A l’inverse de Manuel Valls, François Hollande ou Laurent Fabius refusent de parler d’attentats « islamistes ».

Pourquoi ce choix ? On ne parle pas de « catholistes » ou de « christiannistes » pour designer des extrémistes qui invoqueraient Jésus.

Dans islamiste – qui ressemble tant à islamique – l’on entend « islam » et certains esprits faibles, inquiets ou carrément racistes ne retiendront que cette donnée du problème, comme on a pu l’entendre dimanche à Beaucaire dans le défilé du FN dans un reportage d’Isabelle Dor, correspondante de France Culture à Marseille.

Président encore impopulaire, critiqué dans son propre camp, en panne de bonnes nouvelles économiques mais digne, sobre et efficace dans la crise, François Hollande sait bien qu’il ne peut prendre le risque d’élargir certaines fractures déjà béantes lors que dans plusieurs écoles de France, des enfants n’ont pas voulu observer la minute de silence.

« Dans cette affaire, le premier politique qui l’ouvre a perdu » nous confiait lundi soir un député UMP proche de Nicolas Sarkozy.

Mais ce mardi, l’un de ses collègues parle dans Le Figaro. Laurent Wauquiez numéro 3 de l’UMP demande à « l’Islam de France de faire le choix de la République ». De quoi, de qui parle-t-il ? Du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) ? Une coquille un peu vide pour une religion qui n’a pas de clergé hiérarchisé mais qui existe bel et bien installée par le ministre de l’intérieur et des Cultes Nicolas Sarkozy en 2003.

S’adresse-t-il à Dalil Boubakeur, aux imams de Bordeaux ou de Drancy qui ont dénoncé toute forme de violence ? Ou bien demande-t-il aux millions de musulmans de France de faire le choix de la République comme si cela n’allait pas de soi ? Ce serait alors un pré-supposé abject, digne de l’essayiste Ivan Rioufol qui demande sur RTL à une autre essayiste Rokayah Diallo de se « désolidariser » des terroristes laissant sous entendre qu’elle serait a priori solidaire avec eux !

Interpeller ainsi l’islam de France, c’est prendre acte qu’il y a une communauté musulmane monolithique et préparer le terrain à l’amalgame alors que les actes anti-musulmans explosent (54 en 21 lieux différents depuis mercredi selon le CFCM).

Pour le chercheur Olivier Roy dans Mediapart ce matin, il n’existe pas de « communauté musulmane » et si le problème consistait à ce qu’une structure représentative fasse allégeance aux valeurs républicaines, ce serait plus simple, ou en tout cas moins complexe.

Mais là, il s’agit d’individus très souvent nés en France, des convertis parfois, à la fois machines à tuer entrainées au Yémen ou en Syrie et pieds nickelés qui perdent leur carte d’identité, des cagoulés qui veulent devenir célèbres via Facebook YouTube ou BFM TV.

Les dernières tragédies ne sont pas un fait communautaire, elles sont un problème social dans ce que mot a de plus essentiel, une question politique donc, qui exige de tous nos dirigeants de s’affranchir de leurs réflexes, de leurs arrière-pensées et de leur logiciel de pensée habituels.

Chronique du 13/01/2015 sur France Culture