Mes camarades, les anciens, me consolèrent, en me disant que ce n’était qu’une question d’habitude.

Quand arriva mon tour de travailler la nuit, ce fut encore plus pénible. C’est vrai, on était à l’abri, à l’intérieur, il faisait chaud, à cause des tuyaux de vapeur courants au sol, mais la panique de « rater » le pesage des poudres et des conséquences qui en résultaient, nous stressaient et nous tenaient en éveil.

Si on mettait un peu plus de poudre, la presse se dilatait et sautait et déformait le bloc de dynamite qui sortait du four : SABOTAGE ! Le bloc allait à la récupération, et la presse devait être changée. Perte pour l’usine, et pour l’économie allemande.

Ces « accidents », étaient vite réprimés par une distribution de coups de bâton à nœuds. On connaissait toujours le responsable de ces « actes », puisque nous avions, chacun, nos presses.

Si cela arrivait trop souvent, il y avait une autre punition : se retrouver dans la pièce où l’on concassait les blocs de poudre défectueux, ou qui n’avaient pas les mesures exactes.

Le civil allemand, qu’on avait en face de nous, et qui s’occupait de la mise en presse des casiers remplis, mesurait avec un compas fixe, tous les blocs sortant du four, et tout ce qui n’était pas conforme, était rejeté dans des seaux pour le concassage.

Le travail, au « michung », dans cette pièce où l’on récupérait les blocs non conformes, ressemblait à un bain turc. Le nuage de poussière, dégagée par le broyage qu’on y effectuait, tuait les gens encore plus vite. Après une journée de travail, on sortait de là avec les poumons desséchés et on toussait et crachait à longueur de journée, et de nuit.

Le bloc qui sortait de la presse à vapeur, mesurait entre 4 à 6 cm, appelé le  » schpringköerper « , se glissait dans les grenades fabriquées dans la même usine, à un autre niveau, au laquage.

Cette fabrique, construite en plein bois, n’était pas un seul bâtiment. Tout avait été prévu, il y avait plusieurs bunkers, séparés les uns des autres, pour éviter les incendies en cas d’explosions.

Les toits étaient recouverts de gazon artificiel, pour donner le change à l’aviation ennemie. L’intérieur de l’usine, était sillonné de route, pour permettre les livraisons et chargements.

La sortie du matin, après le travail de l’équipe de nuit, était toujours assez spéciale. Cet air frais et froid, à 6 h, nous donnait un coup de fouet, et nous réveillait.

Après le contrôle des gardes de l’usine (pour voir si nous avions emporté quelque chose) on arrivait au camp et on avait droit à notre bol d’erzatz de café tiède. Après, on allait au lit. Parfois, on était « cueillit  » pour une corvée dans le camp ; question de chance.

Notre ration de pain et de soupe, nous était donnée avant de partir travailler. Evidemment, les deux autres semaines nous faisions les équipes du matin, et de l’après-midi. Le plus dur, c’était la nuit. Partir du camp, après 21h, après son repas et œuvrer devant cette poudre malsaine et nuisible jusqu’à 6h du matin et surtout ne pas relâcher son attention pendant une minute à la pesée, était une obsession.

Nous avions aussi droit à une pause, puisque tout s’arrêtait et que le travail se faisait à la chaîne. La sirène sifflait surtout la pause pour les civils allemands, par pour nous, mais nous en bénéficions indirectement.

Cette demi-heure de repos, était la bienvenue, et on la passait à dormir et à se reposer.

Le dimanche soir, les équipes changeaient de régime en alternant. Nous étions tous réunis sur la place d’appel et le Judenaelsterste Horoncyck demanda 15 volontaires pour un travail plus dur, mais à l’extérieur, à l’air libre. Nous étions encore en période d’hiver et personne n’avait envie de quitter les bunkers chauffés. Même si on savait que ce travail était des plus nuisibles.

Dans les camps, avec l’expérience acquise, les prisonniers avaient compris qu’il y avait toujours un danger d’être volontaire pour un travail quelconque. On disait, en blaguant, que tous les volontaires étaient morts en 1914-18. Et, il n’eut aucune réponse.

Voyant qu’il n’avait aucun succès avec cette proposition, le chef du camp s’énerva et déclara qu’il les choisira lui-même !

Et qui fut sorti du lot le premier ? Moi. Il y avait bien 2.000 hommes sur cette place d’appel et j’eu la malchance d’être le premier choisi.

Evidemment, par rapport au « physique » des autres prisonniers décharnés et squelettiques, nous les hommes venus de l’herholungs lager avions bonne mine et étions apte à faire un travail plus dur.

Et c’est ainsi que fut crée le « kolenkommando » composé de 15 hommes, pour le déchargement du charbon qui alimentait la chaudière de l’usine et fabriquait la vapeur pour faire fonctionner les presses.

A suivre…