« Parce que ça lui donne du courage, ça lui remet le cœur à l’ouvrage » (Chanson de Mireille et de Jean Nohain)

 Le titre de cette chronique pourrait vous laisser croire que la chanson de Mireille (paroles) et de Jean Nohain (musique) dont nous avons tous en tête la merveilleuse interprétation d’Yves Montand a orienté mes réflexions vers un ton guilleret. Que nenni !

Bien que j’en sois capable parfois… Non, ce titre s’est imposé à moi lorsque j’ai lu dans la presse, à la suite de l’acte d’un « déséquilibré » à Dijon (qui a foncé au volant de sa voiture sur des groupes de piétons en cinq endroits différents de la ville, en blessant treize au total) la déclaration de la procureure : « L’homme reconnaît avoir dit Allahou Akbar mais plus pour se donner le courage d’agir qu’une revendication religieuse ».

Elle a également affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un acte terroriste, mais de « l’œuvre d’un déséquilibré mental », ajoutant que « ce n’était pas quelqu’un qui était très pratiquant ni très religieux ».

Par ailleurs, cette même semaine, nous avons appris qu’un acte identique à celui de Dijon, mais à Nantes cette fois-ci, avait fait un mort et plusieurs blessés.

Enfin (on aimerait que ce soit la fin), des policiers ont été agressés à Joué-lès-Tours. Dans les trois cas, les auteurs de ces actes, qu’on qualifiera comme on voudra, ont crié Allahou Akbar, Allah est le plus grand !

Il est remarquable de constater à quel point les autorités politiques (Président de la République, Premier Ministre, Ministre de l’intérieur) ont immédiatement mis en garde l’opinion publique sur la prudence à observer quant à la qualification de ces différents actes comme pouvant s’apparenter à du terrorisme.

Pour Nantes et Dijon, certains médias ont bien emboîté le pas officiel en parlant de « chauffards » plutôt que de criminels, comme le bon sens l’aurait voulu.

Donc, un homme, porteur d’une djellaba, criant Allahou Akbar (pour se donner du courage !), percutant en cinq endroits différents d’une ville de paisibles piétons, disant avoir « agi pour les enfants de Palestine », n’est ni un terroriste, ni un assassin, mais tout simplement un chauffard comme il en existe tant. Circulez, y a rien à voir !

Je comprends parfaitement que les pouvoirs publics souhaitent baliser un terrain miné et particulièrement sensible. Je comprends qu’ils veuillent empêcher toutes sortes d’amalgames, et même je les suis dans cette démarche.

Je sais très bien que l’islam, ce n’est pas ÇA, et heureusement. Je sais que normalement, l’appel Allahou Akbar est un acte de foi répété plusieurs fois par jour pour tout Musulman croyant, qu’il est une invocation du Dieu unique, notre Dieu commun à nous les enfants d’Abraham/Ibrahim.

Lorsque je l’entends chanter par le muezzin de la mosquée au-dessus du kotel (le Mur occidental) tandis que des Juifs pieux prient au-dessous, je ressens une impression de bien-être et d’amour fraternel.

Mais, mal nommer ou ne pas nommer les choses est aussi dangereux que de se livrer à des amalgames simplistes autant qu’injustifiés. Si l’on dévoie les paroles et les actes, on ne fera qu’envenimer une situation sociale effervescente.

Il faut absolument qu’on ait le courage de la lucidité et qu’on appelle un chat un chat, un terroriste un terroriste. Il faut absolument que les Musulmans de France fassent entendre leur voix pour condamner clairement ces actes qui revêtent les oripeaux d’une fausse foi, d’une foi dégénérée dont le Prophète n’aurait certainement pas voulu !

Quant on cherche à tuer froidement des piétons paisibles, on ne devrait pas pouvoir se réclamer d’Allah, donc de Dieu qui, jusqu’à plus ample informé, est le Père de toutes Ses créatures. הלוא אב אחד לכלנו הלוא אל אחד בראנו מדוע נבגד איש באחיו לחלל ברית אבתינו « N’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trompons-nous les uns les autres en profanant l’alliance de nos pères ? » (Malachie 2:10).

Quand on agresse des policiers dont la fonction est de nous protéger et de faire respecter la loi, pourquoi se réclamer d’Allah ? Et en quoi le faire est-il propre à « donner du courage » ?

Faut-il donc du courage, c’est-à-dire une qualité humaine, pour s’en prendre à des innocents au nom d’un conflit qui ne les concerne pas ?

Concernant ce cri qui accompagne désormais les actes de terrorisme (ou de « déséquilibrés »), voici ce qu’en dit Wikipédia : « Allahu akbar (الله أَكْبَر) est une expression en arabe qui signifie « Dieu est plus Grand ».

Cette formule s’appelle le takbîr (en arabe : تكبير). Elle est parfois mal traduite par « Dieu est Grand » qui se dit en arabe Allahu kabir. Cette phrase est employée par tous les Musulmans dans de nombreuses circonstances : notamment expression de joie et de louange ou par exemple pour souligner les « miracles » de la nature ou la grandeur de Dieu dans les bienfaits tirés de la nature et la soumission de tous les hommes aux lois naturelles (la mort).

Elle peut également faire figure de cri de guerre. En islam, la phrase apparaît dans la prière et elle fait partie de l’appel à la prière (adhân). »

Selon la formule à la mode, il serait urgent de revenir aux fondamentaux, et expliquer le sens de cet appel. Pourquoi les imams et les recteurs de mosquées ne le font pas ? Pourquoi n’entreprennent-ils pas un enseignement systématique des valeurs authentiques de l’islam ?

Cela permettrait que l’une des grandes religions monothéistes d’aujourd’hui ne soit assimilée à des actes qui la déshonorent.

Ce que font les rabbins, les prêtres, les pasteurs dans leurs lieux de culte respectifs, lorsqu’ils décryptent pour les fidèles les grands textes de leur tradition et qu’ils en appliquent l’enseignement à l’actualité, les responsables religieux de l’islam doivent le faire de toute urgence.

Alors oui, Adonaï, Dieu, Allah – ce n’est qu’un – sera grand, et même le plus grand !

Shabbath Shalom, bonne année civile 2015 à tous et à chacun.