Après la chronique du Rabbin Sitruk sur Radio J le 3 juin dernier, nombreux sont ceux qui se sont indignés des propos tenus par ce rabbin.

Quelques jours plus tard, et sans rapport avec la chronique du Rabbin Sitruk, un odieux attentat homophobe a touché les Etats-Unis et comme bien d’autres, j’attendais que le Rabbin Sitruk revienne sur ses paroles.

Pour ceux qui n’ont pas entendu cette chronique, je vous conseille de l’écouter :

Ainsi il déclare à propos de de la Gay-Pride qui se déroulait à Tel-Aviv : « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité », de plus « la Gay Pride de Tel-Aviv rabaisse au rang le plus vil Israël ». Il évoque « une initiative de tentative d’extermination morale du peuple juif. ». Il termine en disant : « j’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ».

Le site Beuzz Feuj relate qu’en 1996, le Rabbin Sitruk avait déclaré dans le Figaro : « Accepter que des couples puissent se constituer autrement que dans la relation conjugale d’un homme et d’une femme, c’est aller contre l’équilibre naturel établi par Dieu. Sous couvert de démocratie, notre société tend à légiférer selon l’évolution des mœurs. […] Lorsque l’homme porte atteinte à la nature, il porte atteinte à Dieu et à lui-même ».

Vivant dans un pays où chacun a le droit de s’exprimer, j’ai posté sur Facebook mon désaccord avec le Rabbin Sitruk et mon souhait qu’il retire ses paroles après les attentats d’Orlando.

« Avec de tels juifs…on se demande si l’inquisition n’était pas justifiée » (message reçu d’un membre de la communauté)

J’ai été stupéfait par les réactions de haine et d’intolérance de certains membres de la communauté juive à mon égard. Ainsi je devais me convertir au christianisme, j’étais un traitre, un anti-israélien qui crachait sur Israël, je n’étais pas digne d’être juif. Une personne a même écrit : « Avec de tels juifs…on se demande si l’inquisition n’était pas justifiée » et j’en passe.

En lisant tous ces chaleureux propos, je me suis posé la question : le judaïsme est-il intolérant ou est-ce seulement le fait de certains qui se disent pour la plupart religieux ?

Le Grand Rabbin Guigui (Grand rabbin de Belgique) nous enseigne que « la tolérance consiste à traiter avec bienveillance ceux et celles qui professent des idées différentes ».

Le Rabbin Itzhak Louria rappelle que dans la tradition kabbalistique la notion de « tsimtsoum » désigne la contraction de la divinité sur elle-même, contraction qui eut pour effet de dégager un certain espace intermédiaire. Dieu s’est replié sur lui-même pour laisser la place à l’espace et à l’homme. Ainsi nous comprenons le vrai sens de la tolérance : laisser de la place à l’autre pour lui permettre d’être lui-même.

Nombre de penseurs Juifs se sont posé la question : pourquoi Dieu créa-t-il un seul homme à son image ? Le Rav Guigui répond ainsi « quelles que soient les différences physiques ou morales, il existe une parenté originelle entre les hommes. » Ainsi, pour lui : « affirmer une supériorité, créer une discrimination, c’est s’élever contre la Bible qui donne à l’humanité un père commun. »

Nous comprenons donc que la tolérance n’est pas une mode ou une concession, elle est une exigence de la foi.

La liberté de pensée, même si elle diffère du dogme, est attestée dans une ancienne source midrashique 

Avons-nous le droit de critiquer les positions d’un Grand Rabbin ? Si beaucoup ont écrit que les paroles du Grand rabbin sont « paroles d’évangile », je souhaite explorer avec vous certains textes qui traient du sujet :

La liberté de pensée, même si elle diffère du dogme, est attestée dans une ancienne source midrashique :

Le Midrash Rabba (nb 21) enseigne que lorsque Moïse était sur le point de mourir, il s’adressa à Dieu en ces termes : « Créateur de tous les univers, Tu connais l’esprit de chaque homme, et Tu sais que l’esprit d’un homme ne ressemble à l’esprit d’aucun autre homme. Maintenant que mon heure est venue de me séparer de mon peuple et que ce sera Ta volonté, Seigneur, si Tu T’apprêtes à leur nommer un chef, choisis un homme prêt à tolérer chacun d’entre eux conformément à son esprit particulier. »

Et c’est pourquoi Dieu est appelé « Dieu des esprits de toute chair » et non « Dieu de l’esprit de toute chair. » 

Le Rabbin Guigui écrit à ce propos que : « cet extrait du Midrash nous enseigne non seulement la reconnaissance et le respect de la diversité des esprits des êtres humains, mais, chose significative, que les chefs de l’époque doivent gouverner leur peuple de telle sorte que cette diversité puisse se manifester effectivement et être autorisée à se déployer sans entraves. » 

OUI, un rabbin peut se tromper et il est de notre devoir de le dire. Bahya Ibn Pakuda a comparé les croyants qui ne se posent pas de questions et qui ne pensent pas à « un groupe d’aveugles qui ne peuvent avancer qu’en se tenant l’un à l’autre par la main, et tous aveuglement dépendent de l’unique voyant qui guide la file. »

Eric Gozlan