Pantelleria

Jonathan, extrait du ‘’bruit et de la fureur’’ shakespearienne quotidienne, n’arrivait pas  y croire.

‘’Ordre et beauté, luxe, calme  et volupté ’’, l’Invitation au voyage, chère à Baudelaire, proposait sa parfaite expression dans la magie de l’ile de Pantelleria.

Pax. La paix.

Perfetto. Le seul fait de passer à la musicalité vive, chantante, entraînante de la lingua italiana, créait la rupture avec la sonorité brusque, directe, forte, de l’hébreu. Introduisant naturellement au mode apaisé, accueillant, respectueux, de la vie italienne. Au ‘’balagan’’ et à l’élégance mêlés.

Page blanche. L’opportunité soudaine d’inventer chaque journée. Sans l’omniprésence des ‘’Hadashot’’, cette litanie inarrêtable, répétitive, envahissante de l’info, par définition catastrophique. La liberté retrouvée  de répondre à l’occasionnel, de s’ouvrir à la rencontre nouvelle, de découvrir l’inattendu. Sans l’encombrement forcé de l’attention au théâtre politique. Sans laisser prise, pour un temps, au récit ininterrompu des multiples visages d’une  guerre sans fin.

Privilège. Remplacer les divagations obscènes de ministres israéliens extrémistes d’une droite fascisante, les péroraisons pleines de morgues et d’autosuffisance d’un leader politique d’extrême gauche française autoproclamé, par les rafales de vent dans l’arbre aux oiseaux. Par le soleil couchant sur les collines de roches volcaniques. Par les vagues courtes et brusques d’une mer claire, si bleue. Et par le rosé frais qui accompagne le risotto parmesan.

Pasta. L’inévitable. Comment, autrement, réunir autour de la grande table, l’assemblée affamée d’une jeunesse tonitruante, saoule  de soleil, de ballades, de baignades. Mais prête à faire son sort à la large bassine fumante de cannellonis, pennes, macaronis, rigatonis brassés dans la sauce tomate, épicés de thym, soupoudrés de parmesan. Dans un joyeux concert de rigolades, d’accompagnement à la guitare, d’histoires racontées vaille que vaille, avec le complément de pastèques, de raisins nouveaux. La vie, quoi. ‘’La vie est là, Simple et tranquille’’…..

Petit grand livre

Petit Prince. Déjà par lui-même, il nous prend par surprise. Qu’il apparaisse lors de notre découverte  de la magie qu’apporte la lecture, ou lorsqu’on se risque à le relire, plus tard, plus vieux et que la magie se reproduit, différente. Mais là, à Pantelleria, dans cette autre planète, de cuvettes volcaniques, envahies de baobabs, de rosiers, de palmiers, de friches, mais vides de moutons, le Petit Prince prend une dimension renouvelée. Il reste amical, stimulant, mais devient presque sévère. Il nous remet à notre place, dans un univers plus exigeant.

Personnages. Lui qui demande ‘’dessine-moi un mouton’’, sait très bien tracer le contour des personnages rencontrés lors de sa tournée d’étoiles. Le roi dont tous les hommes sont ses sujets. Le vaniteux qui n’entend jamais que des louanges. Le buveur, qui boit pour oublier, oublier qu’il a honte. Le businessman, sérieux lui, qui ne s’amuse pas à des balivernes, qui ne règne pas mais qui possède. L’allumeur de réverbère, qui applique la consigne, la consigne, la consigne. Le géographe qui enregistre, enregistre le non éphémère. Tous, personnages que tous reconnaissent dans la vie courante.

Partage. La surprise de cet homme, sérieux lui, aviateur, occupé, occupé à débloquer ce boulon récalcitrant, devant l’irruption de ce petit bonhomme, à la petite voix, devient aussi la nôtre. La surprise et l’attachement, et puis l’amour de cet aviateur sérieux pour cet enfant, visiteur impromptu, si sage derrière son innocence, si imparablement juste, si adulte réel, engage le lecteur dans le partage d’une vérité poignante.

Pleurs. Le renard apprivoisé par ce Petit Prince si avide d’amitié, avoue qu’il va pleurer  à son départ. Mais il explique aussi qu’il y gagnera, ‘‘à cause de la couleur du blé’’ qui lui rappellera ses cheveux couleur d’or. Saint-Ex, cet aviateur bien ancré dans le sable du désert, tremble pour ce petit être, plus fragile que tout sur terre. Il s’émeut pour sa fidélité pour une fleur, pour l’image d’une rose qui rayonne en lui comme une flamme.

Comme sur la planète B612 où habite le Petit Prince, où il peut rencontrer tout le monde, Saint Exupéry, l’homme enfant, a rencontré, sur cette terre, Pantelleria. De cette rencontre magique, régénératrice, Jonathan retiendra toujours le secret confié au Petit Prince par son nouvel ami, le renard,

On ne voit bien qu’avec le cœur.

à propos de l'auteur
Fort d'un triple héritage, celui d'une famille nombreuse, provinciale, juive, ouverte, d'un professeur de philosophie iconoclaste, universaliste, de la fréquentation constante des grands écrivains, l'auteur a suivi un parcours professionnel de détecteurs d'identités collectives avec son agence Orchestra, puis en conseil indépendant. Partageant maintenant son temps entre Paris et Tel Aviv, il a publié, ''Identitude'', pastiches d'expériences identitaires, ''Schlemil'', théâtralisation de thèmes sociaux, ''Francitude/Europitude'', ''Israélitude'', romantisation d'études d'identité, ''Peillardesque'', répertoire de citations, ''Peillardise'', notes de cours, liés à E. Peillet, son professeur. Observateur parfois amusé, parfois engagé des choses et des gens du temps qui passe, il écrit à travers son personnage porte-parole, Jonathan, des articles, repris dans une série de recueils, ''Jonathanituides'' 1 -2 - 3 - 4.
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