L’antisémitisme qu’est-ce que c’est ? C’est un air diffus…invisible, qui de façon imperceptible modifie les visages… les micros expressions si chaleureuses des visages avant qu’ils « ne sachent ». C’est cette femme mal à l’aise subitement avec vous depuis qu’elle lit vos prises de position ou vos simples partages sionistes sur les réseaux sociaux.

L’antisémitisme, c’est ce voisin à qui vous dites sur un ton des plus uniformes que vous travaillez aussi en Israël et qui vous dit que lui aussi il « en connaît « un ». Un juif.

Oui, parfois, on en est encore là. C’est une mère qui défend bec et ongles ses origines mais qui vous somme de vous taire, de faire discrètes vos positions sur Israël et l’antisémitisme, afin que les menaces d’agressions qui pèsent sur vous ne pénalisent votre famille.

Taire qui on est. Taire ses convictions. Que vaudrais-je alors comme Etre humain ? Raser les murs… toujours raser les murs…siècles après siècles.

Pays après pays. Baisser la voix lorsqu’on dit le mot juif dans un environnement laïque ou redresser fièrement la nuque et dire plutôt « je suis israélite »…

Pire, voir votre interlocuteur s’y reprendre à 2 fois pour prononcer le mot juif » et ….pathétique ; baisser la voix ou se rapprocher de vous pour prononcer le fameux mot si radioactif…

Et puis il y a eu les attentats.
Et puis il y a eu les attentats frappant Charlie, le Bataclan, l’hypercacher, l’église, la Belgique etc… On s’est subitement rendu compte de l’immense carence de la France, de l’Europe face aux actes terroristes. On a cherché des experts en trauma comme moi ou en sécurité anti-terroristes…

Il apparaît que tous les pas dans ce domaine convergent vers Israël. L’unique démocratie connaissant le même sort que l’Europe mais depuis des décennies. L’experte de ce domaine ».

Mais Israël, c’est comme être juif, cela semble irradier. Alors qu’on présente cet Etat comme criminel depuis des décennies, comment modifier l’immense a priori, l’immense croyance qui règne contre ce pays ?

Un très léger mouvement s’amorce.
Très timidement, les médias ont commencé à relayer de-ci, de-là, une information positive sur Israël ; on prétexte la gay pride à Tel Aviv, on prétexte une innovation technologique… mais qu’importe, après des décennies d’informations partiales on en parle positivement. Parfois. Un peu.

A peine certes et du bout des lèvres. Néanmoins, j’ai la conviction qu’il s’agit d’un frisson, des prémisses d’un changement. Et qu’importe pour moi si cela surfe sur la vague terroriste. Seul compte le changement de perception.

Et je le constate autour de moi, très lentement, comme le ferait un gigantesque paquebot, un très léger mouvement s’amorce. Je crois naïvement et présomptueusement peut-être aussi, qu’il m’appartient parce que je suis de confession juive et que je me sens une âme sioniste, qu’il m’appartient de peser pour renforcer cette amorce de mouvement.

Je sème.

En semant (Oui encore..), en semant le changement. Cela demande un certain cran dans le contexte qui est le nôtre mais au quotidien, sans prétention, sans emphase, factuellement, hors des considérations religieuses. Semer simplement au détour d’une conversation ce qu’est la vie concrète des israéliens.

Semer l’information réelle et non racoleuse et « désinformante » des medias nationaux. Évidemment pour semer ce changement, vivre de façon communautaire voir sectaire n’est pas aidant.

Parce que pour transmettre, il faut s’exposer, exposer ses opinions et prendre le risque de sortir de sa zone de confort. Oser être juif aux yeux de tout un chacun.

Nous sommes nombreux à déclamer nos convictions sionistes et politiques sur les réseaux sociaux. Mais le faire au sein de notre seule communauté est-il pertinent ?

Personnellement, j’évoque Israël essentiellement dans les environnements non-juifs. Confrères, collègues, commerçants, échange d’un jour…

Semer et encore semer tranquillement les faits à défaut de vérité. Semer pour que peut-être les Ora et les Ethan récoltent un monde moins hostile envers Israël, moins intoxiqué par la désinformation.

J’ai vu des regards passer du mépris à l’étonnement

Toujours troublant de voir combien sont sincèrement convaincus les détracteurs d’Israël, qu’il s’agit d’un Etat criminel d’apartheid où on y vit comme sous-loi martiale.

On y envoie nos jeunes combattre alors qu’ils sont encore des « enfants, il y pleut des bombes et les enfants palestiniens sont victimes des balles de Tsahal. Et bien sûr qu’ils vivent dans des bidonvilles..

J’ai vu des regards passer du mépris à l’étonnement. J’ai vu des femmes s’étonner de découvrir qu’Israël n’était pas un Etat « criminel », ou on y voyait musulmans et juifs se côtoyer sur les plages et parfois dans un même lit..

Je sème… Au gré des conversations anodines. Je sème. En tant que parents nous semons des graines dans le cœur et les croyances de nos enfants en espérant qu’elles grandissent.

Mon père.

J’ai 48 ans et la mort récente de mon père, tombé dans un trou de jardin de la négligente Fondation Rothschild à Paris, a fait éclore beaucoup de colère mais aussi un devoir de mémoire. A 14 ans il a quitté le Maroc pour rejoindre Israël. Avec tant d’autres, il a défriché puis semé une terre aride, hostile.

Je crois que nous en sommes là nous aussi. Défricher, détricoter la massive désinformation qui entoure Israël. Je crois que c’est notre tour de semer des graines permettant l’émergence d’une vision plus juste d ‘Israël.

Je me sens là modeste mais néanmoins héritière d’une tradition de pionniers qui œuvrent au changement des croyances. Peut-être est-ce là une autre génération de combat et de pionniers ; plus modestes que nos pères, que nos BHL et Finkielkraut et néanmoins plus accessible et plus nombreux.

Cette fois, je ne crois pas que nous ayons besoin d’un guide pour évoquer la « terre promise ». Je crois que chacun d’entre nous, vous comme moi, SOMMES les guides qui feront découvrir une image plus conforme et juste de notre pays.