Texte dédié à la mémoire d’Alexander Levlovitz, du rav Eitam Henkin et de sa femme Naama, du rav Nehamia Lavie, d’Aaron Benett et de toutes les victimes du terrorisme palestinien. Que D-ieu venge leur sang et apporte consolation à leurs proches.

Il y a un peu plus d’une semaine, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est tenu, pour la septième fois, devant l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York. Une fois encore, il a fustigé « le silence assourdissant » de la communauté internationale face aux menaces iraniennes et à la violence palestinienne (1). Quelques jours plus tard, le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-Moon déplorait la mort de terroristes palestiniens, sans daigner prononcer un seul mot quant à leurs victimes juives (2). Le silence continue… et n’est pas prêt de s’arrêter !

Le rav Shlomo ben Yits’hak (1040-1104), plus connu sous le nom de Rashi, est, entre autres, l’un des plus célèbres commentateurs du texte de la Torah. Son tout premier commentaire sur ce texte, celui qui ouvre précisément notre parasha, est incroyablement actuel. S’étonnant de ce que la Torah, qui est essentiellement un code de lois destiné au peuple juif, débute par le récit de la Création et par une histoire qui, a priori, ne concerne pas directement ce dernier, voici ce qu’il nous dit:

« […] Ainsi, si les nations du monde viennent dire à Israël: « Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres de sept nations », on pourra leur répondre: « Toute la terre appartient au Saint Béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui a semblé (Cf. Jérémie XXVII, 5). C’est par Sa volonté qu’Il les a données à ces peuples, et c’est par Sa volonté qu’Il les leur a reprises et qu’Il nous les a données ! »[…] » (3)

On a peine à croire que ce texte a été écrit en France il y a près de 1000 ans ! Analysant ce commentaire dans son livre Le retour d’Israël et l’espérance du monde, Abraham Livni fait remarquer que Rashi « élimine dès l’abord une lecture erronée et dissidente de la Torah, celle qui tenterait de dissiper la centralité du peuple d’Israël dans la réalisation du Projet créateur, ainsi que son élection en tant que nation. » (4) Cette lecture « erronée et dissidente », c’est d’abord celle du christianisme et de l’islam qui prétendent remplacer Israël, respectivement, dans son lien avec le Ciel et dans son lien avec la Terre (5). Mais je me permets d’ajouter que c’est également la nôtre, lorsque nous agissons comme si notre présence sur cette terre n’avait pas d’autre but que d’y « vivre en peuple libre » (6).

Depuis plusieurs semaines, le terrorisme a repris en Israël, notamment à Jérusalem. Des Juifs sont à nouveau pris pour cibles par un ennemi déterminé à « libérer la Palestine » de toute présence juive. Cet ennemi est incité à agir par les représentants palestiniens officiels (7), eux-mêmes encouragés par la mauvaise foi et l’hypocrisie du monde occidental. Mais cet ennemi est également – et peut-être même surtout – encouragé par nos propres réactions.

Après chaque attentat, nous nous tournons, indignés, vers le monde et nous attendons qu’il réagisse, tout en sachant très bien qu’il ne le fera pas. Après chaque attentat, nous nous précipitons sur les sites d’informations français, anglais ou américains, tout en sachant très bien que les événements y seront relatés avec la mauvaise foi la plus abjecte. Après chaque attentat, nous écrivons des « lettres ouvertes » et des statuts Facebook scandalisés, tout en sachant très bien que ces textes ne changeront rien à la situation.

Peut-être est-il temps de changer de stratégie. Peut-être est-il temps de comprendre que notre légitimité sur cette Terre ne découle ni de la Déclaration Balfour, ni de la Résolution de San Remo, ni du Plan de partage de l’ONU mais bel et bien d’une promesse contenue dans un texte bien plus ancien. Peut-être est-il temps de comprendre que, si promesse il y a quant à la Terre, c’est avant tout parce que nous y avons une responsabilité: celle d’y édifier une société qui puisse être « une lumière pour les nations » (8).

Rashi avait compris, il y a près de 1000 ans, que viendrait un jour où les nations du monde en arriveraient à nier la légitimité de la présence du peuple juif sur sa Terre. Et il nous prévient que ce jour-là, notre réponse devra être ferme et sans équivoque: le peuple juif est revenu sur sa Terre pour y jouer le rôle qui lui est dévolu depuis la Création: « apporter la bénédiction à tous les peuples, tout en respectant leur nature profonde, mais en la purifiant et en les élevant » (9). C’est la seule et unique réponse que nous devons opposer à nos adversaires. Et c’est la seule et unique réponse qui permettra enfin aux nations de reconnaître « que l’Israël qu’elles ont outragé et martyrisé était le seul porteur de l’espérance messianique et du salut des hommes » (10).

Mais pour en arriver là, il importe que nous soyons absolument convaincus de cette réponse. C’est pourquoi je pense qu’il est temps, au lieu de se fatiguer à tenter d’ouvrir les yeux d’un monde qui a décidé de ne pas voir, de concentrer nos forces vers l’intérieur. Faisons en sorte que l’appel lancé il y 10 siècles par Rashi ne reste pas un simple commentaire mais devienne la devise de chaque habitant de ce pays et de chaque membre de notre peuple. Et faisons nôtres ces mots du professeur Benjamin Gross z.l., lancés quelques mois avant son décès:

« Jérusalem continuera à être la lumière du monde et à indiquer au monde entier quelle est la signification de notre retour ici: la lutte pour le judaïsme, mais la lutte, aussi, contre la barbarie et pour le sauvetage de l’Homme » (11).

—–

(1) Voir BBC, 2 octobre 2015
(2) Voir Jerusalem Post, 6 octobre 2015
(3) Traduction Jacques Kohn
(4) A. Livni, Le retour d’Israël et l’espérance du monde, Editions du Rocher, 1989, p. 120
(5) Voir à ce sujet les enseignements du rav Yehuda Léon Askénazi, notamment Le frère d’Ismaël et celui d’Esaü, in La parole et l’écrit, tome 1, p. 286 et suivantes
(6) Selon le texte de la Hatikva, l’hymne national israélien
(7) Voir Palestinian Media Watch, 24 septembre 2015
(8) Selon l’expression du prophète Isaïe (Isaïe XLIX, 6)
(9) Rav Shlomo Aviner, Haftaroth – Pensée juive sur la Haftarah, p. 20
(10) A. Livni, Le retour d’Israël et l’espérance du monde, p. 106
(11) Discours prononcé le 17 mai 2015 à l’occasion de Yom Yerushalaïm