Durant les élections législatives de 2013 en Israël, Shelly Yachimovich décidait de mener une campagne axée sur les inégalités sociales plutôt que sur les vicissitudes du conflit israélo-palestinien. La défaite fut amère pour le Parti travailliste, mais la candidate indexait à juste titre un mal qui gangrène Israël, héritière de décennies de politiques libérales : la pauvreté.

Selon les indicateurs internationaux, Israël n’est pas un pays pauvre. Toutefois, Yachimovich soulignait – et à raison – que sa société vit un malaise social sans précédent. De l’étranger, le mouvement des Indignés en 2011 et 2012 a été très peu couvert par les médias, de même que les grèves massives et répétitives depuis des années ne semblent guère les intéresser.

Peut-être, les agences de presse ne sont pas habituées qu’il émane d’Israël un conflit sans arme, mais la situation sociale y est explosive, de même qu’elle concerne davantage le quotidien des Israéliens que le funeste décompte réactualisé en période de troubles. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Selon l’OCDE, le taux de pauvreté en Israël serait de 20,9 % en 2011, contre 15,01% en 1995. L’évolution est telle, qu’elle classe l’État hébreu au premier rang des pays les plus inégalitaires membres de l’Organisation.

Car l’immigration russophone, les ultra-orthodoxes et les arabes israéliens figurent sur le podium inversé des populations les plus paupérisées, on peut y voir un certain lien de causes à effets sur les intentions de vote.

À  l’exception des Arabes israéliens qui, majoritairement, boycottent le scrutin, une part significative de l’immigration russophone et des ultra-orthodoxes cautionnent les politiques « musclées » de ces partis à la droite, voire à l’extrême-droite, de l’échiquier politique israélien.

Au-delà de l’idéologie, des croyances bien ancrées, ces électorats sont réticents à toute aide substantielle que l’État providence pourrait offrir aux Palestiniens. Bien que la pauvreté soit un terreau fertile au Hamas qui, dans bande de Gaza (à titre indicatif, le taux de pauvreté y est de 37,6 % selon le Palestinian Central Bureau of Statistics), s’immisce dans les vies, puis dans les esprits, à l’aide d’une philanthropie insidieuse, l’idée d’une guerre économique au Hamas, contre compensations aux Palestiniens, est rejetée d’emblée par une droite qui manipule fort bien le thème de la concurrence des exclus.

Suffirait-il de combler l’écart entre riches et pauvres pour que la société israélienne cesse de soutenir un nationalisme revanchard et va-t-en-guerre ? À mon humble avis, la situation est plus complexe. Toutefois, la pauvreté, l’exclusion sociale et le déni de ces réalités par toute une frange de la classe politique israélienne constituent là des variables importantes.