Ce que le monde entier aime à Paris, ce sont ses terrasses de café où il fait bon s’attabler en regardant passer les autres. Ce sont ses lieux de spectacle, ses cinémas, ses restaurants, tout un art de vivre nonchalamment et amoureusement.

Paris, ce sont ses chansons, ses petites places, ses filles si belles, ses gars si hardis, son allure primesautière. Mais aussi ses colères, ses révoltes lorsque la liberté et l’intelligence sont muselées.

Le peuple de Paris peut être léger et sérieux, rigolard et triste. Il est un assemblage de si nombreuses provinces et nationalités qu’il serait impossible d’en remonter les multiples sources.

Certains retrouveraient peut-être des ancêtres lutéciens, mais beaucoup plus des originaires du Cantal ou de Bretagne, de Corse ou de l’Ardèche, de Lille ou de Marseille, d’Alsace ou de la Savoie, de Lyon ou de Toulouse ; et encore d’Espagne ou d’Italie, d’Allemagne ou de Pologne, du Proche-Orient ou du Maghreb.

Tous ces hommes et ses femmes « montés » à Paris à une époque ou une autre nous rappellent les vicissitudes de l’histoire et la recherche d’un certain art de vivre. – Moi qui vous écris, je suis né à Paris 14ème un certain 18 novembre (comme aujourd’hui) 1941.

Mes parents étaient Juifs et Turcs, certains de mes grands-parents ou arrière-grands-parents avaient aussi vécu à Bagdad, et encore avant en Syrie, et encore bien longtemps avant en Espagne ! Je ne pense pas être une exception parmi la population parisienne. Je pense même que ce sont les Parisiens de souche qui sont l’exception. Paris rassemble et fédère toutes les origines, religions, couleurs de peau. Son programme commun c’est cet art de vivre que j’ai évoqué.

Vendredi soir dernier, le 13 novembre 2015, c’est tout cela que quelques commandos d’assassins ont voulu détruire, désunir, briser en mille morceaux au sens propre comme au sens figuré.

Ils ont fait irruption dans notre cher Paris, dans certains de ses quartiers où il fait si bon vivre, où, la douceur inhabituelle de cet automne aidant, des jeunes et des moins jeunes goûtaient la fin d’une semaine de travail en dînant aux terrasses de plusieurs restaurants, et où d’autres – venus de province ou de l’étranger, et bien sûr de Paris – assistaient à un concert de rock d’un groupe américain au théâtre Bataclan, boulevard Voltaire.

Ces assassins ont ouvert un déluge de feu au moyen d’armes de guerre dont ils ont vidé les chargeurs sur une population hébétée et impuissante. Ils ont laissé derrière eux 129 cadavres et des centaines de blessés plus ou moins graves. Ils ont crié qu’ils semaient ainsi la mort en réponse à l’action de l’aviation française contre les positions de l’« Etat islamique » en Syrie.

Nul n’ignore les actes et les objectifs de ce dit « état islamique ». Rien d’autre que d’imposer au monde un islam revu et corrigé par les soins d’hommes généralement incultes, violents, cruels, misogynes, assoiffés de conquêtes, nourris d’un esprit de vengeance envers ceux – les Occidentaux – qu’ils appellent les Croisés, en référence bien sûr aux Croisades du Moyen-Age en Terre Sainte.

Aucune morale ne les anime, aucune barbarie ne les rebute. Ils procèdent aux exécutions publiques et horribles de ceux qu’ils jugent infidèles à leur religion. Ils détruisent le patrimoine culturel de l’humanité au prétexte que les vestiges des cultures qui ont précédé l’islam né au 7ème siècle sont porteurs d’idolâtrie. Ainsi ont-ils agi envers Bamias, Tombouctou ou Palmyre. En fait, ils appuient leur autorité sur la terreur qu’ils inspirent.

Le terrorisme psychologique et pratique est leur mode d’action. Ils attirent à leur idéologie des individus vulnérables qu’une propagande fondée sur des arguments naïfs et primaires arrive à persuader. C’est surtout dans les milieux socialement défavorisés qu’ils font le plus d’émules, leur faisant miroiter un djihad assimilé à de l’action humanitaire. Après avoir ainsi formé ces malheureux jeunes garçons et filles, ils les chargent de missions terroristes dans les pays des «Croisés» dont bien souvent ces jeunes sont originaires.

Les attentats de vendredi dernier contre des cibles parisiennes, et heureusement sans résultat au stade de France à Saint-Denis, s’inscrivent dans cette terreur que l’état islamique entend imposer à la France, entre autres.

Car, n’en doutons pas, les terroristes, mêmes s’ils se font exploser, même s’ils sont tués, ne manqueront jamais à l’organisation assassine qui les commandite. Il ne sert à rien de proclamer bravement que nous n’avons « même pas peur ».

C’est faux : nous avons peur, pour les nôtres, pour nous-mêmes. Et ce d’autant plus qu’aucune logique n’anime les commanditaires de ces meurtres massifs, aucun argument ne pourrait parer à ce danger. Nous ne pouvons que redoubler de vigilance et de prudence, qu’accepter les mesures d’exception que le gouvernement est amené à prendre et dont nous savons qu’il ne permettra pas qu’elles contreviennent aux principes fondamentaux de notre démocratie.

Il ne faut en aucun cas que la barbarie triomphe de nos libertés fondamentales et ne nous fasse tourner le dos à nos valeurs républicaines si durement et si chèrement acquises. Face à l’inhumanité de cet ennemi nouveau, la France saura, j’en suis sûr, se défendre en gardant à l’esprit et au bout de ses bras les trois clés de sa devise nationale : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il y a 71 ans, lors de la libération de Paris, le général de Gaulle avait prononcé un discours historique qui commençait ainsi : « Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! »

Oui, le 13 novembre, Paris a été outragé, brisé, martyrisé. Paris se relève déjà tout en pleurant ses enfants sacrifiés sur l’autel de la barbarie.

Espérons que le monde se libère rapidement d’un terrorisme islamiste sans doute aussi dangereux que le fut la « peste brune » des nazis. Il aura été donné à ma génération de connaître les deux. Faisons ensemble que nos petits-enfants et leurs descendants puissent vivre dans un monde réparé, égalitaire et fraternel.

Rabbin Daniel Farhi.