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Où va la France ?

SEMMO n° 37 – Savoir Ecouter les Maux du Moyen-Orient

https://youtu.be/08zaJZrShDk?si=AsbpF8fYEfOFBe2F&t=695
Capture d’écran de « The Taboo room with Aaron S »: Paris October 17th.

La France se trouve ces jours-ci au milieu d’une tempête, dont on ne sait si elle va se calmer ou empirer.

On ne sait pas non plus si cette tempête aurait pu être prévue. Ni, l’eût-t-elle été, si cela aurait permis de l’empêcher.

On ne sait pas si le pouvoir politique, reposant déjà sur une légitimité démocratique très fragile, alors qu’il ne lui reste plus que quelques mois de vie jusqu’aux prochaines élections, parviendra à tenir bon durant ce court délai.

On ne sait pas comment la France sera en mesure de rembourser sa dette, la plus élevée de l‘Union européenne en regard de son PNB, sachant que ses déficits budgétaires se creusent, que les taux d’intérêts auxquels elle emprunte augmentent, et que sa croissance économique est inexistante.

Notre ignorance porte aussi sur la croissance démographique. Doté du taux de fécondité par femme le plus bas qu’il n’a jamais été, on ne sait pas comment le pays va absorber un déséquilibre majeur entre les jeunes générations, les forces vives de la nation d’une part, et les personnes âgées d’autre part.

On sait où se situe la France actuellement, mais on ignore complètement la direction qu’elle va prendre.

Alors, on peut faire des parallèles avec l’Histoire. Elle se répète, il faut bien l’admettre, mais toujours avec une petite différence.

1er parallèle : le choix entre le déshonneur et la guerre selon Churchill.

Tout le monde connaît cette citation attribuée à Churchill au lendemain des Accords de Munich en 1938, accords qui prétendaient apaiser Hitler pour éviter la guerre. Churchill aurait dit en substance : « vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Comme on le sait, cet avis churchillien a été dramatiquement avéré.

En novembre 2023, Emmanuel Macron, Président de la République française, a refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme qui faisait suite aux massacres du 7 octobre 2023 en Israël. Quelques jours après la marche, qui s’était déroulée dans un calme exemplaire, Macron justifiait sa non-participation ainsi : « Protéger les Français de confession juive, ce n’est pas mettre au piloris les Français de confession musulmane ».[i]

Le Président Macron, en novembre 2023, dans une vision manichéenne autant munichienne, avait choisi le déshonneur pour éviter les émeutes. Aujourd’hui, on le sait. Il aura eu les deux.

2ème parallèle : les services de renseignement ne savent pas interpréter ce qu’ils voient.

De nombreux échecs militaires dans l’Histoire, n’ont pas forcément été causés par des échecs du renseignement, mais plutôt par un défaut d’interprétation de ces renseignements : le 11-Septembre, la guerre de Kippour et, en particulier, l’attaque du 7-Octobre.

La France ne fait, aujourd’hui, pas exception. L’ouvrage collectif « Les territoires perdus de la République » a été publié en 2002 sous la direction de l’historien Georges Bensoussan. Après avoir décrit les manifestations flagrantes d’antisémitisme qui gangrènent le système éducatif français exprimés par des écoliers, collégiens et lycéens élevés dans des familles d’origine maghrébine, Georges Bensoussan clôt l’ouvrage par ces mots prophétiques :

« Par ignorance du sujet comme par volonté irénique d’éviter la guerre, on peut craindre qu’on n’en vienne en France à sous-estimer la volonté guerrière de celui qui vous a désigné comme son ennemi. Or, on le sait, c’est l’ennemi seul qui vous désigne. Refuser ce b.a ba de la politique plus de soixante ans après les accords de Munich, c’est aller au-devant de l’affrontement en prenant le risque de l’avoir déjà perdu »[ii].

Au cours de ces 25 dernières années, rien ne peut excuser d’avoir persisté dans « l’ignorance du sujet comme par volonté irénique d’éviter la guerre ». Les faits décrits en 2002 ne se sont pas calmés. Ils ont empiré. Des quartiers entiers, des banlieues dans toute la France ont été vidées de ses Juifs. Les écoles de la République n’accueillent presque plus d’élèves juifs qui se voient obligés, contre leur volonté fondamentale, d’être scolarisés dans des écoles confessionnelles.

La pression antisémite latente provenant de milieux arabo-musulmans aurait pu servir de signe précurseur. La tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012 a été précédée du meurtre de sang froid de soldats français musulmans, des traîtres aux yeux de l’assassin devenu un héros dans les écoles françaises et dans des chansons de rap.  Les attentats de Charlie-Hebdo, du Bataclan, de Nice, ne sont pas condamnés unanimement dans la société française. Mais ces signes n’ont pas su être lus.

La recrudescence de la haine anti-juive en France, dans les heures qui ont suivi le massacre du 7-Octobre, aurait dû aussi constituer un signal d’alarme.

Tous ces signes n’ont pas été compris — ou n’ont pas voulu l’être.

La responsabilité est collective.

Mais par qui ? Les services de renseignement, les politiques français sont-ils seuls responsables ? Ce serait trop simple de croire cela. La responsabilité est collective. Georges Bensoussan est considéré comme un extrémiste pour avoir émis cette mise en garde en 2002. Il a été exclu des cercles de la bien-pensance qui ont tenté de taire sa parole. Au sein du système scolaire, les enseignants qui tentent de dénoncer ou s’opposer au racisme émis par ceux qui en sont normalement les victimes selon les valeurs woke et progressistes, sont exclus, pourchassés, voire poursuivis en justice.

Georges Bensoussan. (Crédit : autorisation)

L’erreur tragique commise en Israël par l’armée, les services de renseignement, le monde politique et la très grande majorité de la population depuis les accords d’Oslo en 1993 jusqu’au 7 octobre 2023 a été baptisée « conceptia », la conception erronée des relations avec les ennemis. On a sous-estimé les cris publiés dans la presse arabe qui appelaient à la destruction d’Israël. On a sous-estimé les voix guerrières provenant des milieux officiels arabes ou de chefs militants. Des spécialistes avertis qui avaient émis des mises en garde avant le 7-Octobre ont été refoulés et disqualifiés comme « extrémistes de droite racistes ». A part quelques exceptions, la société dans son ensemble, refusait de voir l’évidence. Et les services de renseignement, le monde politique, n’ont pas su aller à contre-courant. Le drame s’est produit, et une grande partie de la société s’est réveillée.

Les évènements actuels en France sont-ils suffisants pour susciter une réaction ? Et si oui, quelle réaction ? Si les violences sont croissantes depuis plusieurs années, elles n’ont bien heureusement pas atteint le niveau du massacre du 7-Octobre. Nombreux sont ceux, en France, qui prétendent qu’on s’y dirige.

3ème parallèle : le palestinisme comme prétexte unificateur

À Paris, dès le début des manifestations lycéennes, même quand les revendications officielles ne portaient encore que sur l’emploi du temps ou sur la température dans les classes, les drapeaux palestiniens étaient brandis comme un signe de ralliement universel. Au bout de quelques semaines, après des nuits de violences, de pillages, de lynchages, le drapeau palestinien est toujours là.

Matérialisant la haine de l’ancienne France, celle que la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon est censée remplacer, la revendication palestinienne ne repose sur rien. Sa seule force est l’unité qu’elle créée autour d’elle, celles de tous ceux qui expriment leur opposition au système, au pouvoir, au savoir, au racisme, au colonialisme, et finalement, aux sionistes, à Israël, aux Juifs.

Avec l’autorisation de MEMRI.org
Elias Dimzalène rappelle « d’où vient la Résistance ». Les drapeaux Palestiniens à l’honneur des manifestations violentes en France.

Le drapeau palestinien brandi par ces hordes violentes, n’exprime d’amour pour aucun peuple en quête de liberté.

Il exprime la haine des Juifs et d’Israël, à laquelle une grande partie de l’islam du monde se réfère aujourd’hui. Les exactions du 7-Octobre commises au nom de ce mouvement palestinien viennent alimenter la violence des rues françaises, et pour ceux qui en douteraient, ce drapeau le prouve.

Le résultat est que les magasins appartenant à des Juifs ou à des prétendus Juifs sont visés en priorité par les pillages, selon Paul Amar[iii].

Dalia Ziada est une chercheuse d’origine égyptienne spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient, en islam et en antisémitisme. Selon elle, l’Occident est devenu obsédé par le palestinisme, parce que les idéologues islamiques parmi lesquels Yusuf al-Qaradawi[iv], ont instruit les immigrants musulmans qui s’installent dans les pays occidentaux d’adopter la cause palestinienne.

Cette instruction s’exprime en ces termes : « ce qui unit les musulmans aujourd’hui n’est pas la race, ni la culture, mais la cause. La cause première est celle de la Palestine. Cette cause devra rester la boussole de la conscience islamique jusqu’à ce que [la mosquée d’Al-Aqsa à Jérusalem] soit libérée. » Dalia Ziada explique que al-Qaradwi a demandé à ses millions d’adeptes à créer des groupes de soutiens composés de non-musulmans en faveur de la Palestine pour atteindre l’objectif final du djihad civilisationnel. Selon elle, les pays occidentaux vivent aujourd’hui ce phénomène de manière exacerbée, en particulier par la stigmatisation des critiques de l’islam politique qu’ils accusent d’islamophobie, alors même que l’antisémitisme est rendu acceptable[v].

Avec l’autorisation de MEMRI.org

Les remous qui secouent la France ces dernières semaines, reflètent exactement ce diagnostic de Dalia Ziada : le drapeau palestinien accompagne fièrement tant les revendications scolaires que les violences civiles. Et dans le même temps, alors que l’Eurodéputée militante propalestinienne Rima Hassan est en procès pour apologie de terrorisme, son chef de parti Jean-Luc Mélenchon, candidat à la Présidence de la France, accuse le procureur de la République d’être aux ordres de la « macronie », qui serait elle-même « servile devant les demandes de Netanyahu »[vi].

Les manifestations et les émeutes françaises actuelles englobent le tout : le palestinisme, les accusations d’islamophobie et l’antisémitisme.

4ème parallèle : la question de l’éducation

Avec l’autorisation de MEMRI.org

Les enfants de Gaza sont éduqués à la haine. Les enquêtes portant sur les programmes scolaires financés par l’UNWRA l’ont montré.

Il en est de même des écoles dépendant de l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie. D’ailleurs, Mahmoud Abbas, dans sa lettre à Emmanuel Macron datée du 9 juin 2025, lettre que ce dernier a brandi pour entraîner la France dans l’infâme reconnaissance de la Palestine en septembre 2025, a pris des engagements auxquels même ceux qui croient au Père Noël, ne croyaient pas : organisation d’élections présidentielles et générales dans les 12 mois, suppression du programme de rémunération des prisonniers et « martyrs » palestiniens qui ont attaqué Israël, modernisation du système de gouvernance de l’Autorité palestinienne (comprendre : suppression de la corruption massive).

La lettre s’engageait aussi à « la modernisation du secteur éducatif, y compris la mise en place d’un curriculum dénué de toute incitation [à la haine] qui réponde aux standards de l’UNESCO ». Il faut comprendre par là que la haine des Juifs doit cesser d’être enseignée aux enfants palestiniens.

Bien entendu, AUCUN de ces engagements n’a été tenu sans pour autant remettre en cause la reconnaissance de la Palestine par la France. Une fois de plus, la diplomatie française était humiliée par sa naïveté feinte ou réelle.

Mahmoud Abbas lui-même, le reconnaît donc : l’éducation palestinienne incite à la haine. C’est elle bien sûr, qui a permis l’exécution du massacre du 7-Octobre. Les assassins étaient fiers de dire à leurs parents combien de Juifs ils avaient tué à main nue, comme s’ils rapportaient un bon bulletin scolaire.

Comment ne pas voir un problème d’éducation aussi en France, à travers les mouvements qui secouent le pays actuellement : des lycéens qui se plaignent de journées de travail trop chargées parce qu’elles s’étendent de temps en temps de 8h à 18h00, des pillards qui ne voient pas de mal à faire partir en fumée le fruit du travail d’une vie de petits entrepreneurs, des jeunes qui ne craignent pas de s’attaquer aux forces de l’ordre y compris avec des moyens léthaux. Et puis aussi, l’analyse de Georges Bensoussan de 2002 qui montrait déjà à l’époque, que la haine des Juifs était non seulement largement exprimée par des jeunes musulmans, mais également peu combattue. Combien de générations de jeunes n’ont pas bénéficié de l’enseignement sur l’histoire sur la Shoah prévu au programme mais évité « pour ne pas poser de problème » ? Combien de jeunes s’attaquent verbalement, si ce n’est physiquement, à leurs professeurs en les menaçant de leur faire une « Samuel Paty ». Rappelons que Samuel Paty a été décapité par un jeune musulman parce qu’il avait manqué de respect au prophète Mahommet.

Comme l’éducation à la haine des Juifs dans une très grande partie du monde musulman persiste et repousse la possibilité de la fin de la guerre Arabo-israélienne, les défauts de l’éducation en France portent aussi en eux, les germes de la révolte violente ornée justement des drapeaux palestiniens.

5ème parallèle : l’inversion des valeurs

Les trois années depuis le 7 octobre 2023 nous l’ont montré. L’opinion publique n’est pas rationnelle. Alors que l’intensité cruelle du massacre commis par le Hamas et les civils gazaouis aurait du logiquement générer une vague d’empathie vis-à-vis d’Israël, et une délégitimation du combat des arabes palestiniens, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Ce phénomène irrationnel, qui s’est par la suite hypocritement appuyé sur les effets de la réplique israélienne rendue d’autant plus mortelle que le Hamas expose sa population civile au milieu de ses armes et de ses combattants, avait commencé bien avant cette réplique. Nous sommes en présence d’un cours des évènements entièrement contraire à la logique. Même si les cerveaux pessimistes et réalistes savent que, de toutes façons, « les Juifs sont toujours en tort », cette inversion des valeurs a néanmoins surpris les plus avertis, les optimistes.

Avec l’autorisation de MEMRI.org
Message de Elias Dimzalène sur son réseau social: un graffiti: « Mélenchon est notre proxy », commenté par Elias Dimzalène: « et rien de plus ».

Qui sait si les émeutes en France vont entraîner une suite logique des évènements ? LFI-La France Insoumise a clairement montré son soutien au désordre, à la violence qualifiée de légitime. L’opinion publique devrait « logiquement » réagir par le rejet de ce mouvement, au profit des partis de droite dure. La logique va-t-elle l’emporter ? Rien n’est moins sûr. L’histoire contemporaine nous l’a montré. Les Juifs de France, pourtant de moins en moins nombreux, en savent quelque chose. Ils subissent une vague d’antisémitisme sans précédent depuis le régime de Vichy, causée par un essentialisme inadmissible. Alors, la logique, ils s’en méfient. Et la France devrait faire de même. La logique n’est jamais sûre. Le pire, oui.

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[i] https://www.dailymotion.com/video/x8pnttt

[ii] Voir « Les territoires perdus de la République » sous la direction de Emmanuel Brenner (pseudonyme de Georges Bensoussan) – Éditions Les mille et une nuits – page 238

[iii] https://youtu.be/MC_xEs6Zhcs?si=HnskTNClQeyAgPNC

[iv] Yusuf al-Qaradawi (1926-2022) est un idéologue islamique de masse, ayant publié 120 ouvrages et animé un programme sur Al-Jazeera TV suivi par 60 millions de spectateurs alors qu’il était basé au Qatar.

[v] https://x.com/isgap/status/2112565213925200181?s=43

[vi] https://x.com/jlmelenchon/status/2112547501936959958?s=43

à propos de l'auteur
Laurent souhaiterait partager ses observations de la vie israélienne et française à travers son regard de Juif français devenu israélien en 2008. Il a pris l'habitude de regarder et analyser les phénomènes politiques, culturels, religieux, géopolitiques, sous un regard différent de celui qu'on a l'habitude de voir. En effet, avant d'arriver en Israël, il a vécu en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume Uni. Il observe les phénomènes humains avec un très large point de vue, puisant dans son expérience de vie et dans son désir d'écrire. Laurent a passé son enfance en Allemagne, fait ses études de management en Alsace et passé sa carrière professionnelle au Royaume-Uni, en France, en Belgique, en Israël.
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