cas elle le rassure car elle est reconnaissable, identifiable. Tandis que la philosophie toujours prompte à tout redéfinir n’est pas évidente à cerner…

La troisième raison me parait la plus importante. La religion apporte de l’espoir !

Face aux douleurs de l’existence terrestre, elle réconforte et console les fidèles. Il y a « quelque part » une justice et une récompense. Ceux qui font le mal, qui agissent sans se préoccuper du sort de leurs entourages, seront punis tôt ou tard. Si ce n’est pas par la justice humaine, ce sera par la Divine. Alors que ceux qui font le bien, seront reconnus et récompensés. Si non par les hommes, du moins par Dieu.

La philosophie sur ce terrain reste totalement démunie. Elle n’est d’aucun réconfort, car elle ne promet aucune justice immanente…

Ces trois raisons (qui ne sont pas les seules) se confondent en s’ajoutant les unes aux autres, et sont largement suffisantes pour expliquer le désintérêt de la plupart des humains pour la philosophie.

Ce sont elles qui expliquent le fait que des milliards de gens se lèvent tous les matins en priant, en remerciant, en louant leurs Dieux, alors que les philosophes, même les plus grands, ne sont lus ou écoutés que par une infime minorité de gens.

Il est donc indiscutable que la religion agit et influence beaucoup plus l’Humanité que la philosophie.

C’est pour cela que j’ai beaucoup de mal à comprendre ces philosophes qui se proposent de « remplacer » la foi par la raison, et qui suggèrent qu’un « existentialisme » ou qu’une « athéologie » seraient plus profitables à l’Humanité en la rendant plus adulte.

Comment ne voient-ils pas ce qui crèvent les yeux ?                          

Que l’on n’a jamais vu un amoureux de la philosophie invoquer Platon, Descartes ou Spinoza pour lui demander d’améliorer son quotidien ou combler ses désirs. Qu’aucun philosophe n’a réellement soulagé les peines ou apaisé les coeurs de millions de personnes… Chaque jour.

Quel philosophe invoque t-on dans les moments de détresse, de deuils ou de pertes tragiques, d’une vie souvent cruelle ? Et surtout quel philosophe peut amoindrir la douleur et les larmes d’un enfant à qui le monde montre parfois son pire visage ? Peut-on le consoler en lui citant Sartre ou Jankelevich ? Evidemment non…

Il est bien plus efficace pour soulager sa douleur et sécher ses larmes de lui promettre que Dieu lui viendra en aide, et va lui offrir un avenir meilleur. Ou encore que ses parents disparus veillent sur lui depuis le ciel, en compagnie d’anges, et le protègent encore.

Aucune idée « raisonnable » ne pourra jamais avoir cette force de réconfort. Et toute la sagesse du monde ne remplacera jamais la Foi…

Cette même foi qui est commune aux trois religions monothéistes, qui répresentent aujourd’hui presque 40% de l’Humanité, et dont les fidèles prient, invoquent, louent et se réfugient dans le Dieu UN et Unique, Créateur de tout, omniscient et omnipotent.

Ce Dieu que la religion d’Israël a révélé au monde, et qui demeure un défi de taille pour tout philosophe, parce qu’Il résiste depuis plus de 3500 ans à toutes les avancées scientifiques et intellectuelles de la modernité…

Mais avec ou sans dieux, les hommes aiment à se réunir et se sentir appartenir à un groupe, un ensemble. Tropisme issu sans doute de l’instinct grégaire qui nous rappelle sans cesse que nous sommes aussi des animaux.

Cette expression de notre animalité provoque notre besoin de nous réunir, mais parce que nous ne sommes pas seulement des animaux, nous devons aussi assouvir notre âme. C’est dans la religion que nous le faisons.

Cette religion dont l’importance n’a pas échappé à Napoléon Ier et qui lui fait dire : « Les hommes peuvent se passer de dieux, mais ils ne peuvent pas se passer de religions ».

Qu’il me soit permis d’ajouter qu’ils peuvent aussi se passer de philosophie…